pasQuelle retraite magnifique ! Un temps de paix, de ressourcement, de partage. Un temps en dehors du temps, et dont je saisissais chaque instant. Un temps de croissance spirituelle. Oui, grandir dans l’amour, chercher Dieu éperdument pour découvrir que je ne le trouverai nulle part ailleurs que dans mon propre cœur, et qu’Il ne pourra y entrer que si je le Lui ouvre, que si je me rends vulnérable. Si je prends le risque de souffrir.

Accepter qu’Il ne pourra y grandir, que si mon cœur grandit pour lui. Et si mon cœur grandit, ma souffrance grandit aussi. Douce souffrance, vécue dans l’amour et l’abandon. Une souffrance qui consume, qui broie toute résistance, toute dureté.
Durant la retraite entière, j’avais la sensibilité à fleur de peau, très réceptif à ce qui se vivait dans les cœurs de chacun. Je me sentais en communion avec tous. Au travers des silences, de la prière, des partages, de la musique céleste. L’amitié profonde qui nous unit ne cessait de me toucher, de m’émerveiller. Une amitié juste et sincère, et qui me portait. J’en avais besoin.
Je sentais que j’étais sur le point de franchir une nouvelle étape, et la peur m’habitait comme toujours, quand on va vers l’inconnu. Aimer toujours plus. Aimer les autres comme soi-même. Aimer son ennemi.
Début juillet, j’avais accepté une invitation à une fête d’anniversaire qui se tenait fin août dans ma belle-famille. Ayant appris que le compagnon de ma femme serait là, j’avais annoncé que je quitterais la fête avant qu’il n’arrive, car il m’était insupportable de me trouver au même endroit que lui. L’affaire était conclue. J’évitais la confrontation avec l’homme que je haïssais de tout mon être... Le Seigneur ne l’entendait pas de cette oreille.
La veille de la retraite, il me prend par surprise. Une tante chez qui je logeais me dit : « Il faut que tu restes à la fête. Tu dois garder ta place. » La question resurgissait, douloureuse, et m’habitera durant toute la retraite. J’étais à vif, béant. Le Seigneur me préparait à déposer ma haine, ce que je fis dans les larmes durant le sacrement de réconciliation. Avec la haine, la peur m’a aussi quitté, et la paix s’est installée. Une paix profonde, que je conserve comme un trésor. porte ouverte
Quel bonheur de cesser de haïr. Quelle joie immense ! Pourtant elle semblait parfaitement justifiée, cette haine. Eh bien non ! Elle m’éloignait de Dieu, elle me tenait en otage, elle m’emprisonnait. J’ai compris que cesser de haïr n’équivalait pas à cautionner l’adultère. Mais moi, maintenant, je suis libre, libre d ‘aimer davantage, libéré d’un poids immense.
Puis cette phrase m’est revenue, que je portais dans le cœur depuis quelque temps : « Conduis-moi là où je ne veux pas aller. »
Là où je ne veux pas aller, c’est là justement que je vais pouvoir grandir dans l’amour. C’est là qu’une porte demande à être ouverte, pour permettre à Dieu d’y faire entrer sa lumière.
Jn 21,18 : « En vérité, en vérité je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. »