Marguerite PeetersAu Conseil d’automne, l’auteur, Marguerite Peeters1, connue de Martin lors d’eucharisties matinales à Bruxelles, nous a exposé les travaux qu’elle réalise depuis 20 ans. Journaliste, elle a vécu en Ukraine de 1991 à 1993 la fin de la guerre froide, le traumatisme, la peur et la grande espérance car l'occident représentait la liberté religieuse.

Après un an à Bruxelles, elle a été mise en rapport avec la délégation du Saint Siège qui se rendait en 1994 à la conférence des Nations Unies (ONU) au Caire. Jean-Paul II était très préoccupé par ce

qui se préparait à la conférence internationale car le Planning Familial (PF) exerçait son emprise sur la conférence et le programme des vingt années à venir. Les objectifs du PF consistaient à ouvrir un accès universel à la gamme complète des contraceptifs, la procréation médicalement assistée, l’éducation sexuelle banalisée, l’avortement sans risque quel que soit l'âge ou la situation familiale. En bref, il s’agissait de mondialiser la révolution sexuelle occidentale...

 

Le PF coopérait avec l’ONU depuis la fin des années soixante, marginalement pendant la guerre froide, mais les partenariats se sont renforcés depuis et les organismes non gouvernementaux (ONG) ont pris du pouvoir et se sont imposées à l’ONU dans le domaine de la population. La colère de Jean-Paul II quand il a appris ce qui se tramait a incité M. Peeters à mettre en place un service d'information pour suivre les évolutions de l’ONU.

Le Sommet mondial pour le développement social de Copenhague en 1995 a révélé l’intention d’imposer une nouvelle synthèse culturelle et une nouvelle vision du monde. Dans ce but, des réseaux opérationnels d'intellectuels forgent un langage censé véhiculer tous les espoirs de
l’humanité : santé, développement, environnement, etc. Ces experts, qui viennent d'un terreau laïc, ambitionnent de substituer leurs concepts à ceux de l’Eglise, tout comme le Malin singe Dieu en inversant ses valeurs, pour détourner la civilisation de l'amour afin de créer une société sans Dieu.

L’Eglise elle-même a été surprise par cette avancée des experts, au point que M. Peeters a dû, pour enquêter, adopter un profil bas pendant plusieurs années...

Depuis les années quatre-vingt-dix, l’on assiste à la construction d’un consensus mondial, fondé sur une révolution culturelle, comme si la judéo-chrétienne passait la main à une civilisation post-moderne. Lesigne de cette recherche de consensus est que tout doit être « pour tous » : l’éducation, le bien-être, etc.

M. Peeters, participant à toutes les conférences et passant son temps à interviewer les experts, décèle les aspects systémique et holistique de cette approche : un système intégré, où tout est lié par une logique interne qui implique une nouvelle vision de la société.

Historique

Sans consulter les populations, l’ONU mène à partir de 1990 une révolution politique et prend une dimension intergouvernementale pour donner un plus grand pouvoir aux ONG. C’est ainsi que dès la conférence du Caire, le PF, Amnesty International et Greenpeace acquièrent un pouvoir politique supérieur aux gouvernements.

Avec l’apparition de la « Gouvernance Mondiale » en 1994, l’ONU entend travailler en partenariat avec les ONG, les universités, les experts et les entreprises : chacun doit appliquer dans son domaine la nouvelle éthique. Nous ne sommes plus en démocratie car il y a un système au-dessus des gouvernements qui fixe des normes qui sont fabriquées ailleurs. Les partis politiques s’y sont ralliés, à commencer par les écolos, suivis par la gauche, puis la droite et le centre droit.

Les gouvernements ont suivi le leadership, puis les entreprises en 1999 au Forum de Davos, qui doivent absolument internaliser cette nouvelle éthique (en imposant par exemple des rapports annuels sur le « développement durable ».

Pour pouvoir vraiment modifier la mentalité des personnes, il fallait gagner les religions et les cultures. A partir de 2004, une nouvelle stratégie a donc été adoptée pour changer celles-ci de l'intérieur et les faire passer « d'ennemis à partenaires ».

Aujourd'hui, après vingt ans, il y a de nouveaux objectifs jusqu’en 2015. Les documents préparatoires évoquent « un nouveau partenariat mondial ». Il s’agirait de faire un bond en avant dans l'instauration d’un régime politique supra-national. En effet, les gouvernements obéissent de plus en plus aux experts de la « gouvernance mondiale ». De solides partenariats financiers ont été noués dans cette intention avec l’Union- Européenne et les Etats-Unis-d’Amérique.

Toutes ces informations peuvent donner l'impression que les choses vont très mal mais il faut avoir une vision de foi sur l'Histoire car celle-ci est menée par Dieu : plus le combat est acharné et plus la victoire sera grande.

Rencontre à Bruxelles sur les enseignements de Vatican II

Dans les années soixante, les Pères conciliaires avaient identifiés les signes des temps, relatés dans Gaudium et Spes. Tous ces grands thèmes sont devenus les thèmes de la gouvernance mondiale : participation de la femme, égalité des hommes, centralité de la personne, soif de justice, d'équité, d'égalité, accès universel à la nourriture, au logement, au travail, fraternité universelle.

Pourquoi cette convergence entre ce à quoi Dieu appelle l'Eglise aujourd'hui et, d'autre part, une éthique laïque qui parle des mêmes thèmes ? C’est que le Démon veut toujours singer la vision de Dieu dans notre temps !

Nous devons donc opérer un travail de discernement sur les signes des temps et ne pas nous laisser entraîner vers une déshumanisation. Le combat est intrinsèque au langage, à la démocratie et aux droits de l'homme. On peut, en effet, interpréter les droits de l'homme d'une manière radicale ou bien avec une vision catholique.

Questions – réponses

Qui sont les ‘experts’ ?

Le Planning Familial, l’ONU, les mouvements féministes ; en fait, il y en a des milliers. Les mouvements liés à la sécularisation occidentale. Le pouvoir politique depuis les années 1970 car les gouvernements suivent. N’oublions pas l’importance des nouveaux moyens de communication « du global au local ».

Qui va résister ?

Les gouvernements africains ont été achetés et se sont alignés sur les idées mondialistes. Les pays qui résistent le plus sont les pays musulmans. La Russie résiste mais plutôt pour des raisons familiales et religieuses. Les groupes de pression garderont le pouvoir tant qu'on leur laissera... L'ignorance est un moyen de garder le pouvoir. A l’inverse, larévélation du rapport « Estrela » et une mobilisation Internet massive ont permis qu’il soit rejeté au Parlement Européen.

Il ne faut plus compter sur les gouvernements mais faire un travail d’éducation et parler plus de conscience. En effet, chacun a une conscience et est capable de discerner ce qui est bon pour lui, pour la société. Il faut combattre par l'éducation de la conscience de la personne : c'est une offense à la dignité de l'homme de croire qu’il n'est pas capable de discernement.

On parle beaucoup trop de qualité : de vie, d'environnement, etc. Or, nous sommes faits pour plus que la qualité : nous sommes fait pour un bonheur éternel! Il y a beaucoup de pessimisme dans cette nouvelle éthique, qui semble liée à un besoin de s'accrocher à une notion de durée. Nous devons réveiller la personne : « tu es fait pour vivre, pour la Joie, pour le bonheur ». Ces mots ne sont pas présents dans cette nouvelle éthique. Notre rôle est de témoigner.

Le problème est que ce nouveau langage commence à s’infiltrer dans des organisations comme le CCFD...

Père Antoine-Marie : comment définir le Développement Durable ?

La caractéristique commune à tous les mots de la nouvelle éthique est de ne pas être définis clairement, pour laisser chacun libre d'interpréter. Ce procédé est manipulateur, car il interdit en quelque sorte l'engagement.

La parole n'est plus associée à quelque chose que l'on croit vrai, alors que toute parole est importante. C’est le contraire de la culture africaine, où dire quelque chose engage la personne.

Le Développement Durable, pour l’ONU, est un concept parapluie qui englobe tout, c’est le concept le plus intégré qui englobe la protection de l'environnement, l’équité sociale et la croissance économique. La post-modernité se veut horizontale, de façon que la hiérarchie n'existe plus. Par exemple, l’enfant est considéré comme un citoyen, à l’égal de ses parents. Le Développement Durable pousse à la dé(con)struction de la hiérarchie entre l’homme et la nature sousprétexte qu’il y a trop d'hommes en proportion des capacités de la nature.

Nous devons nous former à la doctrine sociale de l'église car la vérité est dans la Bible.

Père Antoine-Marie : y a-t-il un antidote ? La réponse à la nouvelle éthique n'est-elle pas la nouvelle évangélisation ? Nous devons nous former au discernement : c’est un appel à retrouver la confiance dans la parole de Dieu.

La réponse est dans l’espérance car, lorsque les choses deviennent trop radicales, il y a une réaction des personnes, un retour au bon sens.

Il y a aujourd’hui une trop grande symbiose des groupes qui nous manipulent. Il est donc peu probable qu’ils s’auto-détruisent. Il n’y aura pas de progression vers le bien tant que les peuples ne choisiront pas d'aller vers le bien.

Père Antoine-Marie : la nouvelle évangélisation proposée par le Pape François consiste à vivre en cohérence pour témoigner, plutôt que de devenir missionnaire. Ce qui est présenté ressemble plus au désir de contrôler sa vie alors que l'Evangile défend une vision d'humilité.

Les causes lointaines

Au XVIIIème siècle, le déisme et les « Lumières » : on tue le Père en Dieu. Dieu n’est plus qu’un grand architecte qui se désintéresse de nous. Nous ne devons compter que sur nous-mêmes, il faut donc acquérir du pouvoir. Le « meurtre du père » a une origine théologique. JJ Rousseau, pour promouvoir l'égalité, écrivit : « la paternité est un privilège social contraire à l'égalité ». La démocratie s'est construite sur un citoyen individu et non pas un citoyen personne. De fait, il y a opposition entre père et citoyen, c’est pourquoi, en occident, la citoyenneté s'est opposée à la paternité.

Il s’agit d’une mauvaise interprétation de la liberté et de l'égalité. Si Dieu se moque de nous, alors Dieu est mort, comme le déclare Nietsche. Si Dieu est mort, s’engouffrent alors l'immoralité et le désespoir. Le remède, c'est le sur-homme à travers le pouvoir. Le pouvoir devient une valeur sur-éminente dans la nouvelle éthique mondiale.

Etapes marquantes

Selon Freud, le bonheur n'est pas une valeur culturelle parce que la civilisation est répressive. D'après lui, la motivation principale de l'agir humain c'est le plaisir et non pas l'Amour.

Il faut tuer le père si l’on veut se libérer de la domination, donc renverser les institutions. C’est pourquoi la nouvelle éthique défend des valeurs d'égalité.

Rôle des génies pervers

Dans les années soixante, la révolution culturelle s’insinue dans les cultures occidentale qui ont voulu se « libérer des valeurs ». Les objectifs sont alors le contrôle de la fertilité et la liberation sexuelle de la femme. « Il faut libérer la femme de l'esclavage de la reproduction » (Margaret Sanger). Notons au passage l’usage du mot « reproduction » au lieu de « procréation ». Depuis, la « santé reproductive » est devenue une norme mondiale...

Le droit à la contraception, défendu par l’ONU, correspond au meurtre culturel de la mère. La maternité n'est plus célébrée dans la culture occidentale. Nous avons ensuite assisté au meurtre culturel de l'époux avec la promotion de la multiplicité des partenaires et la généralisation de la contraception. Enfin, viennent les droits de l'enfant en tant que citoyen...

L’ingénierie du « gender » est dans la droite ligne du divorce entre citoyen et personne. Elle considère maternité et paternité, complémentarité, identité sponsale et familiale comme des constructions contraire à l'égalité. Les « ingénieurs sociaux » sont des manipulateurs qui veulent amener la société à une philosophie qu'ils ont créés.

Marie France B. témoigne de l'échange avec sa petite-fille, niveau doctorat en psycho-sociologie, de 25 ans, qui tient exactement le discours fustigé par M. Peeters.

Père Antoine-Marie : nous devons faire attention car nos jeunes sont formés dans ces modèles, d’où l’importance d'avoir des échanges avec nos enfants pour aider au discernement.

Il faut former des caractères forts, parler, échanger et beaucoup prier. Nous devons aussi offrir les souffrances que toutes ces dérives nous infligent... Toutes les situations que nous vivons doivent être.

l'occasion d'un travail pour contrer cette idéologie. Si ce n'est pas possible par la parole, le faire par la prière.

Père Antoine-Marie : osons faire l’éloge de la vieillesse, de ce qui est de l'ordre de la sagesse. Les jeunes reculent leur entrée dans la Vie, dont ils ont besoin mais qui leur fait peur: ils n’ont parfois que l’enthousiasme des suiveurs. Le complexe d'être vieux peut être un atout car les jeunes n'ont pas beaucoup de perspectives et parce que nous les tenons par affection. Il est important de leur parler en vérité.

1 Autres livres (Editions Mame) : « Le Gender, une norme mondiale » et « La mondialisation de la révolution culturelle occidentale »