Editorial

edito 332Nous avons vécu notre retraite annuelle au sanctuaire Notre-Dame de
Montligeon, comme une halte bienfaisante sur nos routes compliquées, un moment où se poser, se reposer, rentrer dans un autre temps, plus paisible, un autre rythme où il n’est plus nécessaire de se demander ce que l’on va faire, puisqu’il suffit de se laisser conduire, de se glisser dans la vie communautaire telle qu’elle a été organisée pour nous.

A chaque retraite, j’éprouve ce même sentiment : on n’a pas forcément envie de venir, on n’a pas toujours envie d’être là, on préférerait sans doute être ailleurs, on se demande pourquoi on s’impose cette contrainte, et puis, sur place, au fil des jours, parfois à travers l’épreuve de la nuit spirituelle, on découvre la présence du Seigneur à nos côtés. Et l’on comprend que ce n’est pas tant nous qui avons fait l’effort de venir, ce n’est pas simplement notre décision, à taille humaine, mais une invitation qui nous a été faite, un cadeau que nous recevons, de l’ordre de la grâce, un moment précieux qui nous est offert pour savourer le don de Sa présence.

Nous sommes ainsi témoins de Son espérance. Au cœur de nos vies cabossées, nous nous laissons envahir par Sa paix, nous le laissons rayonner en nous, et la joie fraternelle que nous partageons pendant ces quelques jours n’est qu’une infime part de Sa joie éternelle. L’une des jeunes femmes du sanctuaire se demandait comment nous pouvions tous rayonner ainsi, à la fin de notre retraite, connaissant notre situation, elle était surprise de voir nos visages souriants. Quel était notre secret ? Mais nous en faisons l’expérience tous les jours, sur le chemin impossible que nous avons choisi, notre secret, il n’a rien de secret, c’est le Christ ! Nous nous abandonnons à lui, parce que dans notre échec, nous avons compris que lui-seul pouvait nous conduire à bon port, devant notre faiblesse et nos incompétences, nous avons préféré lui donner les clés de notre vie.

Il faut maintenant reprendre notre chemin, et tout particulièrement en ce mois de septembre qui a été celui de la rentrée pour la plupart d’entre nous. Retourner dans le monde, que nous avons retrouvé avec ses problèmes, ses lourdeurs, ses incompréhensions, ses malentendus, ses solitudes.

Edito 332 2Mais c’est aussi le temps de laisser fleurir les grâces reçues à Montligeon. Comme les disciples d’Emmaüs courant sur la route de Jérusalem:
« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant ? » (Lc 24, 32).
Tant de frères et sœurs souffrent de la séparation, dans nos paroisses, dans nos diocèses, dans nos familles, sans personne avec qui partager leur détresse et leurs interrogations. Témoins d’une espérance, et le cœur réchauffé dans la tendresse du Christ sur nos vies, mettons-nous au service de la petite flamme fragile de leur fidélité, faisons-nous les humbles serviteurs de la fidélité.

C’est le sens de la mission que je voulais partager avec vous au moment où je reçois avec confiance la fonction de modérateur qui m’a été confiée.

Emmanuel