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mgr_daucourtnov2010C’est à vous en effet que je veux m’adresser car vous êtes trop souvent les grands oubliés des discussions actuelles sur le divorce. Or vous pouvez apporter des éléments essentiels et pertinents dans une réflexion exhaustive sur le divorce. A vous qui envers et  contre tout, continuez à vivre la vocation difficile de la fidélité au-delà de la rupture, je tiens à dire ma sympathie et ma profonde admiration.


Je sais vos souffrances : vous avez vécu - quelquefois brutalement et contre toute attente - l’effondrement d’un rêve. Vous avez souffert cruellement de l’abandon du conjoint, alors que vous aviez peut-être sacrifié, pour lui ou pour elle, de légitimes aspirations. Vous vous êtes sentis dévalorisés puisque incapables de susciter un amour durable. Vous avez connu la culpabilité, vous demandant si les torts ne venaient pas de vous-mêmes, recherchant quelles erreurs vous aviez bien pu commettre. Vous savez ce que c’est que d’attendre, d’attendre chaque jour le retour de l’aimé, d’espérer contre toute espérance. Vous avez connu inévitablement des problèmes matériels, financiers… qu’il a fallu résoudre souvent rapidement et dans une solitude écrasante. Et le plus grave peut-être c’est que vous avez souffert dans un environnement qui n’était pas porteur de votre désir de fidélité. Conseillés de toute part de « refaire votre vie », vous vous sentez quasiment anormaux lorsque vous affirmez votre désir de rester fidèles à votre engagement. Même l’attitude de l’Eglise, qui se penche avec sollicitude sur les divorcés remariés, peut vous paraître indécente dans les cas (nombreux) où un conjoint a quitté époux ou épouse et enfants pour vivre à sa guise une autre passion.
Je tiens à vous dire que votre choix héroïque toujours - impossible peut-être pour d’autres - apporte à la société et à l’Eglise une lumière salubre.
Dans une période de grande permissivité sexuelle, dans une société du « chacun pour soi », vous allez à contre-courant de la facilité et de l’individualisme si nuisible à l’établissement de relations interhumaines satisfaisantes.
Vous êtes un témoignage vivant de la force qui est dans l’être humain de faire face à des situations difficiles, découvrant en vous à cette occasion une capacité d’autonomie insoupçonnée. Votre témoignage est précieux, pour les veufs, les veuves, les célibataires obligés ainsi que pour ceux qui ont choisi le célibat à cause du Christ. Et vous témoignez également de la force de la grâce qui « en vous n’a pas été vaine », comme dit Saint Paul.
Vous êtes aussi des témoins courageux de la fidélité à la parole donnée, du « oui » sans reprise, comme le dit ce même Saint Paul aux Corinthiens :
« Mes projets ne sont-ils que des projets humains en sorte qu’il y ait en moi à la fois le « oui » et le « non »?... Le Fils de Dieu, le Christ Jésus… n’a pas été « oui » et « non », mais il n’a guère été que « oui » ! Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur « oui » dans sa personne. » (2 Co 1, 17-21)
Vous êtes les témoins de la folle fidélité de Dieu. Dans un monde où le  divorce se banalise, Dieu vous dit : « Soyez la mémoire vivante de mon alliance inaltérable, de mon amour qui ne lâche jamais, qui ne lâchera jamais au pire de vos lâchetés ! Rendez-la désirable… rendez-la crédible, ainsi il sera peut-être visible que mon alliance est vraiment éternelle dans la mesure où l’on trouvera sur terre des « fidèles » qui la rendent actuelle. » (Pierre Talec)
Vous êtes surtout les témoins de l’amour divin qui continue à aimer même s’il n’est pas aimé, comme le prophète Osée à qui Dieu a demandé d’épouser et d’aimer (!) une femme infidèle, pour devenir la parabole, la figure  vivante de son amour méconnu, mais toujours offert. Si le sacrement de mariage est le signe de l’amour de Dieu, il devient dans votre cas, dramatiquement mais réellement, le signe visible du caractère oublié, méconnu, rejeté de l’amour divin. On comprend pourquoi le pape Jean-Paul II dit que votre « témoignage de fidélité et de cohérence chrétienne est d’une valeur toute particulière pour le monde et pour l’Eglise. » (Exhortation sur la famille)
Il reste que je n’ignore pas combien cette mission est mission difficile. Elle demande que votre choix s’enracine profondément dans une vie de prière et de foi.
Des associations existent, comme celle de Notre-Dame de l’Alliance, pour soutenir les divorcés non remariés. Il vous sera alors possible de purifier les motivations de votre choix, d’accéder à un amour qui perdra tout désir de contraindre l’autre et qui s’élèvera sur les sommets de la gratuité, et surtout de connaître la paix qu’apporte le pardon pleinement accordé, le pardon qui a fini par faire taire les incoercibles ressentiments ou même les désirs inévitables de la vengeance.
J’invite la communauté diocésaine à répondre à l’appel de Jean-Paul II : « Soutenir plus que jamais le conjoint séparé, lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète pour qu’il puisse rester fidèle dans la situation difficile qui est la sienne… L’Eglise doit plus que jamais lui apporter une aide pleine de sollicitude. »
Non seulement, nous ne permettrons pas un encouragement facile au remariage mais nous chercherons ensemble quelle structure d’accueil pourrait aider nos frères et sœurs divorcés et non remariés