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Homélie de Mgr Aillet - Tressaint - 7 juillet 2011
Messe du ROC (Renouvellement du Oui au Conjoint)
(Gn 44, 18... 29 ; 45, 1-5 et Mt 10, 7-15)

mgr-aillet-2011-2Chers amis, cette histoire de Joseph est bouleversante, n’est-ce pas ? Joseph, ce fils de Jacob et de Rachel, ainsi que Benjamin, ce fils en qui le vieux Jacob mettait tant d’espérance que la jalousie de ses frères en avait été excitée et qu’ils le vendirent à une caravane de marchands, après avoir même eu l’idée de le tuer et l’avoir finalement jeté dans cette citerne, dans cette fosse. Joseph qui est par excellence la figure du Christ Jésus venu chez les siens et que les siens n’ont pas reconnu, Jésus trahi, renié, abandonné par ses frères, par ses amis, jeté en dehors de la ville, crucifié, mis au tombeau par la jalousie des siens. Joseph qui fait découvrir à ses frères, beaucoup plus tard, comment le Seigneur s’est souvenu de son alliance avec son peuple et que c’était pour leur conserver la vie qu’il avait été ainsi victime de leur injustice. La pierre rejetée par les bâtisseurs, comme dit le psaume, est devenue pierre d’angle. N’avez-vous pas compris, disait Caïphe, qui prophétisait sans le savoir, qu’il vaut mieux qu’un homme meure pour que le peuple tout entier ait la vie ? Jésus, rejeté par ses frères, devient le sauveur de ses frères, comme Joseph qui reste fidèle à la maison de son père, qui reste fidèle à ses frères parce que Dieu est toujours fidèle à son alliance et que Joseph demeure fidèle au Seigneur, au Dieu de son peuple.

Il y a des situations, des épreuves dans notre vie qui sont incompréhensibles à la raison de l’homme, qui sont des injustices profondes et graves dont nous sommes l’objet, pour une part les victimes. Des épreuves que Dieu permet - mais comment entrer dans des vues aussi profondes ? - que Dieu permet pour un plus grand bien que nous ne savons pas. C’est la grande réponse de la tradition chrétienne, et de Saint Augustin que nous avons évoqué en ces jours, à la question - que dis-je ? - au mystère du mal et de la souffrance. Si Dieu le permet, c’est que Dieu est assez puissant pour tirer le bien du mal lui-même. Il n’y a que Dieu qui puisse faire cela, n’est-ce pas ? Vous vous rappelez cette parole de Jésus dans la multiplication des pains racontée par St Jean : il évoque une situation qui est une impasse à vues humaines : « Comment allons-nous trouver du pain pour nourrir une si grande foule ? » Et St Jean précise : « Jésus disait cela pour le mettre à l’épreuve mais lui savait ce qu’il allait faire. » Et Dieu, comme nous l’avons chanté dans le psaume de méditation de cette messe, est toujours fidèle à son alliance. Il se souvient toujours de son alliance.
Oui, cette histoire de Joseph préfigure l’histoire de Jésus. Jésus qui se manifeste à travers ces Béatitudes que nous avons méditées ensemble et qui sont encore une fois un autoportrait du Christ, son portrait intérieur qu’il veut imprimer dans le cœur de tous les baptisés, dans la vie de tous les baptisés. Que ces attitudes, ces traits de son visage intérieur puissent s’imprimer profondément dans notre cœur et dans notre vie.
Chers frères et sœurs de la CNDA que j’ai eu la joie de rencontrer d’une manière profonde pendant ces jours, dans votre engagement difficile, et je sais bien que vous n’êtes pas tous à la même étape sur ce chemin où vous avez désiré vous engager à travers votre appartenance à la Communion Notre-Dame de l’Alliance, voyez comme cette histoire de Jésus, préfigurée par celle de Joseph, éclaire votre propre chemin. Le ROC d’aujourd’hui, le renouvellement du OUI au conjoint se nourrit d’abord du renouvellement du OUI au Seigneur. C’est votre fidélité au Christ que vous voulez d’abord exprimer, qui est la source et l’âme de toute fidélité. Autrement, cette fidélité n’est pas possible. C’est lui qui s’est engagé dans une alliance avec vous et il est toujours fidèle. C’est dans sa fidélité que nos fidélités trouvent leur source et leur plénitude. Cette fidélité qui s’exprime dans la communion, dans l’Eucharistie. Cette alliance fidèle, indissoluble, de Jésus avec son Eglise. Et son Eglise, c'est-à-dire chacun et chacune d’entre nous, ne lui rend pas toujours amour pour amour, tant s’en faut…
Le Seigneur se souvient de son alliance. Sa fidélité nourrit notre fidélité qui devient plus encore témoignage. Le Seigneur, à travers votre fidélité d’aujourd’hui, permet aussi que la vie de votre conjoint soit conservée, selon les mots de Joseph, la Vie avec un grand « V », la Vie éternelle. Je pensais, pendant ces quelques jours avec vous, et c’est aussi l’Evangile qui nous l’indique, au discours missionnaire, au discours apostolique de Jésus qui envoie ses apôtres, ses disciples en mission pour proclamer la Bonne Nouvelle de l’Evangile. L’Evangile  qui s’appelle parfois l’Evangile de la souffrance, car l’Evangile c’est, comme dit St Paul, Jésus-Christ crucifié, n’est-ce pas ? Et c’est aussi toute la révélation des Béatitudes. Eh bien, vous aussi vous êtes envoyés en mission. Par votre fidélité, vous rendez témoignage, vous annoncez la Bonne Nouvelle du mariage qui est fondée sur la fidélité du Christ et de son Eglise. Une fidélité qui touchera les cœurs, même si vous ne le savez pas et même si vous avez l’impression que vous n’êtes pas entendus parce que vous êtes à contre-courant comme tout chrétien qui prend au sérieux la grâce de son baptême est toujours à contre-courant. L’Evangile est à contre-courant de l’esprit du monde. Il n’y a que le Seigneur qui peut nous donner la grâce.
Voilà pourquoi il faut vraiment renouveler notre OUI au Seigneur, voilà pourquoi c’est dans notre union au Seigneur, dans cette intimité avec le Seigneur dont nous nous savons aimés, que nous trouverons toujours la force de l’Esprit-Saint pour témoigner de cette fidélité aux yeux du monde, avec beaucoup d’humilité parce que nous savons nos fragilités. Nous savons aussi les épreuves qui nous attendent toujours, les tentations et les sollicitations du monde. Et Jésus par sa fidélité, par ce don total à l’Eglise, célébré dans l’Eucharistie à laquelle nous pouvons communier, retrempe sans cesse, renforce, revitalise notre fidélité dans l’amour. L’Eglise, la nouvelle évangélisation, comme disait Jean-Paul II, c’est une nouvelle ardeur qui vient de l’Esprit-Saint, c’est un nouveau langage, c’est le langage de l’amour jusqu’au bout, celui de Jésus dans le suprême témoignage qu’il nous donne de son amour dans le don total de sa vie sur la croix. Le langage de l’amour et de la cohérence : que votre OUI soit OUI et que votre NON soit NON. La nouvelle évangélisation, ce sont de nouveaux moyens que l’Esprit-Saint suscite pour proclamer l’Evangile de manière nouvelle dans le monde d’aujourd’hui. J’ose croire que vous en êtes et que votre Communion Notre-Dame de l’Alliance a sa place, toute sa place, rien que sa place. Elle est aussi un de ces nouveaux moyens que l’Esprit-Saint suscite dans le monde d’aujourd’hui pour proclamer l’Evangile du salut. Amen