benoit-xviLe 26 janvier 2013 au Vatican, le pape Benoît XVI a offert aux membres – auditeurs, officiels, avocats – du tribunal d'appel de la Rote romaine, une réflexion sur ce sujet. Ci-dessous un résumé réalisé d’après le site Zenit.org et la traduction parue dans La Croix du 28 janvier 2013.

 

Foi et mariage

Benoît XVI a centré son propos sur le rapport entre foi et mariage, constatant que l’actuelle crise de foi s’accompagne d’une crise de la conjugalité, « avec toute la souffrance que cela implique pour les enfants ». Il a précisé qu’il n’entendait suggérer « aucun automatisme facile entre le manque de foi et l'invalidité de l’union matrimoniale », mais plutôt « souligner que cette carence peut, mais non nécessairement, blesser les biens du mariage, car la référence à l’ordre naturel voulu par Dieu est inhérente au pacte conjugal (Gn 2,24) ».

Benoît XVI a rappelé que le « pacte indissoluble » (1) entre l’homme et la femme « n’exige pas la foi personnelle des contractants » pour qu’il soit sacramentel. La condition minimale nécessaire est « l’intention de faire ce que fait l’Eglise ». Mais, a-t-il ajouté, « s’il est important de ne pas confondre la question de l’intention avec celle de la foi personnelle des fiancés, il n’est cependant pas possible de les séparer totalement » : en effet, s’il n’y a chez celui qui s’engage « aucune trace de la foi ni aucun désir du salut », on peut se demander si « l’intention générale et sacramentelle est présente et si le mariage est contracté validement ou non ».

Jean-Paul II avait répondu à cette question : "une attitude qui ne tient pas compte de la dimension surnaturelle dans le mariage peut le rendre nul seulement si elle en attaque la validité sur le plan naturel".

Validité au plan naturel

Pour Benoît XVI, la question de cette validité peut se poser dans le contexte actuel, où « le refus de la proposition divine conduit à un déséquilibre dans toutes les relations humaines y compris matrimoniales », et facilite « une compréhension erronée de la liberté et de l’autoréalisation », selon la mentalité répandue selon laquelle la personne deviendrait « elle-même en restant "autonome" et en n'entrant en contact avec l’autre que par des relations qui peuvent s’interrompre à tout moment ».

Cette conception des relations, « ajoutée à la fuite devant la souffrance patiemment supportée », condamne l’homme à « s’enfermer dans son égoïsme et son égocentrisme », a diagnostiqué le pape.

En ce sens, la culture contemporaine pose la question de l’indissolubilité : « un lien qui dure toute la vie est-il vraiment possible et correspond-il à la nature de l’homme, ou n’est-il pas plutôt en contradiction avec sa liberté et son autoréalisation ? ».

La foi en Dieu est donc « un élément très important pour la vie conjugale », a-t-il estimé : « c’est seulement en s’ouvrant à la vérité de Dieu, qu’il est possible de comprendre et de réaliser concrètement, dans la vie conjugale et familiale, la vérité de l’homme », car « l’accueil de la foi rend celui-ci capable du don de soi, où se dévoile la plénitude de la personne humaine ».

« Non pas que la fidélité, comme les autres propriétés [du mariage], ne soit pas possible dans le mariage naturel entre non baptisés », qui n’est bien sûr « pas privé des biens de Dieu », a précisé Benoît XVI. Mais « la fermeture à Dieu et le refus de la dimension sacrée de l’union conjugale et de sa valeur dans l’ordre de la grâce rendent difficile l’incarnation concrète du modèle éminent du mariage conçu par l’Eglise selon le dessein de Dieu ». Il a, de plus, constaté que cela peut « conduire à miner la validité du pacte » s’il y a « refus de principe de l’obligation conjugale de fidélité ou des autres éléments essentiels du mariage ».

Dans cette perspective, a-t-il insisté, « le choix de l’être humain de se lier pour toute la vie est influencé par la perspective de chacun, qu’elle soit ancrée dans un plan simplement humain, ou qu’elle s’entrouvre à la lumière de la foi dans le Seigneur ».

La foi, un soutienmaris

En outre, a souligné Benoît XVI, « l’être humain est incapable d’accomplir seul ce qui est nécessaire à la poursuite du vrai bien ». Au contraire, la foi est un soutien, comme l’illustrent « les saints qui ont vécu l’union matrimoniale et familiale dans la perspective chrétienne », réussissant à « dépasser les situations les plus adverses », et se soutenant les uns les autres dans la « sanctification ».

« Ces expériences, marquées par la foi, font comprendre combien est précieux, aujourd’hui encore, le sacrifice offert par le conjoint abandonné ou qui a subi le divorce, s’il réussit – en reconnaissant l’indissolubilité du lien matrimonial valide – à ne pas se laisser entraîner dans une nouvelle union… Alors son témoignage de fidélité et de cohérence chrétienne est d’une valeur toute particulière pour le monde et pour l’Église. »

En conclusion, il a encouragé tous ceux qui dans l’Eglise s’engagent pour "la sauvegarde de la vérité et de la justice dans le lien sacré du mariage", qui est « bonne nouvelle » face au monde s’il est alimenté par la foi qui "fait croître et fructifier l’amour des époux, donnant de l'espace à la présence de Dieu Trinité".


(1) Code de droit canonique de 1983 (can. 1055, § 1)