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Veillée de prière à Saint-Ferdinand, le 9 octobre 2008. Méditation de Mgr Blaquart, évêque auxiliaire de Bordeaux

Chacun de nous, tôt ou tard, fait cette expérience de la fidélité de Dieu dans son Amour pour nous, dont la plus belle manifestation dans l’histoire des hommes est la mort de Jésus sur la croix, corps livré pour la multitude des hommes sans aucune exception. Oui, « Dieu a tant aimé le monde ». Voilà le fondement de notre foi et de notre prière ce soir.

Au commencement de notre histoire, parfois bien chaotique, et malgré les blessures affectives qui peuvent remonter loin dans notre petite enfance voire dans le sein de notre mère, il y a l’Amour de Dieu, plus fort que toutes les impasses, les séparations, les brisures de l’existence. Dieu est amour, et cet amour-là veut et peut transfigurer, renouveler les vies les plus blessées, les êtres les plus meurtris, en particulier ceux dont l’amour a été trahi.

« Vivre la fidélité dans le sacrement de mariage ! » Tel est le thème de cette soirée ! L’expression aujourd’hui ne fait pas recette. On parle davantage de « réalisation individuelle », d’ « expériences variées », de « recommencer sa vie », et puis la notion de mariage elle-même est diluée. Tout se vaut, le concubinage, le pacs, « du moment qu’on s’aime ». Les jeunes générations ont du mal à s’y retrouver, face aux errances de leurs aînés, et aujourd’hui, pour beaucoup, ce qui prime, c’est l’instant présent, le plaisir immédiat… « Du moment qu’on s’aime ! » Mais l’Amour ne vient pas de nulle part ! Il n’est pas qu’affaire d’attirance et de sentiments. Il a des racines à cultiver et impose des conditions pour s’épanouir.


I – Les racines de l’amour ?

1. Nous aimons parce qu’on nous a appris à aimer. Souvent les parents et/ou les grands-parents, ou telle voisine, ou tel éducateur, une catéchiste, un chef scout, un animateur, une religieuse, un prêtre… Et si certains ont du mal à aimer c’est parce qu’il leur a manqué de l’Amour ; une jeune maman disait : « Saurais-je aimer mon enfant, moi qui n’ai jamais reçu de geste de tendresse de la part de ma mère ? » Il ne s’agit pas de juger, mais un déséquilibre familial peut avoir de graves conséquences sur les enfants. Nous savons tous cela. Nous qui sommes là ce soir, nous savons que c’est par la grâce du Christ : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi. » Nous pouvons témoigner qu’Il nous a appris à aimer… en nous aimant ! En découvrant la puissance, la profondeur de son amour, en étant témoin de sa fidélité exemplaire, nous apprenons à mieux aimer.

2. Et si nous voulons partager à d’autres, notamment ceux qui ne le connaissent pas encore, notre joie de croire, c’est parce que nous croyons que l’Amour de Dieu peut renouveler toute personne, en lui révélant qu’elle est aimée par Quelqu’un au-delà de toute mesure. « Il m’a aimé et s’est livré pour moi ! » Le Christ livré, mort et ressuscité, devient la racine de l’Amour, non seulement parce que sa fidélité dans l’Amour est absolue, mais parce qu’il met en nous, par son Esprit, la capacité d’aimer comme Lui !


II – Et cela nous amène aux conditions de l’Amour

1. St Paul nous dit : « Vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur parmi les dons de Dieu » et il parle de « la voie supérieure à toutes les autres ». Ce qu’il y a de meilleur, c’est la charité, l’Amour selon le coeur de Dieu, qui est révélé en plénitude dans et par Jésus-Christ ! Mais il y a une condition pour l’obtenir : c’est de la chercher ! de rechercher la Source de l’Amour. Benoît XVI (dans Dieu est Amour) : « L’homme ne peut pas vivre exclusivement dans l’amour oblatif, descendant. Il ne peut pas toujours seulement donner, il doit aussi recevoir. Celui qui veut donner de l’amour doit aussi le recevoir comme un don. » « L’homme peut assurément, comme nous le dit le Seigneur, devenir source d’où sortent des fleuves d’eau vive. Mais, pour devenir une telle source, il doit lui-même boire toujours à nouveau à la source première et originaire qui est Jésus-Christ, du cœur transpercé duquel jaillit l’amour de Dieu. » Ceci est capital ! Jésus dit : « Aimez-vous les uns les autres » (ces mots, beaucoup les connaissent) mais il ajoute : « comme je vous ai aimés » (et ceux-ci sont moins pris en compte). Or, il n’y a pas d’amour sans accueil de l’Amour. Pas de fleuve sans source ! « L’homme ne peut pas seulement donner, il doit aussi recevoir. »

2. La deuxième condition, en dehors de « chercher » la Source de l’Amour, ou qui découle de cette recherche, ce sont les « points de ravitaillement » : la prière et les sacrements :

- une prière longue, fervente, qui s’abreuve à l’Evangile et aux Saintes Ecritures. Si nous fréquentons la Parole de Dieu, c’est pour un rendez-vous d’Amour ! Un cœur à cœur !

- une prière dont le fondement est la grâce de notre baptême qui s’exprime par la foi. Quand on touche Dieu par la Foi, Il se donne. Il répond. Il donne de l’Amour (Exemple du Bon Larron).

- Nos engagements, quels qu’ils soient, doivent s’appuyer :

* sur notre vie baptismale d’enfants de Dieu, que nous soyons ou marié religieusement, ou consacré à Dieu, ou célibataire, ou séparé, ou divorcé, mais fidèle au premier oui, ou divorcé-remarié, Ce qui nous unit, c’est l’Esprit Saint, le Don de Dieu reçu au baptême et à la confirmation !

* Nous devons aussi nous appuyer sur les autres sacrements : notamment l’Eucharistie, sacrement de l’Amour Eternel ! En nous rappelant que s’il n’y a que certains membres du corps qui peuvent communier, ce sont tous les membres qui en bénéficient !

3. La troisième condition de l’épanouissement de l’Amour, pour nous chrétiens, après la recherche de Dieu (1), la prière et les sacrements (2), c’est la vie fraternelle ! « Aimez-vous les uns les autres ! » « c’est comme cela que vous serez mes disciples. » Nous devons nous aimer comme Jésus nous a aimés ! Il y a beaucoup de « naufrages d’amour » dus à la solitude, à l’isolement, aux manques de relations. Nous devons progresser, dans nos communautés, sur la vie fraternelle !

4. La quatrième condition : la fidélité coûte que coûte. Jésus donne le commandement de l’amour juste après le départ de Judas qui va le vendre pour de l’argent. Jésus le sait. Mais son Amour pour Judas est plus grand ! Judas le découvrira : Il rapportera l’argent, dira son remords, mais doutera que Jésus puisse lui pardonner ! Jésus est « le Fidèle » par excellence, comme dit le livre de l’Apocalypse. Et, à sa suite, combien de martyrs de l’Amour ont été fidèles jusqu’au bout, jusqu’à pardonner à ceux qui les ont torturés, tués. Mais cette fidélité repose sur le don de la fidélité, qu’il faut demander, accueillir, dans un long compagnonnage avec le Christ.

Frères et sœurs, nous célébrons ce soir l’Amour de Dieu plus grand que tout !

Accueillons-le dans nos cœurs ! Dans l’adoration, demandons-lui de venir en nous !

A chacun, comme à la femme de Samarie, Jésus dit : « Si tu savais le Don de Dieu. »