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Dans le cadre de l’année pastorale du diocèse de Paris consacrée à « famille et jeunesse », j’ai proposé puis organisé une rencontre sur le thème ample et délicat de la fidélité. Non pas uniquement la fidélité entre époux, objet de défis lourds que nous connaissons bien à la Communion, mais tout bonnement la fidélité.

  Comment cet attribut divin – Dieu fidèle et juste – peut-il être vécu par les pauvres humains que nous sommes ? Pour ce faire, il m’a paru bon de permettre à cinq chrétiens représentant différents états de vie d’en débattre publiquement ensemble. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés le 1er février dernier au Théâtre de la maison des œuvres de la Paroisse St Léon pour entendre les témoignages de :

- Michel Martin-Prével, père de trois enfants, veuf et maintenant prêtre,
- Christiane Behaghel, mère de six enfants et grand-mère, conseillère conjugale,
- Régis Burrus, qui après s’être laissé entraîner dans une liaison extraconjugale, vit avec son épouse une conversion et retrouve le chemin de la fidélité,
- Sœur Isabelle Roux, supérieure de la Communauté des Religieuses de l’Assomption,
- Christine, épouse séparée fidèle.
Je laisse le soin à quelques-uns de ceux qui étaient là de dire comment ils ont vécu la soirée.
(L'enregistrement de cette soirée est accessible sur : http://dl.free.fr/dlAE8yCll).
                                                                                                                           Thierry


Peu de temps avant Noël, Thierry m’appelle : « Accepterais-tu de participer à une table ronde sur le thème de la fidélité, dans le cadre de « Famille et jeunesse », thème de la 2ème année de « Paroisses en mission » ? 
Quelques jours auparavant, j’échangeais avec une sœur de la Communion sur notre rôle missionnaire. Je lui confiais alors que j’avais rejoint la CNDA uniquement pour la dimension spirituelle et que s’il m’arrivait souvent de témoigner de manière privée, je ne me sentais pas vraiment concernée par une autre forme de mission.
Clin d’œil, appel ? Pourquoi moi ? Saurais-je parler ? Quoi dire ? Appréhension, interrogation, peur, audace, tous ces sentiments se mêlent … Puis je dis rapidement « oui » avec dans le cœur cette parole : « Ne crains pas, je suis avec toi ».
Je me confie à l’Esprit -Saint beaucoup, et Lui confie ce projet et les participants.
Jour J : participation avec le père Martin-Prével à une émission sur Radio Notre-Dame, suivie d’un échange fraternel avec le père autour d’un sandwich avant de rejoindre St Léon où nous sommes accueillis par Thierry. Frères et sœurs de la Communion, famille, amis, collègues arrivent. Je suis d’autant plus émue et touchée de leur présence que la salle est peu remplie. Le père Denis Metzinger, unique représentant du clergé parisien nous remerciera après la conclusion de Thierry.
Aujourd’hui je rends grâce à Dieu. Cette belle expérience m’a permis d’approfondir et d’affermir mon choix de fidélité. Elle m’a aussi mis le cœur en joie et m’a fait mieux comprendre l’ardeur missionnaire de saint Paul et des premiers chrétiens.
Le reste appartient à Dieu et je lui rends grâce avec confiance.
                                                                                                               Christine (92)
Cette semaine de témoignages m’a réveillée : mardi 1er février, cette table ronde sur « la fidélité combat ou don » : je me demandais bien comment ils allaient le traiter, car à moi, ça ne me parlait pas !
J’ai trouvé les témoignages très riches, c’est rare d’entendre parler ainsi de la fidélité, par des personnes d’états de vie différents ! J’ai regretté qu’il n’y ait pas d’échanges avec la salle, car au bout de deux heures à entendre qu’à chaque fois Dieu est présent, ça fait un peu bizarre et on se dit qu’on est vraiment dans un village d’irréductibles Gaulois ! Et quid quand Dieu n’est pas là au milieu du couple ou qu’il n’y est pas assez ?
Dans l’après-midi, une interview du Père Michel Martin-Prével et de Christine avait été organisée à Radio Notre-Dame sur le même thème. Emission que j’ai réécoutée ensuite, et même par deux fois ! Cela m’a fait réfléchir à ce qu’était ma propre fidélité. Faite de quoi ? A qui ? Comment ?
Mais ce qui m’a le plus touchée, ce sont les interviews d’enfants de divorcés lors de l’émission « La voix est libre » sur la même radio. À la question « Pour vous c’est comment les réunions de famille ? » entendre ces jeunes répondre «  C’est l’enfer ! » c’était tellement mon ressenti aussi !!
Moi qui venais de vivre les fiançailles de mon fils et avais revu pour la première fois mon mari à cette occasion après les rencontres hyper tendues des démarches de divorce… Moi qui voyais mes enfants être réticents à faire baptiser leur propre enfant à cause de ces dissensions dans nos familles !
J’ai été touchée aussi par cet autre témoignage d’une femme d’une soixantaine d’années, annoncer qu’elle était petite-fille de divorcés et que les conséquences s’en faisaient encore sentir ! Que de gâchis ! Que de souffrances ! Alors qu’on se marie pour le bonheur, pour la famille, pour les joies à venir, pour créer du lien, de la solidarité, des avenirs heureux.
Plus j’avance et plus j’ai l’impression qu’on sous-estime ce « mal à ma famille » mal profond qui se rajoute à la douleur de la séparation. Nous y sommes renvoyés tous les jours, à toutes les occasions de la vie de nos enfants. Alors finalement, si mon pauvre don à ma famille disloquée, c’est ma fidélité, je comprends que j’ai à travailler ce don du pardon chaque fois que je suis avec mes enfants ou en pensant à eux. Et ça c’est un combat !
                                                                                                       Christine (78)

canape-salon-110À l’invitation d'une amie nous sommes venus, mon mari et moi, assister à  la soirée du mardi 1er février à St Léon. Nous étions une cinquantaine pour écouter cinq témoins interrogés sur le sens de la fidélité. Que signifie-t-elle ? Que coûte-t-elle ? Comment se vit-elle ?
Nous avons beaucoup aimé la variété des situations des témoins, engagement dans la vie religieuse, mariage, sacerdoce, et divorcé non remarié en la personne de Christine. Oui, la fidélité se vit dans tous ces états de vie, malgré les difficultés et les éventuels « coups de canif » au contrat.
Nous retenons que, malgré les  turbulences, les hésitations ou les tentations,  chacun des témoins a fait le choix libre de poursuivre selon son engagement initial : rester avec son conjoint après une infidélité, ne pas se remarier après un veuvage et devenir prêtre, poursuivre sa route dans son engagement de religieuse ou dans son mariage, rester fidèle à son mari après un divorce. Et chacun manifestait que, malgré les difficultés, ce choix le rend heureux et solide.
Une petite anecdote racontée par une épouse : « lors des disputes, je partais dormir sur le canapé du salon ; il n’est jamais arrivé que mon mari ne vienne pas me rechercher ». Quel bel exemple de fidélité dans la confiance et la simplicité, à l’image de notre relation au Seigneur, qui vient toujours nous rechercher sur le canapé du salon.