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Nous avons tous de profondes blessures en nous. Cicatrisées ou pas, elles font toujours mal, des dizaines d'années après.
consentir 2 319Les miennes reviennent en boucle inlassablement : celles que j'ai reçues, celles que j'ai infligées consciemment, ou non mais que j'ai appris à voir. Un rien les réveille.
Les pires, bien sûr, sont infligées par ceux qu'on aime ou qu'on admire : conjoint, enfants, parents, amis, bénévoles dans le service... qu'on découvre au détour du quotidien insuffisants, incompétents, voire ingrats ou, au mieux, indifférents, lointains. Que d'incompréhensions, de déceptions, et de trahisons à accepter !
Je ne trouve la Paix qu'avec la lecture des grands saints, la contemplation de Jésus, de la Création divine et des œuvres d'art et la douceur des personnes bienveillantes aimant vraiment Dieu.


Oh non! Pas les bondieuseries sucrées pseudo-thérésiennes, convenues, les pleurnicheries extatiques piétistes, ni l'ostentation des pharisiens, la raideur autocratique des omniscients; mais les actes et les paroles "décalées", l'humour discret ou l'autodérision joyeuse, la bonne volonté souriante ou les vrais aveux d'imperfection, d'erreur et de pauvreté. J'aime surtout ceux qui demandent pardon de nous avoir fait mal et qui me permettent en retour d'en faire l'aveu.
consentir 319Ainsi je n'oublierai jamais la voix de cet homme discret qu'est Monseigneur d'Ornellas commentant les Saintes Ecritures, lors de notre retraite à Saint-Laurent-sur Sèvre. Elle s'éteignait d'émotion à l'évocation des "innombrables fidélités de Dieu à l'égard de notre histoire". Et ses mains tremblaient...
Je n'oublierai jamais son humble silhouette traversant la salle de restauration avec un sourire timide, s'excusant presque d'être là !
Je songe alors à toutes mes propres infidélités et à mes attitudes arrogantes. Dure, exigeante, cassante, comme toutes les personnes qui ont passé leur vie à encaisser les coups et les maladies seules, silencieusement et qui veulent rester debout grâce à leurs propres forces. Impitoyable à l'égard de ma personne, et de ce fait, à l'égard des insuffisances des autres.
Je songe à tous les "Stabat mater" littéraires, musicaux, picturaux, sculptures soigneusement photographiées au fil du temps, collectionnés avec ferveur.
"Toujours debout", telle est la devise tamponnée sur tous mes documents en "ex libris".
Marie, elle, n'a été que compassion, tendresse, douceur au pied de La Croix. Elle a tenu debout car elle était habitée par La Grâce. Elle savait et faisait confiance. Elle a échappé à l'imperfection. Nous, nous devons y consentir avec effort.
CONSENTIR, voilà aussi un titre donné à un recueil de poèmes à l'époque où Dieu n'avait pas encore fait irruption dans ma vie. Curieuse "coïncidence" ! Dieu était déjà là... et Il me préparait. Il émondait la vigne récalcitrante aux fruits.
Aujourd'hui, c'est le philosophe Martin Steffens qui choisit ce même titre et en fait le fondement de sa vie, dans son dernier livre traînant sur ma table de nuit. A la manière aussi du Père de Grandmaison dans ses Exercice spirituels, texte qu'une amie m'a donné après m'avoir écoutée.
Alors quelle ne fut pas ma stupéfaction lors des enseignements de Monseigneur d'Ornellas ! Je retrouvais toutes mes obsessions magnifiées par l’intelligence de ses commentaires. Je me suis sentie portée, élevée. Comment remercier ces hommes que Dieu met sur notre chemin pour témoigner de Sa Présence ?
Sa personne même, tout entière, est aussi l'exemple de ce consentement. J'emporte le souvenir de sa modestie, la profondeur sensible de son enseignement, comme on glisse une image pieuse dans un livre lu et relu.
Jamais personne ne m'a mieux fait vivre l'Amour de Dieu, depuis ma conversion.
Je porte son effacement comme l'ombre de La Croix."


Michèle (Reims) – LORRAINE-CHAMPAGNE-ARDENNE