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pardon-adf314Séparé de Marie-France depuis fin 1992, après une tentative de sa part d’obtenir un divorce pour fautes – lequel n’a pas abouti, les fautes relevant plus de l’imagination et de l’interprétation que dela vérité – elle fut déboutée de sa demande. J’aurais pu retourner la procédure à mon profit. Je ne l’ai pas fait demandant seulement la séparation, ce que j’ai obtenu.

Il n’empêche que, pendant trois années, ma rancune entretenait une certaine dynamique confortable. Puis après une récollection aux Béatitudes, où je n’étais pas venu chercher cela, sur la route du retour, deux questions me “sont tombées dessus” : « pourquoi ne lui pardonnes-tu pas ? » et « elle frapperait à ta porte, lui ouvrirais-tu ? » Stupéfaction ! La réponse fut assez rapide, suscitée sans doute par la grâce qui devait accompagner ces deux questions, puisque avant que je n’arrive à la maison les deux réponses furent OUI deux fois et, de retour à la maison mon alliance retrouvait mon annulaire.

Quelques années après, sur conseil d’une sœur des Béatitudes qui m’accompagnait alors, j’écrivais à Marie-France pour lui dire que je lui pardonnais, procédure et motifs invoqués, sans entrer dans ledétail. Ce fut tout. Bien évidemment je n’eus pas de réponse.

C’est seulement il y a un an que j’ai réalisé l’énormité de ce courrier : lui pardonner mais ne pas assumer ma part de responsabilité !

Après des semaines de réflexion, de consultations diverses – mon Père spirituel bénédictin et un couple de haute qualité de mes relations – le courrier ci-joint fut arrêté pour tenter de rattraper la grossière erreur initiale du pardon sec. A-t-il réussi à toucher Marie-France ? Sans doute ne le saurai-je jamais. Elle en a cependant fait part à l’un de nos fils en le lui lisant. C’est tout.

Comme je le lui dis dans cette lettre, mes sentiments à son égard sont intacts. Dans mon monastère bénédictin des messes mensuellessont dites pour elle (et son mari qui en a aussi besoin), de même que je la porte dans mes prières, espérant d’abord son retour en Eglise.

Le 25 novembre 2013

Marie-France,

Depuis quelques temps il me revient à l'esprit ce malheureux courrier envoyé il y a bien des années, te disant que je te pardonnais. Comment ai-je pu n'écrire que cela ? Je ne sais pas.

Ainsi je ne m'y étais pas mis en cause alors que, n'étant pas sans défaut, il est évident que j'ai ma part de responsabilité dans notre séparation.

C'est une réflexion un peu longue à venir qui finalement m'a fait prendre conscience de cette maladresse, puis de décider que je devais l'assumer en t'écrivant.

C'est chose faite maintenant, bien en retard.

Alors voudras-tu me pardonner cette omission, de même que les fautes, maladresses, indélicatesses, etc. qui sont miennes et dont tu as souffert ?

Cela dit je respecte le choix que tu as fait, sans doute motivé par une grande souffrance, et te demande aussi d'accepter le mien de te rester fidèle.

Depuis longtemps mes sentiments à ton égard étant redevenus ce qu'ils étaient, intacts, permets que je t'embrasse.

Yves (Meung-sur-Loire) – CENTRE