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Un enseignement de Mgr. Renzo Bonetti * Vérone 2005 Traduction : Emanuele Scotti et Alain Bandelier

Tout d'abord, invoquons l'Esprit Saint, car c'est Lui qui nous permet d'entrer dans les demeures secrètes de l'amour. Ces demeures de l'amour dont le mariage est seulement l'annonce, l'anticipation. Le sommet de l'amour n'est pas la vie de couple, la chambre nuptiale ; le sommet de l'amour est plus haut encore ; il y a d'autres demeures pour vivre dans le secret de Dieu, là où tous nous sommes appelés à vivre.

Et seul l'Esprit peut nous introduire dans ces demeures de l'amour, dans cette vie nouvelle. Demandons-Lui d'être vivant en moi qui vous parle, en vous qui écoutez, pour qu'il soit notre force, notre guide, notre lumière : " Je prierai le Père et il vous donnera quelqu'un d'autre pour vous venir en aide, afin qu'il soit toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité " (Jean 14:16). C'est Lui le " fidèle " en chaque séparation. Que signifie la fidélité, votre fidélité dans la séparation ? Est-ce seulement la fidélité au choix de ne pas se remarier, à une institution juridique, à l'Église, dans la crainte de trahir un commandement du Seigneur ? La fidélité comme cohérence à partir de principes et de choix sérieux, qui ne peuvent pas être remis en question au gré des personnes ? Que signifie votre fidélité dans la séparation ? Comment va s'exprimer votre fidélité ?


Je crois que la fidélité dans la séparation est la fidélité même du mariage, qui est la fidélité à vivre l'amour, à vivre et à donner la vie. C'est la fidélité à vivre l'amour, car vous n'êtes pas simplement fidèles à un homme ou à une femme. Vous êtes fidèles à l'Amour avec un " A " majuscule, un grand A, et cette fidélité contient la fidélité à l'amour avec un " a " minuscule, un petit a. Vous êtes fidèles à ce grand Amour, pas à une institution juridique. Vous êtes fidèles à la Vie, mais la Vie avec un " V " majuscule, d'où jaillit toute vie, celle de votre épouse, celle de votre mari… En fait, vous êtes fidèles à ce qui est le but même du mariage. Parce que tout réduire à la fidélité à cet homme ou à cette femme qui m'a abandonné, c'est rester diminué ; alors que vous êtes appelés à rester fidèles au but pour lequel vous vous êtes mariés ; c'est cela qui vous rend cohérents et qui vous permet de rester grands, et non pas diminués parce que séparés, inachevés parce que séparés.

Quel est le but du mariage ? C'est d'être diffuseurs d'amour pour rencontrer l'Amour. Sinon, vous risquez de faire un programme pour personnes séparées à partir d'une théologie dépassée et réductrice du sacrement du mariage, qui le voit comme un bien à usage interne pour les époux, alors que le sacrement du mariage est une mission, une tâche dans l'Église et dans la société. Si la fidélité est seulement juridique, il vous est impossible de maintenir un mariage, parce que ce serait être fidèles à rien du tout.

Vous êtes fidèles au but : Être don et service. Être diffuseurs d'amour pour arriver au grand Amour qui est Dieu. Alors une personne séparée, dans le milieu ecclésial ou social qui est le sien, est-elle appelée à faire quelque chose de différent de ce que peut faire une personne mariée qui vit normalement son mariage ? Pas du tout. Les époux qui restent unis sont appelés à diffuser l'amour, à donner de l'amour, à être serviteurs de la vie, à vivre un amour contagieux. Vous êtes appelés à faire cela encore, même si vous êtes seuls. Vous êtes appelés à vivre ce but-là, même si vous êtes blessés, s'il vous manque une part de vous-mêmes ; même s'il vous manque un bras, vous pouvez encore caresser…

Il faut savoir que la force originelle la plus profonde qui permet d'être diffuseurs d'amour, ce n'est pas l'union des corps, mais c'est l'Esprit Saint. Bien sûr, l'union des corps est une expression, une richesse, un soutien de l'amour - c'est vrai, et nous ne pouvons pas nier tout ce que signifie l'absence du conjoint. Mais nous devons souligner que la source de cette grâce d'être diffuseurs d'amour ce n'est pas seulement la puissance unitive du masculin et du féminin, c'est le don du Saint-Esprit, qui est la communion du Père et du Fils. Par la grâce du sacrement du mariage, vous avez reçu la capacité de diffuser cet amour extraordinaire dans la chair de la relation du masculin et du féminin. Voilà ce que vous êtes appelés à diffuser : ce n'est pas une denrée périssable, une consolation seulement humaine, c'est une consolation divine.


Or cette source n'est pas tarie sous prétexte que vous êtes séparés. Ce puits d'amour qu'est la Trinité, et qui nous atteint par l'Esprit Saint que Jésus nous donne, n'est pas asséché, c'est une eau vive. Je crois qu'on doit retrouver ce lien très fort avec l'Esprit Saint dans la vie de tous les époux, y compris vous qui êtes séparés. Qui peut vous donner la force de vivre à l'image et à la ressemblance de la communion trinitaire, en l'absence de votre conjoint ? Est-ce que vous, les séparés, vous allez vivre cette dimension trinitaire en imitant celui qui n'est pas marié, en imitant le prêtre ou la religieuse ? Ou bien en remontant sans cesse à une source plus haute du masculin et du féminin pour diffuser une richesse extraordinaire d'amour ? Vous le savez : bien souvent un amour blessé a une capacité diffusive plus grande qu'un amour intact. Pour cela, vous êtes appelés à vous appuyer sur la grâce du Saint-Esprit que vous avez reçu. Vous pourriez dire : mais comment cela peut-il se passer ? C'est une chose trop grande pour moi, séparé, d'être diffuseur d'amour ; diffuseur non plus et pas seulement de mon amour personnel, mais diffuseur comme quelqu'un qui est marié et qui veut vivre le sacrement du mariage, diffuseur d'un amour trinitaire, qui vient du Saint-Esprit. Comment faire ? Bien sûr, une association peut aider - c'est ce que vous faites - et on peut retrouver des amis… Mais il y a quelqu'un d'autre qui vit aujourd'hui cette situation qui est la vôtre, qui y participe, et c'est le Seigneur Jésus dans l'Eucharistie.

Regardez-le, regardons-le : Jésus dans l'Eucharistie continue à être fidèle, fidèle malgré toutes les séparations. Essayez de vous rappeler combien de fois hier vous vous êtes séparés de Jésus. Vous avez expérimenté ce que c'est que faire un voyage d'une heure avec votre conjoint sans parler. Est-ce que cela vous est arrivé un jour, de passer une journée entière sans lui adresser un mot ? Est-ce que vous avez fait cette expérience ? Eh bien, Jésus fait lui-même cette expérience. Combien de fois nos journées s'écoulent sans que nous lui adressions la parole ? Nous lui portons le café du matin : " Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit… ", et le soir nous lui disons " bonne nuit " avec une Ave Maria… Parce qu'en saluant sa mère, nous pensons peut-être le saluer lui même ! Et Lui est là à nous dire : " Et moi, je te donne tout. Tu veux bien m'écouter cinq minutes ? Moi, je te donne tout. " C'est un défi terrible, permanent, qui attend une réponse, qui peut ouvrir la vie spirituelle et la vie chrétienne à des horizons vertigineux. Mais nous pensons à autre chose, à nos affaires personnelles. Mes problèmes, j'y pense. Mon argent, j'y pense… Et quand je suis devant Lui, je prie, je Lui demande de l'aide, chaque fois que j'en ai besoin. Et Lui me dit : " Moi, je te donne tout ; je reste à tes côtés. Je suis avec vous tous les jours, tout le jour. " C'est Lui le trompé, c'est Lui l'oublié, c'est Lui l'incompris. Essayez de vous rappeler tous ces moments où vous avez dit en vous-mêmes : personne ne m'a compris, j'ai été oublié, on m'a trompé… Regardez l'Eucharistie, en disant ces choses-là ! Et voyez que cela fait partie de l'Eucharistie, depuis l'origine. Parce que Jésus donnait son corps à Judas au moment même où celui-ci le trahissait.

Je réfléchis à la façon dont peuvent se conjuguer le témoignage (martyria) de l'époux séparé et le mystère de l'Eucharistie, la contemplation eucharistique ; effectivement, la séparation peut devenir un lieu et un espace de sainteté chrétienne extraordinaire. En regardant l'Eucharistie, on peut dire : l'Eucharistie est l'Amour, l'Eucharistie est la force des personnes séparées. Parce qu'elle est le " séparé fidèle ".

Essayons de voir pourquoi l'Eucharistie est la force des personnes séparées. Tout d'abord, je retrouve dans l'Eucharistie le sens profond de la nuptialité, ma nuptialité profonde… Tous, nous sommes faits pour épouser. L'Eucharistie est le corps donné par Amour. Corps donné pour dire et pour donner l'Amour. Pour conduire l'âme à une ivresse unitive supérieure à celle de l'étreinte du masculin et du féminin. Cela ne donne pas les frissons du corps, mais cela donne des frissons dans l'âme. Parce que c'est quelque chose d'impensable qui est célébré dans l'immensité de Dieu, dans le corps ressuscité de Jésus de Nazareth lorsqu'il s'unit à ma chair humaine. C'est simplement une folie vivante, c'est le dépassement de l'Incarnation ; parce que dans l'Incarnation le Verbe prend chair, mais dans l'Eucharistie le Verbe incarné prend moi. Ce que je suis, pas ce que je voudrais être. Ce que je suis, pas ce que les autres voient. Trahisons comprises. Ainsi ma vocation nuptiale m'est restituée : moi, corps donné pour aimer, corps né pour aimer, corps né pour une réciprocité extraordinaire, dans l'Eucharistie je vais de nouveau le réaliser. Alors, l'Eucharistie m'ouvre au premier but du mariage, car l'Eucharistie montre l'horizon : la nuptialité au-delà de la mort, un amour plus fort que la mort, au-delà des limites, un amour au-delà du corps c'est-à-dire les noces éternelles. Parce que l'Eucharistie est l'anticipation, les arrhes, la prophétie des noces éternelles.

Mes noces, à quoi étaient-elles destinées ? Où devaient-elles me conduire, ces noces avec mon mari, avec mon épouse ? A faire l'apprentissage de l'amour et de l'élargissement du cœur, comme une " gymnastique " du cœur et de l'amour. A élargir les fibres de mon cœur, jusqu'à me rendre le plus disponible possible pour l'étape définitive, où je ne serai pas appelé à serrer le corps d'une femme ou d'un homme, mais à m'unir moi-même avec Dieu : telle est la folie de l'amour ! L'Eucharistie m'introduit déjà dans ce mystère des noces définitives.

La seconde raison pour laquelle l'Eucharistie est la force des personnes séparées, c'est qu'elle est une fidélité extraordinaire, un gage permanent de fidélité. Il m'accepte, il m'aime, même si je suis infidèle, comme celui qui, plusieurs fois par jour, oublie le pacte d'amour. N'oublions pas que nous avons déjà " fait l'amour " avec Jésus depuis notre Première Communion. Mais en Lui, il y a une fidélité extraordinaire. Une fidélité qui n'a pas de fléchissements, pas même un instant ; sans quoi il ne serait plus lui-même : l'Amour infini, l'Amour sans limites, l'Amour qui accueille toujours. Il m'aime, il m'accueille même si je suis infidèle. Il accepte aussi que je courre après mille choses, en oubliant de penser à Lui. Et cela, plusieurs fois par jour. Revenir à l'Eucharistie… Heureux ceux d'entre vous qui ont la possibilité de vivre l'Eucharistie quotidienne, mais même si vous la vivez selon un rythme hebdomadaire, pensez-y : Il m'accueille malgré toutes mes omissions, malgré mes éloignements pendant la semaine, mes ambiguïtés, mes subterfuges. Et chaque fois, un océan d'amour s'ouvre devant moi ; pas un grand lit, mais un océan d'amour, et je viens m'y replonger pour goûter encore à cette pureté d'amour dont nous sommes si loin ; en effet nous portons ce trésor si précieux dans des poteries fragiles en terre cuite ; mais en même temps nous savons qu'il y a quelqu'un qui nous recrée avec un amour incomparable.

Il y a une troisième raison pour laquelle l'Eucharistie est la force des personnes séparées. L'Eucharistie est corps et sang. Vous vous souvenez : " Prenez et mangez, ceci est mon corps... ceci est mon sang. " L'Eucharistie est le mystère du Corps, qui signifie le mystère de la vie, et le mystère du Sang, c'est-à-dire de la mort. Nous y participons avec tout ce qui sent la vie, mais surtout avec tout ce qui sent la mort. En Jésus se résument toutes les blessures. Il est sang répandu. Il est perpétuellement sang répandu par amour, accueillant en lui-même tout ce qui est don, blessure, souffrance. L'Eucharistie nous offre un modèle extraordinaire pour vivre aujourd'hui le mystère des noces. Pour être nous aussi, comme Jésus, l'époux plein d'amour, un amour tellement fidèle. Être aussi fidèle que Lui, aussi amoureux que Lui, aussi généreux que Lui. Autrement dit le but le plus grand est d'être Eucharistie avec Jésus. En se nourrissant de l'Eucharistie, en se tenant en sa présence, devenir Eucharistie avec Jésus. Pourquoi ? Pour crier au monde que le sens de la vie, c'est l'amour. Aimer coûte que coûte, aimer toujours. Et vous qui êtes séparés, ne vous y retrouvez-vous pas ? Vivre le but de l'Eucharistie, au fond, c'est vivre votre identité profonde d'époux séparés. Crier qu'on ne peut pas effacer l'amour. Crier que l'amour continue même quand une loi civile ou la faiblesse humaine semblent lui mettre un terme. Crier que l'amour véritable est sans coupure, que ce n'est pas comme un interrupteur. Crier que l'amour est possible, mais surtout - imprimez bien cela dans votre mémoire - crier que l'amour est possible dans chaque moment, dans chaque fragment de l'existence humaine. Qu'est-ce que l'Eucharistie en face de l'univers créé ? Qu'est-ce qu'une hostie par rapport au système solaire ? C'est moins que poussière. Pourtant ce " moins que poussière " devient le cri d'un Amour plus grand que l'univers. Ce qui veut dire que dans ce moins que poussière il y a tel geste de gentillesse que vous avez pu donner à votre mari, à votre épouse, tel geste à l'égard de vos enfants, de votre curé, des gens, d'un collègue de bureau, il y a ce repas, ce café, cette rencontre, ce sourire… Dans tous ces moments d'humanité je peux encore partager ma possibilité infinie d'aimer, comme Jésus le fait dans l'Eucharistie. C'est l'œuvre et le don du Saint-Esprit.


Quel est le secret de tout cela, le message de l'Eucharistie ? Cela signifie vivre de façon eucharistique. Cela signifie s'offrir totalement et ne rien garder. Que tout devienne hostie. Ne gardez rien. Vous êtes appelés à offrir à Jésus vos manques : pas seulement votre sourire, mais votre angoisse, vos larmes, afin que rien ne soit perdu. Ramassez les restes, comme à la multiplication des pains : Jésus est expert dans le ramassage des restes périmés. Ce qui est périmé pour vous, tout ce qui est périmé après l'échec d'un mariage, les décombres du mariage, vous le transformez en offrande. Ne gardez rien. Ce qui est donné est déjà Eucharistie pour toujours, en Jésus. Ce qui est donné dans l'amour est déjà dans l'éternité. S'il y a un petit paquet que vous pouvez faire passer au-delà de la frontière, outre-tombe, ce paquet s'appelle amour ; il est déjà passé de l'autre côté. Et nous n'avons pas à attendre d'être morts. En effet, celui qui aime dans une donation totale est déjà en Dieu, qui est lui-même donation totale et incessante. Chaque geste d'amour vécu dans la plénitude, dans le don, dans la liberté est déjà en Dieu. C'est comme un dépôt à la banque. Car celui qui aime, dit saint Jean, demeure éternellement. Celui qui aime a déjà connu Dieu, parce que Dieu est amour. Vivre l'Eucharistie, c'est vivre cette grâce du corps donné par amour dans tous les moments de la vie, et entrer ainsi, dès maintenant, dans l'éternité. Vous êtes déjà dans les noces éternelles quand vous vivez cela. Qui est l'auteur de cette extraordinaire alchimie, de cette transformation du matériel en spirituel, du provisoire en éternel, de particulier en universel ? Vous le connaissez, je vous l'ai présenté au début, il s'appelle l'Esprit Saint. L'Esprit Saint nous donne la capacité de vivre comme des êtres " donnés ". Il est à l'origine de chaque donation, parce que c'est Lui qui est le don, c'est Lui la source de l'acte de donner. Ce n'est pas notre force musculaire. Qui a créé en nous la générosité qui s'appelle amour ? Qui l'a mise dans notre cœur ? A-t-elle sa source dans l'homme ? Est-elle à elle-même sa source ? Pourquoi la générosité est-elle le propre de l'homme ? Parce que l'Esprit Saint est déjà en nous. Il faut donc lui donner de l'espace pour qu'il se manifeste. Et aimer comme Jésus aime dans l'Eucharistie.

À la lumière de tout ce qui précède, le sens pour vous de la Messe de tous les jours ou, en tout cas, de la Messe du dimanche devient évident. Car dans l'Eucharistie du dimanche, quand l'Offrande se renouvelle par ces mots du prêtre : " prenez mon corps et mangez… prenez et buvez ", là se renouvelle la crucifixion, celle du Christ mais aussi la mienne, celle d'hier, l'échec de mon mariage, et celle d'aujourd'hui. Là se renouvellent ma crucifixion et ma résurrection, parce que je traverse la mort. J'exerce mon sacerdoce baptismal, portant en moi les plaies et les blessures des clous et des coups de marteau que j'ai reçus. Là, je deviens offrande à mon tour. " Je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu ", rappelez-vous l'enseignement de saint Paul (Ro 12). C'est l'Eucharistie qui donne sens à tout cela. Et dans ce geste d'amour de l'Eucharistie je retrouve la famille. Ma famille d'ici-bas. Où pensez-vous retrouver celui qui était votre mari, celle qui était votre femme ? Allez-vous vous rencontrer quelque part, dans la rue, au parc, à un rendez-vous ? Où rencontrez-vous vraiment, totalement, votre époux ou votre épouse, même s'il ne le sait pas ? Où retrouvez-vous la famille réunie ? Dans quelle demeure pouvez-vous la rencontrer ? Où se retrouve votre famille pour vivre un moment d'intimité ? Dans l'Eucharistie du dimanche. Là est toujours votre table, là dans le cœur de Dieu ils sont toujours présents : lui, elle, les enfants. Là vous retrouvez votre famille d'ici-bas, mais aussi une famille plus grande. Vous découvrez que votre famille blessée, brisée, fait partie d'une famille plus grande, qui est la communauté chrétienne. La famille n'est pas une île. Qu'elle soit en bonne santé ou qu'elle soit disloquée, elle fait partie d'une famille plus grande. Une famille si grande, si belle, en même temps si pauvre à tant d'égards, qui annonce la famille définitive en Dieu. Là on ne perdra pas son identité, mais on s'ouvrira à une appartenance plus haute. Ici-bas, à partir du moment où nous nous sommes réunis, l'un d'entre vous a-t-il perdu son identité ? Il est beau d'être unis en Dieu, mais cela ne veut pas dire qu'on va perdre son identité. Ainsi, dans l'Eucharistie du dimanche, je retrouve ma famille, mais aussi une famille plus grande qui est la communauté, je retrouve la famille définitive, celle qui est éternelle. Et chaque fois, dans l'Eucharistie, le don de l'Esprit Saint se renouvelle. Vous l'avez reçu dans le sacrement du mariage, mais en chaque Eucharistie il y a encore une effusion de l'Esprit Saint. Vous vous rappelez qu'en mourant le Seigneur dit : " Père, je remets mon esprit entre tes mains ". Dans le mystère pascal qui se renouvelle, mystère de mort et de résurrection dans chaque Eucharistie, là se renouvelle aussi la Pentecôte. Le don de l'Esprit se renouvelle. Et justement par la présence de l'Esprit, se renouvelle un appel pour moi, un appel pour vous : " Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous ". Mais attention ! ces mots ce n'est pas seulement au prêtre de les dire au nom de Jésus. Ces mots de Jésus impliquent le prêtre mais aussi chaque fidèle participant. Dans le " grand moi " de Jésus, qui dit : prenez et mangez, il y a tous nos " petits moi " qui sont appelés à dire : prenez et mangez. Ce n'est pas seulement le corps du Christ eucharistique qui se fait nourriture, don pour les autres ; c'est aussi le corps mystique du Christ qui se fait pain donné, pain brisé.

Vous savez qu'il y a une double invocation de l'Esprit pendant la Messe : " Sanctifie ces offrandes par ton Esprit pour qu'elles deviennent le corps et le sang de ton Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. " Ensuite, après la consécration, on dit : " Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l'Esprit Saint, accorde-nous d'être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. " Il y a une consécration de la sainte hostie et du vin, pour qu'ils deviennent corps et sang de Jésus, mais il y a aussi une consécration de tout le peuple pour que, une fois sorti de l'église, il devienne pain donné et sang versé. Qu'il devienne Eucharistie pour l'Église, pour toute la communauté, pour la société, pour le monde. Dans cette perspective, vous comprenez que vous ne pouvez pas être des gens " de série B ", des gens qui ont des objectifs de moindre importance, des gens qui cherchent seulement leur survie psychophysique et spirituelle. Au contraire, vous pouvez être de ceux qui plongent dans la mer, parce qu'ils découvrent au-delà de la séparation le sens définitif du mariage qu'ils ont célébré : une expérience d'amour… avec Dieu.

* Le Père Bonetti est actuellement curé de la paroisse de Bovolone, près de Vérone. De 1995 à 2002, il fut Directeur de l'Office National de la Pastorale de la Famille au sein de la Conférence épiscopale italienne. En 1997, à l'Université Pontificale du Latran, il mit en œuvre un cours en Sciences du mariage et de la famille. Depuis 2000, il est Conseiller Spirituel de Separati Fedeli (époux séparés fidèles) et, depuis 2002, nommé par Jean Paul II, il reste Consultant du Conseil Pontifical pour la Famille.