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La grandeur insoupçonnée du sacrement de mariage
Ce qui m’a frappée en effet c’est que, parmi tous les membres de la CNDA, nombreux sont ceux qui avouent n’avoir vraiment découvert le sacrement de mariage qu’après leur séparation.
mariage-egliseQuand nous nous sommes mariés, la plupart d’entre nous voyions le mariage religieux comme une belle cérémonie au cours de laquelle nous échangions nos consentements devant Dieu. Cela mettait en quelque sorte Dieu dans le coup ! Nous lui avons confié notre couple, les enfants à venir. Cela donnait à notre démarche la dimension spirituelle que nous souhaitions.

Après notre séparation, quand nous nous sommes retrouvés seuls et que nous avons cherché à savoir ce que devenait ce sacrement, nous avons compris que sa signification était beaucoup plus grande !
Nous avons découvert en effet que le sacrement de mariage, c’est bien plus qu’une cérémonie, c’est un acte du Christ, un acte dans lequel il s’engage pleinement et pour toujours. « Les dons de Dieu sont pour toujours » dit l’Ecriture (Rm 11,29). 
Le père Bostyn, notre aumônier en Aquitaine, utilise une image parlante : quand des jeunes fiancés veulent vivre le sacrement de mariage et qu’ils viennent le voir, ils s’imaginent qu’ils sont deux. Eh bien non ! Il leur annonce qu’ils sont trois, comme les trois pieds d’un tabouret et le tabouret, le foyer, sera solide dans la mesure où le couple prend conscience qu’il y a un troisième pied. Ce troisième pied, c’est le Seigneur Jésus lui-même qui s’engage dans cette alliance. C'est-à-dire que les conjoints ne sont pas seuls et qu’ils pourront toujours, dans les bons moments comme dans les mauvais,  recourir à la grâce du Seigneur qui les accompagne.
Le sacrement de mariage, c’est donc un acte d’engagement de Dieu autant que de nous.
On dit aussi souvent que ce sont les époux qui se donnent le sacrement de mariage. Or, si  les époux en effet sont les ministres du sacrement, ils n’en sont pas les auteurs. Ils sont médiateurs l’un pour l’autre d’un don qui les dépasse l’un et l’autre. C’est finalement comme le prêtre avec l’eucharistie. C’est bien Dieu qui est la source du sacrement de mariage.
« Par la grâce sacramentelle, les conjoints sont greffés l’un à l’autre et ils sont aussi greffés au Christ, à l’arbre de vie que le Christ devient dans et par son Eglise. Ils font réellement partie de cet arbre. Ils en reçoivent la sève et la vigueur et lui donnent  vie aussi. Cet arbre de vie qui relie la terre au ciel permet que l’amour humain sacramentel soit vraiment de même texture, de même saveur, que l’amour divin. » (P. Mattheeuws - A cœur ouvert p.128)
C'est la grâce du sacrement de mariage qui me permet de vivre dans le mariage un amour de même nature que celui de Dieu dans sa trinité. Ce qui est possible à Dieu devient possible à l’homme par la grâce du sacrement. Et c’est bien pour cela qu’on parle d’indissolubilité du mariage. Il ne s’agit pas d’une discipline de l’Eglise mais c’est la conséquence de cette réalité théologique. Nous sommes appelés à aimer notre conjoint comme Dieu nous aime, c'est-à-dire jusqu’au don de notre vie.
Pour parler de manière un peu plus compliquée, le sacrement de mariage est la transsubstantiation de l’amour humain en amour divin, comme à Cana l’eau fut changée en vin, et comme en chaque eucharistie le pain et le vin deviennent corps et sang du Ressuscité.
On est ici loin de la petite cérémonie à laquelle je faisais allusion tout à l’heure… Comme l’a dit Saint Paul en parlant du mariage : « Maris, aimez vos femmes COMME le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle… Ne sommes-nous pas les membres de son corps ? Ce mystère est grand. Je déclare qu’il concerne le Christ et l’Eglise » (Ep 5, 21-32)
On peut dire que le mariage sacramentel a deux effets :
- les époux deviennent l’un pour l’autre et à jamais l’aide que Dieu leur a choisie pour aller vers Lui.
- les époux, par leur amour, deviennent le signe de l’amour de Dieu pour l’Eglise et pour le monde. Le sacrement de mariage rend présent et efficace l’amour du Christ pour son Eglise, un amour qui va jusqu’à la croix. Les époux donnent à l’Eglise d’exister.  « Toute nouvelle unité conjugale, par le sacrement de mariage, inscrit de manière indélébile l’amour dans l’Eglise. » (ibid. A cœur ouvert p.127)
D’ailleurs, le concile Vatican II a valorisé une réalité connue depuis longtemps en utilisant le terme « d’ecclesiola » en latin, ou « d’église domestique » en français. Par le mariage surgit une entité ecclésiale qui unit tous les membres de la famille. Chaque famille est une composante substantielle de l’Eglise. Chacun des conjoints est pour l’autre signe de l’Eglise et du Christ. C’est parce qu’elle est une grâce pour les personnes qui la composent comme pour les autres chrétiens que cette « petite église » a une mission dans l’Eglise universelle et dans le monde (Familiaris consortio, exhortation apostolique de JPII en 1981), celle d’être une lumière pour ceux qui la voient, signe de l’amour de Dieu pour le monde. (Merci au père Alain Mattheeuws qui nous a aidés à approfondir ces vérités théologiques. Cf p. 118 et sq de notre livre)
Finalement, pour celui qui est séparé de son conjoint, pour chacun de nous, cela a des conséquences très importantes. Que nous nous sentions trahis et injustement abandonnés, ou que nous ayons dû renoncer à une vie conjugale devenue insupportable, ou même que nous ayons  rompu nous-mêmes ce lien du mariage, nous restons porteurs d’une bénédiction et d’une grâce irrévocables qui ne cesseront jamais de nous accompagner, quels que soient les chemins de notre existence.
Cela a des conséquences aussi sur notre couple. En effet, comme le dit encore le père Mattheeuws, « le Christ ne disparaît pas du couple lorsqu’il est en souffrance ».
L’ecclesiola dont nous avons parlé est affectée bien sûr par ce qui affecte les personnes mais les ruptures n’entraînent pas la mort de cette communion qui dépasse les personnes. Et l’ecclesiola peut continuer à donner l’image de l’amour, même s’il est trahi, refusé, déchiré. Ce qui fait ressembler jusqu’au bout à une ecclesiola, c’est-à-dire au mystère de l’Eglise, c’est l’amour, l’amour blessé parfois, mais l’amour qui vient de Dieu, qui transforme notre pauvre amour humain en don et en pardon. Le Christ est venu sauver l’amour humain et tout amour humain doit être sauvé par le Christ.
Pour éclairer cette idée, le père Mattheeuws dit la phrase suivante que je trouve très parlante : « Un pauvre amour humain, quelle que soit son apparence, est toujours multiplié par l’amour sauveur du Christ, comme les cinq pains et les deux poissons offerts par le jeune garçon avant la multiplication des pains. » Et quand on  demande à Dieu de nous aider à aimer, même quand on s’en sent incapable,  il se charge de faire circuler l’amour que nos refus paralysent sur terre.
Même si les époux sont séparés, leur mission mutuelle n’est pas terminée. Le Christ les a confiés l’un à l’autre. Pour nous, comme pour les autres, le commandement du Seigneur garde toute sa force : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Dans le présent évidemment, et peut-être dans l’avenir, notre amour ne s’exprimera plus de façon conjugale. Mais le sacrement reste une source actuelle de grâce. Même blessé, l’amour humain peut encore être vécu.
En définitive, notre mission, quand on est mariés sacramentellement, que l’on soit séparé ou pas de notre conjoint, reste la même. Seules les modalités changent. Notre mission est plus souffrante. Mais c’est toujours de rendre présent l’amour de Dieu. Ce que nous faisons par amour pour l’autre « fait du bien » à l’autre. Le chemin que nous faisons pour pardonner, l’effort de vérité, de lucidité que nous faisons sur nous, tout cela fait du bien à l’autre et fait du bien à l’Eglise. Invisiblement, nous donnons quelque chose du Christ à l’autre et, en passant par nous, la grâce nous fait du bien à nous aussi. Cette grâce est surabondante et déborde sur les enfants.
Autrement dit, dans notre situation de personne séparée ou divorcée, les grâces du sacrement de mariage, en nous permettant de continuer à aimer, restent pour toute la famille une source de paix et pour l’Eglise une source de Vie.