Quel en est le fondement ?
La réponse est toute simple. C’est le Christ lui-même, comme le disait l’Apôtre Paul. Le « Verbe tourné vers Dieu, qui était Dieu, s’est fait chair et est venu habiter parmi nous » (Jn 1,1-18). Toute vie spirituelle s’enracine en Celui qui a pris notre condition humaine, hormis le péché, pour la remplir de Sa Présence, la sanctifier, la sauver. L’Incarnation du Fils de Dieu, est le premier lieu de notre salut où la vie nous est donnée en abondance. Sur le fondement de notre seule liberté, nous ne pouvons réaliser notre salut. Avec Celui qui est venu nous rejoindre dans notre humanité, tout devient possible : Jésus est le Chemin, la Vérité, la Vie. Toute vie spirituelle s’inscrit sur ce chemin d’humanité de Jésus de Nazareth où, en se révélant Fils il nous révèle son Père et fait de chacun de nous ses frères en nous faisant entrer dans une véritable filiation divine. En Jésus, nous devenons fils du même Père.
Mais si le premier fondement de notre vie spirituelle se situe dans l’humanité du « Verbe fait chair », le second se situe aussi dans notre humanité, dans notre histoire. Une vie spirituelle ne peut se construire en dehors de ce que nous sommes, en dehors de ce que nous vivons. Notre histoire est unique, elle nous appartient, avec nos échecs, nos séparations, nos ruptures, avec nos réussites, nos fidélités, nos joies. Que nous soyons séparés, divorcés, mais toujours unis dans le sacrement de Mariage, que nous soyons consacrés par le sacrement de l’Ordre, donnés au Seigneur par nos vœux de religieux, nous construisons notre vie dans le Christ dans le réel de notre histoire d’homme et de femme, qui est toujours une histoire de grâce et de péché. Le père M-D. Chenu, dominicain, au temps du Concile, a su résumer en quelques mots la nécessaire incarnation de toute vie spirituelle : « le seul lieu de l’expérience de la rencontre de Dieu, c’est la vie humaine, les évènements de l’histoire ; la vie des gens, ce sont les mots par lesquels Dieu dit son histoire avec l’humanité… le lieu de Dieu, c’est le monde… la vraie mystique (la vraie vie spirituelle) est charnelle ». Elle consiste à parvenir à ce que l’on peut être avec ce que l’on est, sans rêver être autre mais en se réconciliant d’abord avec soi-même pour que l’Esprit du Seigneur mort et ressuscité puisse faire en nous, jour après jour, son travail de vie.