familleAimer pour toujours ! Tous les sondages concordent : c’est le désir profond de près de neuf jeunes français sur dix (89% des moins de 34 ans) et pourtant, si l’on en croit les statistiques, un mariage sur trois se soldera par un divorce. Le démographe le constate, le psychologue et le sociologue l’expliquent, le théologien le déplore. Alors, sommes-nous condamnés au « fatalisme de l’échec » ? Ce n’est pas l’avis du cardinal Vingt-Trois qui, sans nier une réalité complexe et préoccupante, osa ouvrir le colloque « Familles 2011 » en proclamant : « la famille, nous y croyons ! »


Dans l’assemblée, parmi de nombreux délégués diocésains et responsables de mouvements de pastorale familiale, nous étions quelques membres de la Communion. La conviction la mieux partagée était assurément que « la famille chrétienne est en mission auprès de la famille humaine » ce que rappellera Mgr Melina, faisant écho à Jean-Paul II. Et lorsque le cardinal s’écria, avec la verve que nous lui connaissons : « Que nous faut-il donc faire ? » (Ac 2, 37) chacun put s’interroger sur sa mission propre.
Epoux séparés ou divorcés, quelle peut être notre place dans l’annonce du mariage unique et fidèle, de la famille stable et unie ? Sommes-nous des témoins crédibles ? Nous comprenons les réticences des animateurs de préparation au mariage et des accompagnateurs de couples qui, dans un premier temps, trouvent bien incongru de nous faire appel ! Et pourtant, il nous semble que notre expérience humaine et spirituelle pourrait avoir du poids. Encore et toujours, la famille et l’amour durable, nous y croyons ! Témoins inattendus, serons-nous entendus ?
Mûris par notre propre parcours, nous pouvons en aider d’autres, et pas seulement en cas de séparation. En amont, la tâche est urgente. Le père Denis Sonet, fin connaisseur des couples, l’affirme : « Le nombre des divorces va se multiplier, or plus de la moitié d’entre eux pourraient être évités ! » Nous sommes bien placés pour reconnaître avec le père Enzo Bianchi, prieur de Bose, qu’il est « impossible de bâtir le couple sur la force faible du sentiment ». Nous savons que l’amour humain est un apprentissage jamais terminé de l’autre et de soi-même et qu’il y faut une volonté partagée, une persévérance commune. Oui, « la réussite d’une vie de famille demande un travail sur soi, sur notre manière d’être et sur nos relations ».
On nous dira : « Vous le savez mais vous avez échoué ! » C’est vrai. Descente aux enfers, écroulement de notre projet de vie, douloureuse expérience de l’abandon, de la solitude. Accompagnement difficile de nos enfants blessés ou révoltés. Nous connaissons de l’intérieur toutes ces épreuves. Et là encore, nous pouvons témoigner en connaissance de cause. Témoigner  non de l’échec mais de la remontée des enfers, d’une résurrection possible !
Qui pourra comprendre que, dans cet échec même, nous avons pu toucher quelque chose de grand, quelque chose de l’expérience de saint Paul, quelque chose de Dieu ? « Ma puissance se déploie dans ta faiblesse… Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 9-10). Relevés par pure grâce, nous restons conscients de nos manques et de nos fragilités. « Nous ne sommes pas des saints qui faisons la morale aux pécheurs. Nous sommes des pécheurs qui avons la grâce de croire que la miséricorde de Dieu et sa force nous donnent le moyen de surmonter nos faiblesses. »
Ne soyons pas surpris si notre monde matérialiste et hédoniste reste hermétique à ce discours, le rejette ou le dénigre. Même dans nos familles et entre amis, nous devrons souvent renoncer à témoigner d’un tel chemin spirituel, du moins en paroles. Cependant consentir à vivre seul, en portant toujours l’anneau de notre alliance, voilà qui interpelle et peut devenir témoignage. A une condition pourtant : que cette fidélité, secrètement ancrée dans celle du Ressuscité, soit vécue dans une paix rayonnante. Séparés ou divorcés fidèles, nous ne serons témoins, inattendus mais entendus, qu’avec des visages de ressuscités !noel-nativit
Et même si les fruits n’apparaissent pas de suite, notre espérance demeure : nous croyons qu’ils mûrissent dans l’invisible pour nos enfants, notre famille, nos amis, pour d’autres peut-être. Dans nos difficultés et nos combats,  qu’il est bon de lire que « l’humble et douloureuse fidélité au conjoint parti est d’une fécondité incommensurable ».
Voici Noël ! Noël qui vient nous rappeler la primauté de la famille dans le cœur de Dieu. Car il nous donne son Fils, non dans un éclat de puissance, mais nouveau-né fragile et démuni comme tous les bébés du monde. Oui, notre Dieu a voulu tout partager de la famille humaine. En contemplant l’enfant de la crèche entre Marie et Joseph, ouvrons notre cœur à ce mystère comme nous y invitait notre pape Benoît lors de l’Angélus du 1er janvier dernier :
« Je vous invite à être forts dans l’amour et à contempler avec humilité le mystère de la Nativité qui continue de parler à nos cœurs et devient une école de vie familiale et fraternelle. »
Joyeux Noël à toutes nos familles !