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« Nous accueillons de plus en plus des personnes qui étaient engagées à deux dans l’Église et qui se sont retrouvées subitement abandonnées par leurs conjoint. » J’ai noté cette réflexion lors du dernier Conseil de la CNDA. Elle rejoint un constat douloureux que je suis bien obligé de faire et que confirment les prêtres que je rencontre.

Certes il y a toujours eu des ruptures et nul n’est à l’abri de cette épreuve, voire de cette tentation. Mais ce qui jadis était exceptionnel, aujourd’hui se banalise, avec comme conséquence ce phénomène inquiétant et récent : dans la communauté chrétienne elle-même on rencontre de plus en plus des jugements de valeur et des choix de vie qui sont ceux du monde et qui ne sont plus ceux de l’Évangile.

Certes il faut faire la part des choses. On peut par exemple se demander si l’apparente moralité de jadis ne tenait pas pour une part à un conformisme social plutôt qu’à une conversion personnelle et pour une autre part à une bonne dose d’hypocrisie (sauver les apparences plutôt que changer les cœurs).

Reste que les mentalités et les mœurs des catholiques même pratiquants se différencient de moins en moins (statistiquement parlant) de celles des païens. Laquelle de nos familles n’est pas touchée par ces situations devenues courantes : cohabitation avant le mariage, aventures extra conjugales, remariage après divorce ?

Certains pensent qu’il faut s’y résigner et même s’y habituer : autres temps, autres mœurs ! Il ne faut pas être ringard ! L’important c’est d’aimer ! D’autres (et j’en suis) se disent que depuis l’origine et pendant vingt siècles, bien accueillis ou incompris, admirés ou contestés, les disciples du Christ ont cru à la pureté, à la fidélité, à la sainteté de l’amour – et que ce n’est pas le moment d’y renoncer. Certes nous portons ce trésor dans un vase d’argile, mais c’est un trésor !

Dans ce contexte, le charisme de la CNDA est appelé plus que jamais à se manifester et à s’exercer. Sans prétention, bien entendu, mais sans complexes non plus. Et dans deux lignes majeures. La première, c’est évident, est le souci de rejoindre, d’accueillir et d’accompagner les nombreux catholiques qui se retrouvent seuls, plus ou moins perdus, l’âme en peine et le cœur en panne. Il faut leur dire qu’il y a un chemin et qu’ils ne sont pas seuls sur ce chemin.

La seconde ligne de notre engagement, pour être fidèles au don de Dieu et aux malheurs du temps, c’est de rendre témoignage, fut-ce en creux, à l’amour sans retour et au mariage indissoluble. Non en raison d’une loi arbitraire et révisable de l’Église, mais au nom du vœu profond du cœur humain, créé à l’image de la Trinité et recréé à la ressemblance du cœur de l’Agneau.