On ne voit pas le temps passer ! C’est
bien pour cette raison que nous aimons fêter les anniversaires,
avec une attention spéciale pour les jubilés d’argent
ou d’or. Vingt-cinq ans, c’est une génération.
Nous le touchons du doigt, lorsque dans nos rencontres nous voyons se
côtoyer des âges bien différents.
Il y a les témoins de la première heure : ils ont bien connu
Anne-Marie et Paul, les fondateurs, ils ont écouté le père
Tanguy, premier conseiller spirituel de la Communion, ils ont vécu
les premières récollections et les retraites, ils ont lu
les premiers documents où se dessinait une intuition nouvelle et
féconde, en réponse à un appel de l’Esprit
et à une nécessité du monde et de l’Église.
Ensuite, il y a les nombreux visages qui, au fil des années, ont
rejoint la Communion, ces frères et ces sœurs qu’une
semblable souffrance et une commune espérance rassemblaient. Parmi
eux, les modérateurs successifs qui ont été donnés
à cette famille spirituelle, et qui lui ont donné beaucoup
d’eux-mêmes, chacun avec son tempérament, son charisme,
ses compétences et ses limites. Et aussi les responsables de région,
relativement nombreux car ils sont toujours deux à partager cette
charge et passent le relais à d’autres après trois
ou six ans de service. Et puis il y a les derniers venus. Je crois qu’il
faut souligner particulièrement leur présence. Ils sont
le signe tangible de la validité et de l’actualité
du charisme de la Communion. Ils manifestent aussi la fidélité
du Seigneur, qui continue d’appeler et de bénir. Ils témoignent
aussi, hélas, que l’alliance conjugale est aujourd’hui
blessée encore plus souvent et plus tôt qu’autrefois.
Pour eux et avec eux, et pour tous les couples chrétiens qui se
séparent et que le Seigneur veut sauver d’une manière
ou d’une autre, nous accueillons ce vingt-cinquième anniversaire
à la fois comme une grâce et un appel. C’est l’occasion
de confirmer notre engagement dans la Communion Notre-Dame de l'Alliance,
sur les chemins obscurs et lumineux de la fidélité et de
la réconciliation.
Cette étape dans l’histoire de la Communion appelle de notre
part trois réponses me semble-t-il, on pourrait même dire
trois engagements. C’est tout d’abord l’occasion de
rendre grâce. À travers la Communion Notre-Dame de l'Alliance,
c’est le Seigneur lui-même qui est venu à notre rencontre,
pour nous consoler, nous instruire, nous construire. Il nous fait grandir
dans la lumière de sa Parole et dans la douceur de sa miséricorde,
pour nous-mêmes et pour les autres. C’est aussi l’occasion
d’un ré-enracinement, d’un approfondissement de l’héritage
qui est le nôtre. Comme plusieurs le suggèrent, il serait
bon de reprendre les grands enseignements des fondateurs. Il faudrait
également tirer parti de la mine que représentent les témoignages
et les éditoriaux publiés dans l’Anneau de Feu, d’autant
plus que depuis le départ de Paul Salaün, aucun texte important
n’a été publié par la CNDA, hormis le livre
de Thierry Maucour. C’est enfin l’occasion d’un renouvellement,
car la vraie fidélité est une fidélité vivante.
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Vingt-cinq ans après, beaucoup
de choses ont changé dans le monde et dans l’Église,
particulièrement dans tout ce qui touche au mariage et à
la famille, et qui nous concerne directement. Des situations et des questions
nouvelles sont apparues. L’Esprit Saint lui-même nous conduit
sur des chemins nouveaux.
Dans la société, l’évolution la plus notable
est celle des mœurs. Les déplacements éthiques revendiqués
lors de l’explosion libertaire de 1968 se sont durablement inscrits
dans les faits. Nous constatons la généralisation du concubinage
et la multiplication des divorces, et en parallèle la lente mais
apparemment inexorable érosion du mariage. En revanche la famille
demeure une valeur plébiscitée dans les sondages, même
si son image est profondément bouleversée. Peut-être
faut-il discerner dans ce tableau un peu sombre une secrète attente
d’autre chose, la nostalgie de ce que l’on pourrait appeler
le grand amour, et dont les chrétiens sont censés avoir
le secret.
Dans l’Église, par delà les débats sur la réception
du Concile Vatican II qui ne sont pas encore éteints, surtout en
Europe occidentale, il faut prendre acte d’une série impressionnante
de renouveaux, confirmés ou inaugurés : la prière
(louange, adoration), la liturgie, le dialogue œcuménique
et interreligieux, la responsabilité des laïcs, le diaconat,
le souci de la planète sous l’angle du développement,
de la paix et de l’écologie. Une communauté ou un
mouvement ecclésial ne peuvent vivre aujourd’hui sans intégrer
d’une manière ou d’une autre ces divers aspects de
la vie de l’Église. Il faut également prendre en compte
l’apport immense de Jean Paul II. D’une part il a renouvelé
et développé toute une catéchèse sur le corps,
la sexualité, le mariage. D’autre part il a mobilisé
les énergies dans la perspective d’une nouvelle évangélisation.
À chaque chrétien, à chaque communauté chrétienne
de mettre en œuvre cet héritage. On peut ajouter le travail
entrepris dans nos diocèses pour une réorganisation pastorale.
Nous devons en tenir compte dans notre façon d’être
présents à la vie de l’Église locale.
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Tout cela nous montre que le 25°
anniversaire de la Communion Notre-Dame de l'Alliance est une occasion
providentielle pour un renouveau, une mise à jour, un nouvel élan.
Toute proportion gardée, quelque chose comme l’aggiornamento
que Jean XXIII avait souhaité en ouvrant le XXI° Concile Œcuménique.
C’est dans cet esprit que le Conseil a proposé comme thème
d’année 2007 – 2008, en résonnance avec les
propositions que font les sanctuaires de Lourdes pour le 150° anniversaire
des apparitions : l’Église en mission auprès des époux
séparés et divorcés. C’est l’occasion
de faire le point sur la vocation de la Communion Notre-Dame de l'Alliance
et sur notre réponse à cette vocation.
L’expérience quelque peu douloureuse du Concile et de l’après-Concile
nous met en garde contre une compréhension erronée de ce
travail d’aggiornamento. Deux erreurs symétriques peuvent
tuer l’élan ou du moins le rendre problématique. Pour
certains, le changement est à tous les coups une trahison, voire
même un sacrilège. La fidélité est réduite
à la fixité des formes et des formules. On les sacralise,
elles deviennent intouchables, comme si le salut leur était attaché.
Inconsciemment on tombe dans le péché d’idolâtrie,
qui consiste à adorer les médiations au lieu d’adorer
Dieu seul. La fixation sur telle ou telle édition du Missel en
est un bon exemple. Pour d’autres, le changement est la porte ouverte
à tous les chamboulements possibles, incohérents et arbitraires.
C’est encore une idolâtrie, dans la mesure où là
aussi c’est une absolutisation du relatif, à savoir ses idées
personnelles ou les idées du monde, auxquelles l’Église
devrait se soumettre. Aux uns comme aux autres, Benoît XVI a répondu
en affirmant que la juste interprétation du Concile est celle qui
le comprend comme une étape dans la grande Tradition de l’Église
; à une herméneutique de la rupture (souhaitée par
les uns, rejetée par les autres) il oppose l’herméneutique
de la continuité.
Qu’il y ait dans l’Église des accents différents,
c’est normal et même souhaitable. L’unité n’est
pas l’uniformité. C’est pourquoi il n’y a de
communion que là où il a un climat de confiance. Nous nous
faisons donc les uns aux autres une confiance fondamentale : il n’y
a parmi nous ni des révolutionnaires qui veulent tout casser, ni
des réactionnaires qui veulent tout paralyser. Il y a des gens
de bonne volonté qui veulent répondre ensemble à
l’appel et à la grâce de Dieu aujourd’hui, attentifs
à ne rien perdre des richesses d’hier et des promesses de
demain.
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Une vocation à approfondir
: Nous affirmons que la grâce du sacrement de mariage demeure après
la séparation ou le divorce, et qu’elle nous conduit sur
un chemin de fidélité et de réconciliation. Cette
conviction de foi et cette expérience de vie sont au cœur
de la Communion Notre-Dame de l'Alliance. Sont-elles suffisamment explicitées,
partagées, enseignées ? Prenons-nous suffisamment en compte
la situation et les interrogations des jeunes époux seuls ? Portons-nous
suffisamment attention à la responsabilité éducative
des parents seuls ?
Une communion à enrichir : Nous portons le nom
de Communion et c’est un beau programme. Nous vivons ensemble les
récollections trimestrielles et la retraite annuelle. Ces temps
forts sont précieux, mais peut-être faut-il les améliorer
? Il y a aussi les autres rencontres et partages possibles : moments de
prière, de détente, de dialogue, de service. Sont-ils à
développer ? Comment les rendre accessibles à ceux qui sont
loin ou qui sont très pris ?
Une mission à élargir : La Communion Notre-Dame
de l'Alliance prend de plus en plus conscience qu’elle n’existe
pas seulement pour ceux qui en font partie, mais que, avec modestie sans
doute, elle a une part à prendre dans la mission de l’Église
et dans l’annonce de « la bonne nouvelle du mariage ».
Comment rejoindre davantage les nombreux époux séparés
qui ignorent l’existence de la Communion et surtout l’éclairage
et le soutien qu’elle peut leur apporter ? Comment participer davantage
à tout ce qui peut manifester « la beauté et la sainteté
de la vocation d’époux et de parent » comme dit la
prière des foyers ?
Père Alain Bandelier
retraite à Poissy, août
2007 |