Imprimer

Je suis partie du carmel dans les Ardennes le 25 mars 2014 en la fête de l’Annonciation, après la messe et la bénédiction du prêtre.
marcher1-adf314C’est bien grâce à Marie, la prière des sœurs carmélites et de tant d’autres personnes connues ou inconnues que ce camino a été Cadeau. Je suis arrivée près de Saint-Jacques le 3 juillet avec beaucoup d’émotion et habitée de cette joie intérieure.

Chemin de prière, chemin de paix, chemin de la Rencontre

Décider d’aller à la rencontre de St Jacques, c’est avant tout offrir chaque pas, méditer et contempler la Création dans le silence et la solitude.

Et je partais humblement « en mission », de nombreuses intentions m’ayant été confiées, sans oublier ma famille. Aussi chaque jour je marchais pour l’une d’elles, et cela jusqu’à Santiago. Quand je pouvais, je prévenais la personne, ainsi nous étions en communion tout au long du chemin. Si mon sac était l’un des plus légers parmi les pèlerins rencontrés, tout ce que je portais modestement dans la prière le remplissait mais ce n’est plus moi qui portais. Ce caminoje ne le parcourais donc jamais seule. Nous étions au moins trois avec le Seigneur. Je peux affirmer que cela me poussait pour avancer, j’étais déterminée pour aller jusqu’auprès de saint Jacques et lui confier tout. Ma journée était rythmée par la marche et la prière pour chacune des intentions et le but était de les déposer près de saint Jacques, lui l’intercesseur.

marcher2-adf314Chaque matin, mon petit calepin m’indiquait pour qui je marchais. Alors, mes premiers pas étaient accompagnés par l’oraison, souvent avec le soleil levant, puis le chapelet, pour confier à Marie l’intention du jour et tous ceux qui me sont chers. Je ne manquais pas de rappeler à Dieu pour qui je mettais un pied devant l’autre.

Prier ainsi pour chacun, transforme, j’oserais presque dire « transfigure » ce chemin « matériel » avec les pieds en un chemin de confiance, d’abandon, de lâcher-prise, un chemin de rencontre demoi-même dans lequel le Christ est présent. Il devient voyage intérieur nourri par la Parole de Dieu (lectures du jour), par le dépouillement et la prière dès le départ et tout au long de la route. Si l’âme vit parfois des moments de sécheresse même sous la pluie, ce Tout m’a aidée à avancer. Oui, le dépouillement, la solitude, le silence, conduisent à l’essentiel, le Seigneur, Lui qui n’a pas manqué de me le montrer pour me faire tenir sur les chemins parfois boueux comme peuvent l’être ceux de la vie. L’aujourd’hui devient cadeau, de ces petits cadeaux que je ne voyais plus dans le quotidien et qui ici mettent le cœur en joie même à travers les difficultés du camino.

Ce n’est pas seulement ma prière qui résonnait silencieusement, mais aussi celle de tous ceux qui s’y unissaient. Je suis impressionnéepar cette foule qui était avec moi. Il y a ceux qui disent «je prie pour toi » puis ceux plus discrets qui disent «je pense à toi ». Mais penser, n’est-ce pas une forme de
prière quand des enfants (que je ne connais pas encore) d’une classe de 5ème chaque jour demandaient des nouvelles et comme me l’a écrit l’un d’eux: « chaque matin je me réveille en pensant à vous. » J’ai reçu plus que
je n’ai su donner. J’en suis encore très touchée et très émue.

Le seul et vrai chemin c’est bien celui de la prière qui m’a donné l’assurance d’être sur celui de « la Petite Voie » de Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, celui de la confiance, qui donne la force d’avancer avec le Seigneur

Le pèlerin que j’ai été, n’a pas regardé derrière si ce n’est pour ne pas oublier tous ces cadeaux reçus qui m’ont aidée à tenir sur le camino.

Le pèlerin que j’ai été, est allé de l’avant, avec Marie devant pour tracer la route et me conduire vers son Fils, le Christ. C’est comme s’Il me tendait les bras au bout du chemin. D’où vient cette force donnée durant ces environ 2090 km ? Où est cet infini de Dieu qui pousse à toujours marcher pour aller à sa rencontre ?

Rester fixé sur le Christ, c’est le chemin accessible qui m’a été offert. Il m’a aidée à entrer dans ce silence habité, à vivre cette solitude en Lui. Il a franchi avec moi et pour moi ruisseaux, passerelles et ponts, collines ensoleillées, chemins boueux, sommets brumeux, sentiers tordus, d’autres ombragés et fleuris, sécheresse de la Meseta, pour venir lui confier toutes les intentions près de son apôtre saint Jacques.

Choisir de partir plusieurs mois vers Compostelle, ce n’est pas décider une randonnée, si belle soit-elle. Les rencontres sont autres. Elles sont données même si j’ai été surprise de l’intérêt que portaient certains pèlerins. Ils pouvaient emprunter ce long voyage parce que c’est devenu une mode, ou pour faire du tourisme. Il y a aussi le sportif avec l’esprit de compétition, le spirituel en recherche de quelque chose de positif et quand même le catho qui se laisse convertir au rythme de ses pieds ! « Chacun son chemin », parole assez fréquente que l’on se dit. Certainement que tant de jours, d’efforts, et l’arrivée près de Saint-Jacques transforment tout homme. Un petit témoignage pour illustrer, mais c’était avant d’arriver à Vézelay. Je rencontre un pèlerin belge, lui confie que je vais m’arrêter à Vézelay, dans une communauté pour la semaine sainte. Et voilà que je l’aperçois aux offices. Hébergé à l’accueil des pèlerins, il y est resté jusqu’à Pâques.

Il y a les rencontres surprises mais cadeau aussi ! Un dimanche, j’étais partie très tôt car 18 km pour arriver à 11h à la messe à La Souterraine. Vers 10h il me restait encore 6 km. Au centre d’un village, je cherchais sur ma carte un raccourci pour être à l’heure. C’est alors qu’une dame âgée dans sa petite voiture s’arrête pour me demander ce que je cherchais. Je l’informe donc et elle me dit : « j’y vais ! ». « C’est tôt, dans 10 mn en voiture vous êtes arrivée ! », répliquais-je. Et de me répondre : « je suis âgée et je cherche à me garer facilement pour repartir sans faire trop de manœuvres ! ». En route elle me confia ses lourdes peines. Nous avons prié ensemble en attendant l’heure de la messe. En nous quittant, je lui ai dit que je marcherais et prierais pour elle une journée et qu’à saint Jacques je confierais ses intentions. De Santiago je lui ai envoyé une carte.

C’est ça le Camino ! Oui, Dieu est présent pour vivre toute rencontre et Sa Rencontre si tu le désires !

Marlène (Sedan) – LORRAINE-CHAMPAGNE-ARDENNES