chrysalideDans sa sagesse, notre Créateur nous a donné la nature et ses mille merveilles. Jésus, sur les chemins de Palestine, invitait ses disciples à y être attentifs, non seulement pour rendre gloire à Dieu, mais pour ouvrir leurs cœurs à sa Parole. C’est ainsi que les oiseaux du ciel, les lis des champs, la vigne et le figuier, le grain de blé ou de sénevé trouvent une place de choix dans l’évangile.


Lors de sa catéchèse du premier jour de Carême, notre pape Benoît nous rappela que « ce temps de quarante jours qui précède Pâques est un temps de metanoia, c’est-à-dire de changement intérieur… un temps qui identifie notre vie humaine et toute notre histoire à un processus de conversion ». J’ai pensé à l’image de la chrysalide. Le jour venu, la chenille, qui jusque là n’avait d’autre souci que de chercher à manger encore et encore, cesse de s’agiter. Elle s’accroche à sa brindille et s’enferme immobile dans l’obscurité de son cocon. On dirait que la vie s’arrête alors que c’est tout le contraire : en secret se prépare une complète métamorphose.
Métamorphose, metanoia. Il est une belle étape ce Carême qui nous met « en quarantaine », non pour nous condamner à une morne et solitaire ascèse mais pour nous transformer de l’intérieur. Il nous offre le temps favorable pour vivre, avec Jésus, l’expérience dumarche-desert désert. Le désert, loin du bruit et de l’agitation du monde, c’est le lieu de la rencontre, le lieu du cœur à cœur où le Seigneur nous parle comme Osée à sa bien-aimée : « Mon épouse infidèle, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Osée 2, 14). C’est le lieu de la prière, où, dans une secrète intimité, nous espère la tendresse de notre Père. C’est le lieu de la purification et de la conversion : « Je ne veux pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ez 33, 11). Le désert, c’est la chance d’entrer en nous-mêmes et, à la lumière de la Parole de Dieu, de reconnaître nos errements et nos fautes pour choisir librement d’ajuster notre vie à la pensée du Père : « Si vous demeurez dans ma Parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 30).
Dans notre histoire personnelle d’époux séparé ou divorcé, nous l’avons vécue, ou la vivons encore, cette expérience du désert, mais peut-être sans y voir d’emblée une chance de croissance. Quand l’époux ou l’épouse, puis les enfants, désertent la maison, la solitude tombe sur nous comme une chape de tristesse. Le foyer n’a plus rien du doux cocon de nos rêves, il ressemble plutôt à leur tombeau. Et dans ce désert-là se bousculent les tentations. Celle du désespoir et du dégoût de tout, celle du blindage et du repli sur soi, celle de la nostalgie et de l’amertume. Comme les Hébreux qui, dans le désert du Sinaï, récriminaient contre Moïse et contre Dieu en regrettant les oignons d’Egypte, la tentation nous guette de regarder en arrière. Alors que la terre promise est devant !