a-temps-et-contretemps« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! » disait St Paul (1 Co, 16). Lui qui avait d’abord « persécuté à mort cette voie » (Ac  22, 4) n’avait plus qu’un seul désir : vivre en ardent « héraut et apôtre du Christ Jésus » (2 Tm 1, 11). Car comment se taire quand la rencontre du Ressuscité vous a brûlé le cœur et bouleversé la vie ? Que ce soient les tribunaux, le fouet, les chaînes, la prison, Paul, tout comme Pierre et Jean, était « joyeux d’avoir eu à subir des humiliations pour le nom de Jésus Seigneur » (Ac 5, 41). De sa prison de Rome, peu avant l’ultime condamnation,  il exhorte encore Timothée à suivre son exemple : « Fils bien-aimé, proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, encourage mais avec patience et souci d’instruire. » (2 Tm 4, 2)

C’est  ainsi que transmise de génération en génération, de siècle en siècle, la flamme est arrivée jusqu’à nous ! A chaque messe, nous faisons mémoire des premiers « bienheureux Apôtres et martyrs » et prions Dieu de nous admettre dans leur communauté. Evoquant Jean-Baptiste, le premier d’entre eux, notre pape a récemment repris l’expression de Paul en s’adressant à nous, chrétiens d’aujourd’hui : « L’exemple de Jean-Baptiste  nous invite à nous convertir, à témoigner du Christ, à l’annoncer à temps et à contretemps, en étant comme lui la voix qui crie dans le désert, et cela jusqu’au don de notre vie ». (Benoît XVI - angélus du 24 juin 2012) 
Témoigner du Christ « à temps », c’est un peu, me semble-t-il, comme parler de quelqu’un que l’on aime à ceux qui déjà l’aiment aussi ou qui brûlent du désir de le connaître et reçoivent avec enthousiasme ce que nous disons de lui. Mais la comparaison est bien faible  quand le Bien-Aimé est le Christ lui-même et qu’un jour son regard vous a sauvé du désespoir ! En préparant le témoignage qu’il fallait donner à Milan en tant qu’épouse séparée fidèle, j’avais au cœur ces mots du psalmiste : « Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu, je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme » (Ps 66). L’expérience de Dieu a cependant quelque chose de si intime qu’on ne peut en rendre compte qu’avec réserve et pudeur. Mais sa grâce toujours nous accompagne et nous précède dans la mission, si bien que la timidité fait bientôt place à l’assurance et même à l’exaltation, surtout lorsque notre témoignage tombe dans des cœurs ouverts et éveille en eux un vibrant écho. Joie du serviteur que le maître envoie vers la bonne terre ! Ceux d’entre nous qui ont eu la chance de témoigner pour des jeunes, des fiancés, des séminaristes assoiffés d’absolu ont goûté cette joie-là.  
Pourtant, au quotidien, comme pour tout baptisé qui veut mettre sa vie en cohérence avec sa foi, l’expérience du « contretemps » nous est bien plus habituelle. Sans doute n’aurons-nous pas, dans nos pays du moins, à affronter les mêmes tribulations que Paul ou les premiers apôtres et martyrs. Ni fouet, ni prison mais sûrement, ici ou là, incompréhension, hostilité, réflexions moqueuses ou ironiques, la pierre d’achoppement étant le plus souvent ce choix de rester fidèle au conjoint séparé ou divorcé. Même s’il doit rester sans paroles, voilà bien un témoignage à contre-courant ! Ne pas être compris par nos proches, par ceux que nous aimons, c’est une souffrance, mais pas un étonnement. Car Jésus lui-même l’a vécu et nous a prévenus. « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille, sa maison » (Mc 6, 4). Souffrance du semeur qui voit tomber le grain dans les épines ou sur la pierre !
Allons-nous sombrer dans la tristesse ou le découragement ? Ce serait douter de Dieu lui-même. Souvenons-nous au contraire que mystérieusement, au-delà des apparences, l’Esprit agit dans les cœurs : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant et moi aussi je travaille » dit Jésus (Jn 5, 17). Laissons-le donc travailler d’abord notre propre cœur car si nous voulons porter la Parole, il faut que ce soit le Christ, Parole vivante, qui nous porte. C’est pourquoi nous irons cet été, comme chaque année, nous ressourcer à l’écart, tout près du Seigneur.
Marie, Vierge des Pauvres, nous attend à Banneux pour nous conduire à son Fils. Modèle du « cœur qui écoute », elle nous apprendra à accueillir la Parole, à la garder, à la méditer. Et déjà, nous pouvons confier à sa tendresse maternelle tous ceux vers qui, au retour, le Seigneur voudra nous envoyer.
Bonne et sainte retraite. Bel été à tous.