Billet du CSG

« Je suis le bon pasteur  (le vrai berger) … Mes brebis écoutent ma voix…jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. »  Voilà ce que nous dit le Christ dans l’évangile selon saint Jean (10, 28)

Qui est donc ce berger ? Il y a quelque chose d’étrange en effet : il doit avoir de toutes petites brebis pour les tenir ainsi dans sa main … ou de bien grandes mains ! Cette évocation de saint Jean rejoint la grande vision du Christ ressuscité de l’Apocalypse, qui tient dans sa main les sept étoiles, les sept Églises. Et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que le Christ ajoute : « personne ne les arrachera de ma main… et personne ne peut rien arracher de la main du Père. » Cela fait beaucoup de mains ! Non ! Il n’y en a qu’une car Jésus est pour nous la main du Père. À travers lui, c’est le Père qui nous saisit, qui nous façonne, qui nous remodèle inlassablement, qui nous tient, Lui qui tient tellement à nous ! Rien ne peut nous arracher à la main du Père.

Pourtant, il y a dans nos vies d’autres mains, tant d’autres mains, parfois plus menaçantes, des mains qui emprisonnent, étouffent, manipulent, qui cherchent à dominer, à écraser. Alors, pour beaucoup, ce Dieu qui nous tient dans sa main devient une menace, un dangereux rival : on se méfie, on se demande ce qu’il peut bien avoir derrière la tête… Mais non, la main du Seigneur libère, elle ne nous embrigade pas, elle veut nous donner d’oser vivre notre pleine humanité. Quand j’étais au séminaire, à l’époque où je me demandais encore si j’allais les suivre, aller avec lui jusqu’au bout, une parole dans les psaumes m’a retourné : « Tu as posé la main sur moi… » Ce fut un moment d’illumination car j’ai perçu que c’était une main de confiance, de certitude, une main aimante qui s’offrait à moi.

De même, le Christ est dans les mains du Père : « Entre tes mains, je remets mon esprit » ; le Fils repose dans la main de son Père. Le Fils devient pour nous le pasteur, le berger, le ‘vrai’ berger qui conduit au Père et qui nous tient dans sa main, comme un précieux trésor, abîmé parfois, mais si cher à son cœur. Seigneur ! Que peu à peu tout moi soit dans ta main, car tout ce qui est hors de ta main est perdu !

Qui est ce berger ? L’Apocalypse nous le dit : « L’Agneau sera leur berger. » Notre berger est un agneau, quel renversement ! Il est loin, on le voit bien, d’être une menace. Nous voyons ici même, dans cette chapelle du Prieuré Saint Benoît de nos sœurs bénédictines, l’image de l’Agneau, transpercé et debout. Voilà le secret du ‘vrai’ berger car les autres ne sont pas tout à fait vrais et justes.

En ce dimanche,  nous sommes invités à prier pour les vocations sacerdotales - « Tu as posé la main sur moi » - et à prier pour les prêtres, en cette année sacerdotale. Que les bergers soient des agneaux et non des prédateurs, qu’ils soient de doux agneaux à l’autorité miséricordieuse et non des loups. Qu’ils préfèrent être transpercés à l’imitation du vrai berger.

Pensons aussi que nous sommes tous des bergers. A chacun de nous un petit morceau du troupeau est confié. Soyons les uns pour les autres de bons pasteurs vigilants qui encouragent les petites brebis. Nous avons une mission, osons nous y lancer avec courage, comme Paul et Barnabé dans les Actes des Apôtres, en sachant qu’il y aura toujours un combat à mener dans l’annonce de l’Évangile : méfions-nous comme eux ‘des dames influentes’ et ‘des notables de la ville’ ! Il faudra parfois secouer la poussière de nos pieds. N’ayons pas peur devant les loups. Soyons remplis de joie dans l’annonce de la Bonne Nouvelle et pleins de gratitude pour la confiance que Dieu nous fait. Soyons habités de la Joie du Christ ressuscité ! Amen !

(Homélie chez les bénédictines de Montmartre, avec le Conseil de la CNDA)