Le jeune et dynamique conseiller spirituel du groupe Belgique, le père Christophe Cossement, nous fait un beau cadeau en nous permettant de publier l’une de ses récentes homélies. Nous en sommes d’autant plus touchés qu’elle lui fut inspirée suite à un partage de témoignages au sein de la Communion Notre-Dame de l’Alliance.

Tu viens à moi par des chemins inattendus


Pendant le carême, après le tremblement de terre au Chili, nous avons entendu la parabole du figuier sans fruits, ainsi que les réactions de Jésus à quelques faits d’actualité (Lc 13, 1-9). Alors que je préparais l’homélie, montaient en moi des échos de la belle rencontre conseillers spirituels et responsables du Nord, de l'Est, de Paris et de Belgique. Une femme nous y avait partagé son chemin vers la lumière intérieure et son témoignage me montrait la voie à suivre pour prêcher. Voici donc le résultat, dans l'espoir que cette homélie vous donnera de toucher la bonté de Dieu.

Les contemporains de Jésus avaient tendance à croire que le bonheur et le malheur sont des choses qui se méritent. De nos jours encore, nous trouvons assez rassurant de penser que si quelqu’un connaît le malheur c’est que, pour une part, il l’a voulu ou en est responsable. Et cette idée se renforce en considérant qu’il y a vraiment moyen de faire par soi-même son malheur.

Pourtant les événements heureux ou malheureux de nos vies ne sont pas des récompenses ou des punitions du ciel. Jésus insiste : « Pensez-vous que ces Galiléens [massacrés] étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ! » Et les dix-huit victimes de l’effondrement de la tour de Siloé non plus. Que ce soit la maladie, le licenciement, les catastrophes naturelles, rien n’est envoyé du ciel pour nous punir. Et même, il faut aller plus loin : bien souvent rien ne relève en cela de notre faute.

Le mal n’est donc pas un instrument du ciel, et pourtant, par la façon dont notre cœur se situe devant lui, il peut devenir occasion d’un changement salutaire. Après avoir écarté l’idée de punition, Jésus poursuit : « et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. » Le mal et la souffrance sont absurdes en eux-mêmes, mais chacun pour lui-même peut y appliquer un sens, un sens de conversion, de changement, d’ouverture à l’amour. Le week-end passé, j’ai eu la chance d’entendre le témoignage d’une dame qui, après avoir connu l’épreuve d’une séparation — on pourrait assimiler ce drame à ceux évoqués par Jésus — puis la révolte et aussi le doute de soi, est arrivée à se laisser toucher par Dieu au moment d’une grave maladie. Finalement, elle a choisi le chemin de séparée fidèle et y a trouvé une grande pacification. Quand l’épreuve nous désarme, ne nous réarmons pas, mais laissons notre cœur bouleversé crier vers Dieu avec le sentiment que c’est un moment décisif, où se joue notre vie, où se joue plus de vie.

Quand vient l’épreuve, puissions-nous rapidement dépasser ce mouvement plutôt païen en nous qui nous fait demander des comptes à Dieu. Puissions-nous le dépasser pour accueillir l’appel fulgurant de Jésus : « Si tu ne te convertis pas, tu périras comme eux. » C’est un appel à rebondir, un appel à choisir la vie, contre toutes les forces de mort, d’absurdité ou de déni.

Dieu n’est pas la cause du mal. On le voit clairement pour le mal qui vient d’une liberté qui lui est contraire, lorsque l’homme méprise les commandements de Dieu. Quant au mal issu des forces de la nature, je n’aime pas qu’on dise même que Dieu le « permet ». Les découvertes scientifiques montrent à quel point les catastrophes naturelles sont liées à des processus vitaux pour la planète Terre et ses habitants. On n’a pas fini de comprendre les liens entre la dérive des plaques tectoniques et l’apparition de nouvelles espèces dans l’histoire, par exemple. Quand nous croyons en un Dieu créateur, nous voyons toutes les merveilles et les terreurs de la nature en même temps dans notre cœur. C’est dans notre cœur que nous sommes capables de tenir à la fois l’émerveillement devant la beauté du monde et l’affliction de voir nos frères tués, menacés ou malades. La création est un don de Dieu, un don d’amour, et c’est par le cœur qu’on peut l’accueillir vraiment. Les raisonnements sont utiles, tant sur l’origine du monde que sur la question du mal, mais ils ne peuvent pas être le dernier mot, sinon ils échouent dans le scepticisme, voire le cynisme. Le cœur doit venir à la rescousse, un cœur qui s’émerveille et prend compassion. Et je fais le vœu que notre cœur soit prompt à secourir tous ceux qui souffrent des forces naturelles ou des fausses notes de la nature. Ce sera notre façon de porter du fruit, car c’est maintenant le moment favorable, c’est aujourd’hui le jour du salut.

Et je voudrais vous dire encore : si nous portons du fruit ce n’est pas parce que le jardinier nous aura dit : vas-tu porter du fruit, espèce de figuier paresseux ! Mais parce qu’il aura bêché et mis du fumier au pied du figuier. C’est Dieu qui donne à nos vies de porter du fruit, et il faut le lui demander : Seigneur, donne-moi de renoncer à tel péché et de porter du fruit dans ma vie ! Vous verrez, ça marche fort, ce genre de prière ; il faut juste oser...