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main-enfantLes enfants

Les enfants sont incontestablement les grands perdants du divorce.
Quand un adulte fait le bilan de son divorce, il peut toujours trouver des points positifs : oui j’ai mûri ; oui j’ai appris à me remettre en question ; oui je suis plus proche des personnes qui souffrent ; oui, dans ce grand malheur je me suis davantage tourné vers Dieu et ma vie est maintenant enracinée dans des valeurs plus profondes.
Mais pour les enfants, je pense qu’on a beau chercher, on ne trouve rien de positif. La richesse d’un enfant, c’est de vivre dans un foyer où ses parents s’aiment. C’est ce qui va lui donner la sécurité affective nécessaire à sa croissance.
Alors, bien sûr, ces dernières années, il y a eu des voix pour dire que les familles recomposées, c’était formidable… Ces voix venaient des adultes et pas des enfants. D’ailleurs aujourd’hui, ces mêmes voix commencent à oser dire le contraire. Ainsi j’ai pu lire, il y a quelques mois, un article d’Alexandre Jardin dans la revue Paris Match. Cet article s’intitulait : « Faire passer la famille recomposée pour quelque chose de formidable, c’est nier le mal qu’on fait aux enfants » et, après avoir dit comment lui-même avait participé à ce grand mensonge (ce sont ses propres termes), il terminait son article ainsi : « Cette manœuvre de faussaire me paraît indigne car il y a quelque chose de plus incorrect que de brusquer un enfant, c’est de nier le mal qu’on lui fait…  La prochaine fois que vous verrez dans Paris Match une photo de famille puzzle exhibant des stars radieuses sur leur canapé, pensez à mon article. Leurs enfants auraient-ils dit la même chose ? »
Dans le cas où la séparation survient, il ne faut jamais perdre de vue que les enfants  gardent  dans leur cœur leur père et leur mère et il nous revient, à nous parents, de ne pas détruire le conjoint séparé dans le cœur de notre enfant.
La situation est plus cruelle encore lorsque les enfants, déchirés entre les conflits, les ressentiments, voient - ou sentent - l’un de leurs parents en venir à nier la période vécue avec l'autre. Ce qui revient à dire : on ne s'est jamais aimés, on n'a jamais été heureux… Négation douloureuse et déstructurante pour l’enfant qui peut en déduire : « je ne suis pas le fruit de l'amour de mes parents ».
Dans notre livre, le père Gérard Berliet écrit : « Le respect que des époux séparés continuent de porter à leur conjoint et à la personne avec qui il ou elle a pu continuer sa vie, par-delà toutes les tentations de rivalité dominées, est extrêmement précieux pour les enfants. Plus les tensions sont fortes, plus l’enfant risque d’être pris dans des conflits de loyauté. Plus le respect est là, plus peut être accueilli quelque chose encore de la grâce du sacrement de mariage, au bénéfice des conjoints du sacrement, mais aussi des enfants et de tous ceux qui les entourent. Finalement, il s’agit toujours d’aimer le mieux possible ou le moins mal possible dans une configuration nouvelle, et de continuer à vivre de la présence du Christ du sacrement de mariage, qui garde, nous l’avons dit, un lien particulier avec l’un et l’autre des conjoints et avec leurs enfants. Tout ce qui est destiné à incarner cela dans les faits et au quotidien est précieux pour les enfants. » (A cœur ouvert - p. 186-187)
Ce que nous expérimentons à la CNDA, c’est que la fidélité que nous essayons de vivre aide les enfants. Quand ils sentent dans le cœur de leur mère (je parle de leur mère puisque c’est mon cas), quand ils sentent qu’il y a une fidélité, un respect de la période qui a été vécue avec leur père et que l’on continue d’une certaine manière à l’aimer, je pense que pour l’enfant, c’est beaucoup moins compliqué de vivre la situation, même si nous aussi nous avons connu les difficultés de nos enfants.
Et quand les enfants grandissent, qu’ils atteignent l’âge de fonder une famille, notre témoignage de fidélité est pour eux un signe fort d’espérance et de confiance. De même tout ce qui ressort du travail de pardon à l’égard du conjoint, à l’égard de son compagnon ou de sa compagne ne peut qu’aider les enfants. Même adultes, nos enfants continuent à  souffrir de notre divorce. Et notre rôle est loin d’être terminé.
D’une part, le fait que nous continuions en quelque sorte à vivre notre mariage, à respecter notre conjoint, à lui laisser sa place de père ou de mère, de grand-père ou de grand-mère, exprime le prix que nous donnons à cet engagement et peut encourager nos grands enfants à s’engager eux-mêmes dans une vie de couple et parfois à tenir bon au-delà des difficultés de la vie.
D’autre part, quand ils ont une vie de famille, des enfants, qu’ils sont amenés à organiser des fêtes autour d’eux, notre attitude peut aussi être facteur de paix.
Pour ma part, j’essaie de faire en sorte que chaque fête de famille chez nos enfants ne soit pas pour eux un casse-tête : «  Papa sera-t-il là ? Sera-t-il seul ou accompagné ? Maman va-t-elle accepter cela ? » Nos enfants ont assez souffert, ils ont été assez écartelés et perturbés. Aujourd’hui, ils sont adultes et je ne veux plus que notre histoire continue à porter une ombre sur la leur.
Enfin, notre action est importante aussi dans les cas où nos enfants eux-mêmes vivent une séparation. Je vois autour de moi des amies qui jouent un rôle pacifiant vis-à-vis des gendres, des belles-filles et surtout des petits-enfants, en refusant d’entrer dans une guéguerre qui aggrave les divisions. Là encore, parler de son gendre ou de sa belle-fille avec respect, lui laisser sa place de père ou de mère est de la plus haute importance. Et si nos enfants sont tellement immergés dans leur souffrance qu’ils ne peuvent le faire, nous pouvons, nous, avoir la distance nécessaire pour leur montrer le chemin du pardon et de la paix. Peu à peu, ils sentiront qu’il y a dans ce chemin une vérité qui aide toute la famille à vivre et les enfants à se construire.
Quoi qu’il arrive, rappelons-nous que chaque enfant est  à jamais l’enfant de son père et de sa mère et qu’en aidant chacun à garder sa place, on aide toute la famille.