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passion du christPour clore la neuvaine de la Miséricorde, nous avons eu la grâce d’une récollection prêchée au Foyer de Charité de Combs-la-Ville par le Père Guy Sionneau. Il est passioniste, ce qui est de circonstance pour une semaine pascale, mais aussi passionné… par le Christ et par son rôle de prédicateur, au point de s’être documenté à fond sur la Communion Notre-Dame de l’Alliance qu’il ne connaissait pas auparavant : exploration du site et lecture approfondie de nos derniers ouvrages (1).

Le thème « Seigneur, que veux-Tu que je fasse ? » a donc été ajusté à nos mesures : « Seigneur, que veux-Tu qu’un pauvre séparé/divorcé fidèle fasse du reste de sa vie ? »… Une empathie à la mesure de trois enseignements magistraux !


Je réponds à ma vocation, avec toute mon humanité
Dieu nous appelle (la vocation est une séduction) dans notre propre histoire : ce n’est pas par hasard que le Verbe s’est fait chair. Les événements ne nous font évoluer que par la réponse que nous leur apportons dans notre vie. Malgré notre point commun (le sacrement de mariage dans la séparation), chacun d’entre nous a son « avant » et son « après ». Il nous faut connaître nos points de fragilité, de vulnérabilité pour les accepter mais aussi laisser le Christ agir en nous et en faire des points d’appui pour rebondir (« lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort »).
Cicatrice jamais guérie, notre séparation est notre passion (2). Les 7 paroles du Christ en croix font résonner ce que nous avons vécu… Mais la souffrance n'est pas l'enfer, c'est la souffrance non offerte qui l'est ! Le temps de la grâce viendra (« à qui irions-nous ? »), mais ceux qui n’ont jamais mordu la poussière « ne mouillent pas à la grâce » (Charles Péguy).


Je réponds à ma vocation, au cœur de la sacramentalité
La vocation se nourrit de l'humain et du divin. Le baptême, sacrement de notre identité chrétienne, nous fait participer à la nature divine. Il nous « ecclésialise » mais nous devons vivre notre propre humanité en toute liberté. Le P. Sionneau, infirmier au Rwanda, y a vu des baptisés de fraîche date, le chapelet au cou et la machette à la main : nous sommes tous un mélange de grâce et de fragilité…
La grâce du sacrement de mariage nous est donnée mais nous ne pouvons la recevoir que si nous nous engageons.
Dans le mariage, Dieu-Amour se donne et est ainsi Lui-même la solidité de ce sacrement car Il ne se rétracte jamais (« Gaudium et Spes » rappelle que « Dieu lui-même est l’auteur du mariage »). Notre « oui » donné (et non prêté…) est fondé sur le lien qui unit le Christ à son Eglise et fait donc écho au « oui » trinitaire du Crucifié : « Père, entre tes mains Je remets mon Esprit ». Seigneur que veux-Tu que je fasse avec tout l'amour que Tu m'as donné ?
Comment cerner notre vocation ? En réalisant que les « Oui » à ces deux sacrements visent à nous faire grandir en sainteté sur le chemin de l’amour (baptême) avec la grâce du lien conjugal (mariage).


priantJe réponds à ma vocation, en vivant une aventure spirituelle
Tel Abraham, nous partons pour une destination que nous ne connaissons pas et pour une durée inconnue…
Pierre, après son reniement, souffre de se voir séparé du Christ, mais en retrouve l’amour grâce à la triple insistance de Jésus. Comme lui, nous pouvons succomber à la peur, à l’égoïsme, au désir de faire « comme tout le monde » au lieu de continuer d’être à part...
Aventure, advenir, venir vers… L’aventure spirituelle est au croisement du souffle divin et de l’acceptation du risque de la nouveauté. Notre vocation est la résultante de l’œuvre de l’Esprit (l’appel) et de nos réponses dans les trois axes suivants :
• Le désir, énergie de vie qui vient de Dieu, est infini car à son image. Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme car celui-ci est créé par et pour Dieu. Malgré cela, il ne suffit pas (« je ne fais pas le bien que je veux… ») et doit être allié au combat spirituel (« vous avez revêtu le Christ »).
• Le choix de la fidélité s’inscrit dans le sillage de l’obéissance du Fils (« Me voici, je viens faire ta volonté ») Rien d’étonnant à ce que ce choix soit crucifiant ! Notre soutien réside dans la Parole, la prière, les sacrements et l’indéfectible renouvellement du OUI donné : à notre conjoint deux fois par an et, si possible, par la consécration quotidienne au Seigneur (Charles de Foucault) ou par la Vierge (Louis-Marie de Montfort)…
• L’ouverture à la fécondité, dans le vœu de chasteté. Nous pouvons donner la vie autrement que par la sexualité : la fécondité est relation à l’Autre et aux autres. N’éteignons pas notre capacité d’aimer… Au contraire, laissons-nous embraser par l’Amour pour aller jusqu'au pardon (3) !


En conclusion, frères et sœurs, puisque nous sommes dans le monde et que nous avons choisi de ne pas nous conformer au monde, rappelons-nous que personne ne peut mener le combat spirituel à notre place. Ne cherchons pas à tuer le mal comme s’il était en dehors de nous, regardons en nous-mêmes, voyons le point qui combat en nous : notre mal est en nous. Sur ce chemin pascal dans lequel nous nous sommes engagés, l’accompagnement spirituel peut être un précieux secours…
En résumé et en un seul « samedimanche », nous avons vraiment inventorié et consolidé les fondations de notre engagement au cœur de la CNDA : alléluia !

(1) « Séparés, divorcés à cœur ouvert » [Alain Bandelier (dir)] et « J'ai choisi de lui rester fidèle » [Thierry Maucour]
(2) « La séparation ne met pas une croix sur l’amour mais l’amour sur la croix » (P. Alain Bandelier)
(3) NDLR : en ce dimanche de la Miséricorde…