Elles s’enracinent dans le "OUI" du sacrement de mariage 

D’emblée, je veux dire que la sanctification des consacrés se construit aussi dans le "oui" de la donation sous la forme des vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté. Le consacré(e) s’engage à suivre le Christ fidèlement jusqu’au bout. De même que le mariage catholique s’appuie traditionnellement sur les quatre piliers que sont la liberté, la fidélité, l’indissolubilité et la fécondité, de même la vie consacrée ne peut se concevoir sans liberté, sans fidélité et sans fécondité. Ces deux états de vie nous appellent à la même radicalité évangélique sur le chemin de la sanctification qui a sa source dans la sainteté du Père, dans la vie Trinitaire. Je pourrais faire l’histoire de mon "OUI", mais ce n’est pas le moment. Il s’agit de faire l’histoire du vôtre. 

1- Votre « Oui » a une histoire, il est une histoire d’amour 

Relire cette histoire alors que vous êtes séparés, divorcés, engagés dans la Communion pour faire mémoire de "votre vouloir être et de votre vouloir vivre" à l’heure de "votre OUI" sacramentel. Revenir un instant à la rencontre de Jésus sur la route d’Emmaüs qui ouvre le cœur des disciples à l’intelligence des Ecritures. Notre vie est " une écriture". 

enseignement 340 1Ce "OUI" est né d’un désir et d’un désir d’aimer quelqu’un appelé à devenir votre époux ou votre épouse dans le sacrement de mariage. Vous avez voulu que ce "OUI" s’enracine en Dieu qui est Amour et dans l’union du Christ et de son Eglise. Avec votre 

conjoint, vous vous êtes engagés généreusement sur le chemin de la fidélité avec la volonté de durer. Une fidélité construite au quotidien dans l’échange, la prière, l’union charnelle, le souci de l’éducation des enfants, les préoccupations économiques, les relations d’amitié, les temps de détente ensemble, la diversité de vos engagements, etc. 

Dans Lumen Gentium n° 11, le Concile vous a tracé votre route de sainteté. Je le cite : « Par la vertu du sacrement de mariage, les époux chrétiens s’aident mutuellement à se sanctifier par la vie conjugale, par l’accueil et l’éducation des enfants... Il faut que, par la parole et par l’exemple, dans cette sorte d’Eglise qu’est le foyer, les parents soient pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée ». 

Un retour sur ce que vous avez vécu en couple peut vous permettre de rendre grâce de tous les moments d’amour, d’unité, de grande joie vécus ensemble, dans le don réciproque. Mais en même temps, vous ne pouvez oublier tout ce qui, sournoisement, jour après jour , consciemment ou inconsciemment, ouvertement ou dans le silence, est venu ébranler votre "OUI" initial : la pauvreté de vos échanges, de vos moments de prière ensemble, de détente ensemble, de vos manques de confiance en l’autre, vos peurs de vous donner, etc. 

Aujourd’hui, séparé ou divorcé, vous voulez toujours que ce "OUI" sacramentel reste la source de votre sanctification personnelle et de celle de votre conjoint. Dans la séparation, la rupture, vous continuez à construire la sainteté de votre couple en vivant au jour le jour la fidélité à votre "OUI". Le débordement de votre amour ne peut que rejaillir sur votre conjoint sans que vous puissiez en mesurer les effets au plus profond de ce qu’il est et de ce qu’il vit. D’une certaine manière, il vous faut vivre aujourd’hui une "sainteté à deux" alors que vous êtes "seul(e) " et que bien souvent vous éprouvez douloureusement le poids de la solitude. 

enseignement 340 2Pour garder cette source de l’amour, bien vivante et jaillissante en vous, il vous faut apprendre à aimer sans mesure à la manière de saint Bernard, qui ne craignait pas de décrire ce lien d’amour entre l’âme et son Dieu comme le lien qui unit l’épouse et l’époux. Je veux le citer 

dans son Commentaire du Cantique des Cantiques même si ses paroles peuvent vous étonner ou même vous choquer : « Pour exprimer la douce affection réciproque du Verbe et de l’âme, on n’a pas trouvé de noms plus doux que ceux d’époux et d’épouse... Si donc le verbe aimer convient de façon spéciale et particulière aux époux, ce n’est pas à tort qu’on désigne du nom d’épouse l’âme qui aime... Elle s’écrie : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche »... Son amour est ardent, car l’âme s’enivre de cet amour à tel point qu’elle ne pense plus à la majesté de l’Epoux... Oh qu’elle est grande, la force de l’amour ! Quelle confiance inspirée par l’Esprit de liberté ! Quoi de plus évident que cette parole : « L’amour parfait bannit la crainte ». 

Ce chemin de l’amour est de l’ordre de la folie que nous pouvons suivre sans craindre de nous tromper. Il est chemin de sanctification pour vous personnellement et pour votre conjoint toujours en relation avec votre « oui » initial. 

2- Votre "OUI" se fonde dans la Croix du Christ 

Comme Lui, vous êtes écartelé(e), comme Lui, vous faites l’expérience de la solitude, « mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » comme Lui vous apprenez à donner le pardon « Père pardonne-leur », comme Lui, vous vous abandonnez à sa volonté « en Tes mains je remets mon esprit ». La Croix, pour tout baptisé est incontournable. 

enseignement 340 3Le mariage chrétien, comme l’engagement dans la vie consacrée,  trouvent leur sens profond dans la Croix de Jésus. La grâce du mariage vous a été donnée par le don surabondant de l’amour et de la vie du Christ en Croix. 

Depuis la venue du Fils dans le monde, il n’y a pas pour nous d’autre forme d’amour que celle dans laquelle il nous a aimés. « En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés » (1 Jn 4,10). « A ceci nous avons connu l’amour : celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3,16 ; Jn 15, 12-14). L’amour fidèle entre les époux, leur sanctification hier dans la communion des corps et aujourd’hui dans leur séparation se nourrit de cette charte de l’amour. 

Le théologien Urs von Balthasar, souligne très fortement ce lien entre le sacrement et la Croix : « Le mariage ne peut devenir sacrement qu’en participant à l’esprit du Christ offert en sacrifice... C’est Dieu qui, dans l’acte de foi, offre les époux l’un à l’autre, à l’intérieur de l’acte chrétien fondamental : l’acte du don de soi... Les époux chrétiens, quand ils s’unissent, attendent toujours d’avance de Dieu la réponse débordante de sa grâce... » (p. 226-228). 

En passant par la Croix de Jésus, l’état du mariage et l’état de la vie consacrée sont appelés à la même radicalité. Ils sont tous les deux manifestations de l’amour d’un Dieu fidèle et vivent de cet amour. Et «les deux états sont féconds en vertu de cet amour, parce qu’ils portent en eux la source de la fécondité » (p.229). Une fécondité qui demeure dans la séparation dans la mesure où elle prend la forme de l’espérance, de la compassion, de l’accompagnement de la foi (auprès des enfants et petits-enfants), de l’amour (auprès des jeunes qui prennent le chemin du mariage) ; une fécondité qui engendre à l’ouverture à la Parole de Dieu, à la vie sacramentelle. Une fécondité inséparable de la fidélité au "OUI" du Sacrement. 

3- Votre "OUI" fait mémoire de la fidélité de Dieu à l’Alliance 

enseignement 340 4Jusque dans la séparation, la fidélité de Dieu est source de votre fidélité. Souvenons- nous : dans l’Ancienne Alliance, fidélité conjugale et fidélité divine à l’Alliance sont inséparables. Il faut reprendre quelques textes des prophètes. 

Osée : « Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse, je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le Seigneur » (2 ,21-22). 

Jérémie : « Je te rappelle ton attachement, du temps de ta jeunesse, ton amour de jeune mariée ; tu me suivais au désert dans une terre inculte » (Jer 2, 2). 

Ezéchiel : « Moi je me souviendrai de mon alliance avec toi, aux jours de ta jeunesse : j’établirai avec toi une alliance perpétuelle... J’établirai mon alliance avec toi : alors tu connaîtras que je suis le Seigneur » (Ez 16, 50-52). 

Votre sainteté et la sanctification de votre conjoint s’inscrivent toujours dans cette relation d’alliance de Dieu avec son peuple et chacun de nous. Une telle fidélité à votre "OUI", qui est source de votre sanctification et de celle de votre conjoint, sera nécessairement un combat pour «ne pas entrer en tentation» et demeurer dans la chasteté. Ce combat est de l’ordre de la folie, de la folie de la Croix, de la folie de l’amour qui ne peut se mener qu’avec une vie spirituelle forte nourrie de la Parole de Dieu, de la prière, et des Sacrements (Eucharistie, Réconciliation), nourrie d’une vie en Eglise, puisque le critère de l’amour conjugal, demeure toujours l’amour entre le Christ et l’Eglise. 

enseignement 340 5Ce combat ne peut se conduire si vous cherchez à vous établir dans une solitude confortable en oubliant «d’élargir votre fécondité et de la traduire de mille manières en rendant présent l’amour de Dieu dans la société » (Amoris Laetitia n° 184 et suivants), auprès des personnes âgées, des enfants, des plus pauvres, dans la vie associative... 

La sainteté dans le mariage, dans la séparation, dans la vie consacrée trouve son épanouissement dans le don de soi (et non le repli sur soi), le don de la vie, le don de l’amour. 

Père Guy Sionneau, conseiller spirituel du groupe Ile-de-France-Montmartre, les 16-17 février