Hérode le Grand et Jésus le petit !

Les JMJ de Cologne ont été l’occasion de reparler des Mages, dits les Rois Mages, figures emblématiques de l’homme en quête de Dieu. Dans ses enseignements aux jeunes, Benoît XVI a souligné combien les Mages ont été décontenancés par la rencontre de l’Enfant. Ils cherchaient le Roi des Juifs ils étaient allés tout droit au palais d’Hérode, mais l’étoile les attendait au-dessus de l’humble maison d’une humble famille.

 

Ils avaient rendez-vous avec un tout petit, en tout cas un enfant de moins de deux ans. « Il leur fallait changer leur idée du pouvoir, de Dieu et de l’homme, et ce faisant, il leur fallait changer eux-mêmes. Maintenant, ils s’en rendaient compte : le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. La façon d’agir de Dieu est différente de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui prescrire. Dans le monde présent, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas de divisions à opposer à d’autres divisions. Il n’a pas envoyé à Jésus, au Mont des Oliviers, douze légions d’anges à son secours (cf. Mt 26,53). A la fureur et à l’étalage du pouvoir de ce monde, il oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la Croix – et ensuite continuellement au cours de l’ histoire – succombe et qui pourtant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose désormais à l’injustice et instaure le règne de Dieu. Dieu est différent – c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, ils doivent eux-mêmes devenir différents et apprendre la manière de Dieu. »

 

La manière de Dieu ! Ils avaient apporté dans leurs coffres des cadeaux à la manière du monde = l’or de la richesse, l’encens de la gloire, le parfum de la séduction. L’Enfant allait changer radicalement le sens de ces offrandes. Car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, pas pour recevoir mais pour donner. L’or dirait désormais le prix incalculable de l’Amour quand il est don. L’encens ? la légèreté de la prière quand elle est pure adoration et non tentative d’annexion des bonnes grâces d’En Haut. La myrrhe ? la bonne odeur de la résurrection au cœur des ténèbres de la mort. « Maintenant, ils apprennent que leur vie doit être marquée par cette façon divine dont Dieu exerce le pouvoir – par la façon d’être de Dieu lui-même. Ils doivent devenir des hommes de la vérité, du droit, de la bonté, du pardon, de la miséricorde. Ils ne se poseront plus la question : à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire se poser la question : avec quoi puis-je servir la présence de Dieu dans le monde ? Ils doivent apprendre à se perdre eux-mêmes et à se trouver eux-mêmes de cette façon-là. Quittant Bethléem, ils doivent rester sur les traces du vrai roi, se mettre à la suite de Jésus. »

 

Nous sommes ici au cœur du combat spirituel, qui est d’apprendre à se battre comme Dieu, avec les armes de Dieu, et non de se battre… comme un diable ! Je ne dis pas qu’il ne faut pas se battre, mais il ne faut pas se tromper d’adversaire, ni de terrain. L’art des stratèges est d’amener l’adversaire à quitter ses positions ; en effet, il est plus facile de le vaincre quand on a réussi à l’attirer sur un terrain qu’on contrôle. Trop souvent nous nous laissons entraîner dans des combats douteux sur des terrains piégés. Nous avons certes des adversaires, mais avons-nous des ennemis ? Disciples de Jésus, nous n’avons que des frères. Comme Charles de Foucauld, nous avons vocation d’être frères universels. Le seul Ennemi, dans le Nouveau Testament, c’est Satan : celui de la parabole de l’ivraie (Mt 13,39), le maître des puissances et des esprits mauvais qui flottent dans l’atmosphère (Eph 5,12). Et le dernier ennemi, c’est la mort (1Co 15,26).

 

Frères et sœurs bien aimés, je vous souhaite donc de vivre le « beau » combat (2 Tm 4,7) qui est de permettre à l’amour de Jésus d’être victorieux, en nous et partout !


Père Alain Bandelier