mgr-moutel-tressaint2011Dans l'Evangile de ce jour (Mt 11, 25-30), il est question du fardeau et de son allègement. Certes nous connaissons tous bien des peines et des fardeaux, et la vôtre à chacun, singulièrement. Et de façon forte, on en arriverait parfois à considérer le mariage lui-même comme un fardeau ou un joug.

Il faut que j'explique comme je l'ai fait ce matin à la basilique Notre-Dame du Bon Secours,jougboeuf pour le Grand Pardon de Guingamp, auprès des enfants et des plus grands, que le joug est une belle, énorme et forte pièce de bois dont on ne connaît plus aujourd'hui l'usage : il n'y a plus de bœufs, ni de joug, mais des tracteurs et des machines. En tous cas, on voit cet objet comme synonyme d'asservissement, de perte de liberté, d'aliénation, de domination sous le joug d'un tyran, d'une personne ou d'un groupe. Et voici que Jésus nous le présente de façon positive : « Prenez mon joug. Mon joug est facile à porter ». Effectivement, cet outil, cet instrument permettait à deux animaux forts et costauds de marcher du même pas, de s'attacher bien ensemble pour pouvoir tirer de manière bien ajustée la même charrue et creuser la terre même un peu dure du pays breton. Voilà ce qu'il en est du joug.

Jésus invite à être avec lui, à nous attacher à lui. Certes le fardeau est là, ce qu'il faut tirer derrière soi, ce qu'il faut vivre, même si nous savons que lui, lui seul a pris le fardeau du monde, le péché du monde. Ce qui aggrave et alourdit, obscurcit sans cesse nos existences, il l'a pris de manière définitive et accomplie, dans le mystère de sa Croix, et Dieu l'a ressuscité. Même si nous savons cela, nous savons que le fardeau de nos maux, de nos péchés, fait encore son chemin en chacun de nous, et donc il est là le fardeau, mais la souffrance ou l'épreuve quand elle est portée en présence du Seigneur, devant lui, avec lui et en Eglise est tout autre : elle est éclairée d'une manière nouvelle, elle peut devenir aussi offrande, participation à la croissance spirituelle de nos frères et sœurs. Oui, Jésus associe de façon étonnante les images du joug et du repos et il en parle après avoir indiqué, suggéré que le mystère de Dieu Père, qui n'est pas compris semble-t-il par les sages et les savants, peut être approché si on se tient en lui, Jésus, peut être approché par les tout-petits : « Père, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout- petits ». C'est vrai que les sages et les savants du temps de Jésus alourdissaient le fardeau parfois, puisque le respect scrupuleux ou peut-être trop méticuleux de la loi entraînait des préceptes à l'infini qui étaient plus sévères et rendaient plus difficile la vie des petits et des pauvres.

Jésus parle autrement. Il accomplit la loi bien sûr, mais il a dit de ces sages et de ces savants : « Faites ce qu'ils vous disent, mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent mais ne font pas ».

Jésus semble suggérer qu'il y a une voie de simplicité, de dépouillement, d'humilité, qui permet, en étant avec lui, d'accueillir le don que Dieu veut nous faire.

Sur le chemin des Béatitudes, toute cette semaine avec Monseigneur Marc Aillet, dans cette retraite, je vous souhaite de tout cœur, de pouvoir entrer dans cette petite voie de la simplicité, du dépouillement, de l'ouverture du cœur, de la pauvreté peut-être, qui fait que n'ayant parfois rien entre les mains on peut dire au Seigneur : « Viens faire toute chose nouvelle. Avec toi, sous le joug du fardeau ou de la Croix, avec Toi, nous ressusciterons Seigneur ! ».

Nous sommes déjà ressuscités, par notre Baptême, notre Confirmation, et par cette Communion et par cette Alliance.

Oui, avec Marthe Robin aussi, qui connaît cette simplification de plus en plus grande mais qui revient toujours à l'Eucharistie comme le don total et radical de Dieu en elle, avec elle et par elle comme tant et tant de visiteurs qui viennent et trouvent la lumière dans le lieu obscur et reculé de sa petite chambre de Châteauneuf-de- Galaure.

Oui, n'ayons pas peur d'être avec le Christ ! N'ayez pas peur de vous attacher à Jésus pendant cette semaine de retraite, non pas comme un fardeau ou un joug tyrannique ou oppressant à porter, mais comme un chemin de semailles, un chemin de plantation, un chemin de conversion, pour des fruits nouveaux avec le Seigneur.