Editorial

Chers frères et sœurs de la Communion,

edito 345 1Notre monde est prompt à juger. Il y met une énergie de plus en plus féroce, et la caisse de résonnance des réseaux sociaux ne fait qu’amplifier le phénomène. A la juste colère des victimes s’ajoute désormais le chœur des justiciers, dans un brouhaha d’émotions où se complaisent les médias. 

La justice passera, bien plus tard, parfois silencieuse, mais le monde aura jugé, et déjà condamné l’homme ou la femme.  On ne fait plus de distinction entre l’acte et la personne, alors que l’Eglise, dans sa grande sagesse et sa grande miséricorde, ne cesse de rappeler que c’est l’acte qui doit être condamné, dans sa malignité objective, et non le pauvre pécheur. Comment ne pas penser à ces pharisiens qui amènent à Jésus « une femme surprise en train de commettre l’adultère » (Jn 8, 3).

Nous sommes bien placés pour comprendre cette situation avec le cœur. Nous qui avons été jugés, et condamnés souvent, par nos familles, nos proches, nos amis, dans le regard qu’ils ont porté sur la faillite de notre mariage, et l’histoire de notre séparation. Un regard qui perdure à travers le temps, un regard d’exclusion parfois, y compris dans nos propres communautés chrétiennes. Nous qui ne cessons de nous juger et de nous condamner nous-même.

Nous qui, pour beaucoup, sommes passés devant la justice des hommes, dans des procédures de divorce expéditives ou interminables, qui ne comprenait pas notre vision de l’alliance et refusait d’y lire autre chose qu’un contrat d’état civil.

Nous qui restons encore souvent incompris sur notre chemin de fidélité. Et donc encore jugés, parce que nous ne nous conformons pas à la morale du monde, parce que nous ne croyons pas au slogan du « refaire sa vie », mais essayons de traverser en confiance l’épreuve qui est la nôtre pour continuer à vivre dans la vérité de cette alliance fondée en Dieu, notre créateur et notre sauveur. Nous qui ne cessons d’explorer ce mystère du salut.

edito 345 2Nous qui sommes pécheurs devant l’Eternel, et le savons bien, nous qui ne pouvons nous prévaloir d’aucune force particulière, d’aucune victoire, de rien qui ne soit d’abord un don de Dieu et de sa grâce, nous qui disons avec le psalmiste :

« N’entre pas en jugement avec ton serviteur, aucun vivant n’est juste devant toi. » (Ps 142)

Alors, face aux meutes qui hurlent de plus en plus fort chaque semaine sur tel ou telle, face à ces cris emportés par le vent, sachons ne pas juger nos frères, et encore moins les condamner. N’aggravons pas le mal fait à tous, aux coupables comme aux victimes. C’était l’invitation que nous faisait le Saint-Père quand il répondait à une question : « Qui suis-je pour te juger ? », ce qui restera peut-être la phrase phare de son pontificat comme le « N’ayez pas peur ! » de notre saint Jean-Paul II. Ne jugeons personne, ni nos proches, ni nos lointains, ne jugeons pas notre conjoint et ne nous jugeons pas nous-même, sinon dans la lumière de l’Amour qui vient du Seigneur. Et reprenons chaque matin l’hymne de ce jour :

« L’amour toujours fait grâce, fort et miséricordieux ! »

Emmanuel et Marie