L'espérance ne déçoit pas
La deuxième encyclique de Benoît XVI,
Spe salvi, réveille en nous une joyeuse espérance. L’an
neuf, la page blanche, l’avenir ouvert sont devant nous comme un espace
offert au possible de l’homme et à l’impossible de Dieu.
Les déceptions pourtant ne manquent pas. Les plus cruelles ne sont pas
celles que les événements et les gens nous ont infligées.
Mais celles dont je suis moi-même l’auteur. Je me déçois
moi-même : je suis tellement en dessous, tellement à côté
des possibilités qui sont en moi et des nécessités qui
sont autour de moi !
Mais précisément là est le
piège. Le piège du passé. La déception est toujours
rétrospective. L’homme déçu est un homme qui vit
à reculons. Certes, je ne peux pas abolir le passé, ou faire comme
s’il n’avait pas existé. Mais je peux dé-passer le
passé. Tourner la page. Mettre les péchés dans la Miséricorde
: mon péché et celui des autres. Mettre les blessures dans l’Offrande
: les blessures que l’on m’a faites, et celles, plus amères,
que j’ai faites. Mettre les souvenirs dans l’Action de grâce
: les bons souvenirs et même les mauvais, car pour ceux qui aiment Dieu
tout concourt au bien.
L’espérance ne déçoit pas, parce qu’elle engage
l’avenir. Dans l’avenir tout est possible. Et, au sens propre, inimaginable.
L’espérance en effet n’est pas une représentation
imaginaire, une évocation onirique du futur, que ce soit sous le mode
du rêve bleu ou du cauchemar noir. L’espoir espère quelque
chose. Hypothétiquement. L’espérance espère quelqu’un.
Infailliblement. Dieu en effet sera au rendez-vous. Et avec Lui, une multitude
de visages reconnus, réconciliés, transfigurés. Dont lui
ou elle.
Laissons saint Paul terminer sa phrase, celle qui sert de titre à ce message : « L’espérance ne déçoit pas, parce que l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » On peut terminer une lettre et finir un travail ; une année peut se terminer et bien d’autres choses peuvent finir. Mais souhaitons nous les uns aux autres cette joie profonde, secrète, qui ne finira jamais.
Père Alain Bandelier