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Le soir de Pâques, Jésus est là, au milieu des disciples, et leur dit « Paix à vous ! » Il leur montre ses mains blessées et son côté transpercé. Je veux bien croire l’évangéliste quand il dit que les disciples furent remplis de joie. Mais ils devaient aussi être remplis de honte : n’avaient ils pas abandonné leur Maître à l’heure de la passion ? Et remplis de doute aussi, si l’on en croit le témoignage de Matthieu et de Luc. En tout cas Jésus leur dit une deuxième fois : « Paix à vous ! » Comme s’il fallait leur confirmer une miséricorde et une communion inespérées et presque incroyables. Comment la paix des profondeurs peut-elle peu à peu habiter des cœurs troublés ? Et la joie profonde des âmes désolées ? À deux reprises également, saint Paul donne cette consigne aux Philippiens (1), et la deuxième fois il la répète deux fois : « Je vous le redemande : réjouissez-vous ! » Les parents, les éducateurs, les chefs de service, les pasteurs de l’Église, peut-être même les responsables régionaux et les modérateurs de la CNDA le savent bien : s’il faut répéter plusieurs fois la même chose, c’est qu’elle a du mal à entrer, qu’elle n’est pas évidente, qu’elle va à l’encontre d’un mouvement spontané chez les interlocuteurs. La joie est-elle si peu naturelle qu’il faille dire et redire : « Réjouissez-vous » ? C’est vrai, nous avons mille raisons de nous désoler et les sujets de lamentation ne manquent pas. En outre cela vient conforter en nous une tendance assez répandue, le besoin d’attirer l’attention des autres sur notre triste sort. En général en effet les gens vont davantage s’émouvoir de nos malheurs que s’intéresser à notre bonheur.

Je ne dis pas que le partage de nos épreuves et de nos combats soit quelque chose d’inutile ou d’indécent. Au contraire, cela peut être le lieu d’une vraie fraternité, sous le signe de la compassion et de l’encouragement mutuel. D’ailleurs les rencontres de la Communion Notre-Dame de l'Alliance doivent permettre ce partage et ce soutien, aussi bien lors des rencontres officielles (retraites et récollections), que lors de rencontres informelles, locales, amicales. Mais il serait inquiétant que les membres de la Communion ne cherchent pour eux-mêmes et n’offrent à leurs frères et sœurs que l’occasion de raconter leurs malheurs. Certes un nouveau membre doit pouvoir vider son sac et surtout ouvrir son cœur. Il faudra prendre le temps de l’écouter. Qu’il entende en retour les épreuves par lesquels l’un ou l’autre est passé peut aussi l’aider, car il touche du doigt qu’il n’est pas hélas un « cas » unique et que la grâce du Seigneur permet de traverser de vrais drames. Mais il ne faut pas en rester là. Nous sommes des vivants et le Christ est ressuscité ! Nous ne marchons pas à reculons, le cœur à l’envers et la tête dans le passé. C’est aujourd’hui que nous aimons, que nous continuons d’aimer, que nous essayons d’aimer, de pardonner, de servir, de bâtir.

La vraie fidélité ne ressasse pas le passé. Elle croit à l’avenir. Il y a parfois une erreur de perspective dans notre souci de témoigner de la fidélité. Ce n’est pas notre fidélité en tant que telle qui est un témoignage et qui peut faire signe. Il y a des fidélités contraintes et forcées, amères et crispées, routinières et paresseuses, faussement héroïques ou faussement pieuses, du genre « Mon Dieu je vous l’offre » avec un grand soupir ! Ce qui rend gloire à Dieu et ce qui étonne le monde, c’est notre joie dans la fidélité et notre fidélité dans la joie. Joie parce que nous sommes portés par la grâce. Joie parce que nous voyons les fruits de notre humble offrande quotidienne. Joie parce que des frères nous sont donnés. Joie parce que Dieu est fidèle. Joie parce que le mariage demeure envers et contre tout une bonne nouvelle. Joie parce que tout simplement nous sommes là où le Seigneur nous attend. Après quelques années en votre heureuse compagnie, n’est-ce pas ce qui au fond me touche le plus : votre sourire. C’est pourquoi je vous le dis encore une fois : « Réjouissez-vous dans le Seigneur ! »

 

(1) 3,1 ; 4,4.