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livre l'église vous aimeJeanine, ancienne responsable du groupe Belgique, s’est lancée dans la relecture du livre de son éminent évêque, Mgr Léonard, devenu depuis archevêque de Bruxelles-Malines. Et notre ami dominicain de Bordeaux, le père Antoine-Marie Berthaud, a bien voulu compléter son compte-rendu en y ajoutant point par point un court éclairage spirituel.

L'Eglise vous aime
Un chemin d’espérance pour les séparés, divorcés, remariés
Mgr André-Mutien Léonard
Editions de l'Emmanuel - février 1997 - 157 p. - 8 €


Dès son ordination comme évêque de Namur en 1991, Mgr Léonard a organisé des journées conçues spécialement pour les personnes ayant connu l'échec conjugal, journées au cours desquelles il a toujours essayé de « conjuguer la vérité sur le mariage chrétien indissoluble et l'accueil miséricordieux d’époux séparés » (divorcés et divorcés remariés). Il les a longuement écoutés. Le livre est le fruit de cette longue écoute.

Le 14 sept.1994, la lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi concernant l'accès des divorcés remariés à la Communion eucharistique a provoqué beaucoup de remous médiatiques.
Alors Mgr Léonard a rédigé son livre avec ce double objectif : expliquer ce que dit l'Eglise sur ce sujet et montrer aux personnes concernées que l'Eglise les aime.
Ce livre pourrait servir de livre de base en ce qui concerne l’enseignement de l’Eglise sur le divorce. L’auteur l’explique en dix chapitres avec beaucoup d’amour aussi bien pour l’Eglise que pour les personnes concernées.


Mgr Léonard1. L'importance de la préparation au mariage chrétien (p. 17-25)

Jeanine : S’engager dans le mariage chrétien « demande une réflexion et une maturation considérables ». Pourquoi ? Parce qu'on s'engage à aimer le conjoint d'un amour qui ressemble à l'amour du Christ pour son Eglise. Et le Seigneur ne reprend jamais son amour, toujours il continue à nous aimer, sans condition. C'est ici que s'enracine l'indissolubilité du mariage chrétien. Il y a une disproportion entre la demande encore abondante de cérémonies religieuses et la motivation spirituelle souvent très pauvre (or, cette exigence est importante à la base pour éviter ensuite le recours aux demandes de nullité).
Père Antoine-Marie : La préparation au mariage sous-entend une évangélisation des fiancés par des prêtres bien formés pour les ouvrir à cette dimension fondamentale du mariage chrétien. La pauvreté du répondant des prêtres est aussi un souci pastoral. L’indissolubilité est une caractéristique de la loi naturelle du mariage (selon l’ordre de la création) et non pas uniquement une caractéristique du mariage sacramentel (selon l’ordre de la grâce). Dans la Genèse en effet, l’indissolubilité est co-naturelle à l’amour humain. Voilà pourquoi elle s’enracine déjà dans le mariage civil entre deux non-baptisés.

2. La fidélité à la grâce du sacrement (p. 27-30)

Jeanine : le sacrement n'est pas une garantie magique de réussite pour le couple. Il faut coopérer avec la grâce.
Père Antoine-Marie : Le sacrement me garantit que j’ai reçu la grâce. C’est le sacrement qui va permettre de réussir à aimer fidèlement mais non sans passer par la Croix.


3. La traversée des inévitables épreuves (p.31-40)

Jeanine : Les difficultés sont accrues en raison de la culture de l'immédiat dans la société actuelle et la banalisation du « mariage à l'essai ». Dans la cohabitation, on reprend ses billes à la première secousse. D’où la nécessité d’apprendre à se pardonner.
Père Antoine-Marie : Pardonner, c’est envisager de durer.

4. Les cas d'impasse (p.41-45)

Jeanine : L'Eglise n'interdit pas la séparation et le divorce comme tel n'exclut pas de la communion eucharistique.
Père Antoine- Marie : Il ne peut y avoir d’impasse irrémédiable, car le Christ est venu sauver ceux qui sont dans l’impasse. Quand Mgr Léonard écrit : « l'Eglise n'interdit pas la séparation ; le divorce comme tel n'exclut pas de la communion », il est important de préciser qu’il s’agit du divorce subi. Le divorce considéré comme tel est une offense au mariage, une rupture de la communion d’amour. Cette proposition de la séparation ne peut être que temporaire et provisoire pour reprendre le chemin en vérité. Depuis 1996, année de parution du livre, une augmentation des divorces civils s’est produite pour des motifs notamment liés à la culture de l’immédiat et au relativisme moral ambiant (selon lequel il n’est pas mauvais de changer de partenaire !)

5. La déclaration de nullité du mariage (p.47-57)


Jeanine
: L’auteur explique d’abord les cas. Il a constaté en effet que le grand public est très mal informé sur ces questions. Après examen, il reste de nombreux cas où le mariage sacramentel est valide (même après divorce) et où la non-validité ne peut être prouvée.
Père Antoine-Marie : Un mariage valide (même après le divorce) est à regarder en termes de vérité et non de résultat. Il est parfois difficile de faire la vérité, dans la mesure où des incertitudes demeurent. La jurisprudence de l’Eglise a cependant affiné son dispositif canonique pour discerner au mieux les situations et se prononcer en vérité sur l’existence ou non du mariage à l’origine.


6. La fidélité au conjoint absent (p.59-76)

Jeanine : l'Eglise appelle à assumer la solitude de la séparation. Dans l’évangile, ce que Jésus propose à ses disciples leur semble « un véritable surmenage spirituel » : « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés... » « Soyez parfaits comme votre Père céleste... »
Retenons bien que la miséricorde de Jésus ne consiste pas à bénir le comportement mauvais (relire par exemple la femme adultère : « Va et ne pèche plus »)
La miséricorde exercée par la pastorale de la famille dans l'accueil de divorcés et divorcés remariés ne doit (ou ne devrait) jamais démobiliser ceux et celles qui s'efforcent de demeurer fidèles à un conjoint absent.
Jésus n’impose pas ses exigences « du haut du ciel ». Il a assumé notre détresse et notre solitude. Il se fait notre Simon de Cyrène. Le soutien de frères et sœurs dans la foi est nécessaire et indispensable. Mgr Léonard cite ici la Communion Notre-Dame de l’Alliance.
Sont nécessaires aussi une vie de prière intense et le recours aux sacrements. Malgré la blessure de l'échec, on peut cultiver l'espérance qui jaillit de la Croix glorieuse (le coup de lance dans le cœur de Jésus après sa mort : l'eau et le sang qui coulent nous donnent la vie nouvelle.)
Jésus nous manifeste sa présence comme à Marie-Madeleine au tombeau. Ceux qui vivent la fidélité au conjoint absent éprouveront la joie d'une communion et d'une fécondité nouvelles. Soulignons que cet état est tout différent du célibat car il est fidélité au mariage et au conjoint séparé.
Esprit SaintPère Antoine-Marie : Dire que Jésus propose un « véritable surmenage spirituel » peut décourager. Cette formulation pourrait être remplacée par : « course d’endurance ».
Vivre le commandement de l’amour parfait comme Jésus le demande « Soyez parfaits comme votre Père céleste... » ne peut être envisagé qu’avec la grâce en se référant aussitôt à « Sans moi, vous ne pouvez rien faire… » Le Christ est vainqueur de mon péché. La loi ancienne m’accable car elle me met face à ma responsabilité et me condamne. Elle devient supportable par la loi nouvelle qui libère par la Vérité et ouvre à la grâce de l’Esprit Saint. « La loi nouvelle, c’est la grâce de l’Esprit Saint donnée par la foi au Christ et opérant par la charité » (Saint Thomas d’Aquin).
L'accueil que promeut la pastorale de la famille envers les divorcés remariés doit veiller à prendre aussi en compte ceux qui veulent demeurer fidèles à leur conjoint absent. Leur témoignage de « la joie d'une communion et d'une fécondité nouvelles » est précieux pour l’Eglise.


7. Problèmes posés par un remariage civil (p.77-93)

Jeanine : Pourquoi la plupart des époux séparés choisissent-ils de s'engager dans une nouvelle union ? Parce qu’il y a trop peu de personnes pour les éclairer et les encourager avec amour dans ce que l'Eglise propose et parce qu’après avoir été blessé dans l'amour, le cœur a un grand besoin affectif.
Mgr Léonard explique que personne n’est obligé d’être disciple de Jésus et de se marier « dans le Seigneur » mais si on le fait, on s’engage avec son conjoint pour le meilleur et pour le pire. C’est un pari très beau mais très grave que Jésus vient ratifier en profondeur. Jésus est clair et les reproches faits à l'Eglise sont donc bien inconséquents.
Comment accueillir les divorcés qui veulent une bénédiction pour leur remariage civil ? L’auteur insiste. Il convient de bannir toutes les démarches qui créent des ambiguïtés. Il ne doit y avoir ni bénédiction d’anneaux, ni échange de consentements, ni cortège à l'église. Se limiter à une prière privée non pas à l’église mais à la maison des nouveaux mariés, et pas le même jour que le mariage civil. Mgr Léonard propose pour ce cas un modèle de prière (p. 89)
En alliant toujours miséricorde et vérité, l'Eglise doit veiller à « réserver un dialogue pastoral de qualité » aux divorcés remariés car ils en sont toujours « membres à part entière ».
Père Antoine-Marie : Avec le recul, la proposition de se limiter à une prière privée à la maison des nouveaux mariés en cas de remariage civil et pas le même jour s’avère un échec. Depuis, l’Eglise a précisé qu’il faut accueillir et ne rien proposer d’autre. Benoît XVI l’a rappelé aux évêques français le 14 septembre 2008 à Lourdes. Toute proposition enfermerait la personne dans son bon droit et ferait abstraction de l’adultère, la privant ainsi d’un chemin de lumière. Si l'Eglise semble mettre la barre aussi haut, c'est dans un esprit de service et d’obéissance à la parole du Christ. Il s’agit d’une parole forte de Jésus, parole exigeante sur l'union de l'homme et de la femme mais pas intransigeante (au sens d’intraitable). Son souci est de garder et d’annoncer la vérité originelle et divine sur le mariage, dans l’ordre de la grâce, et chemin de salut pour le bonheur de l’homme.

8. La place des divorcés remariés dans l'Eglise (p.95-102)
Jeanine : L’auteur cite un texte de Familiaris Consortio où Jean-Paul II demande de ne plus parler des « divorcés remariés » en général, mais de faire des distinctions nuancées. Il rappelle que les divorcés-remariés sont toujours dans l’Eglise et non pas « excommuniés ». Il explique pourquoi ils ne peuvent recevoir ni l’Eucharistie, ni le sacrement de réconciliation, ni ne peuvent proclamer la Parole de Dieu et pourquoi on ne peut leur attribuer une responsabilité capitale dans les équipes paroissiales, groupes de catéchèse ou de préparation au mariage, ni une mission de parrain ou marraine de baptême ni de confirmation.
Père Antoine-Marie : Cette mise à l’écart n’est pas à considérer comme une mesure disciplinaire : elle se fonde sur la contradiction objective due à l’état d’adultère « public » établi par le remariage civil et sur le contre-exemple que représente la situation actuelle. Il convient de toujours préciser : ce n’est pas possible « pour l’instant ».


9. L'accès à la communion (p.103-139)

Jeanine : L’auteur s'efforce de faire comprendre la lettre du cardinal Ratzinger (Congrégation pour la Doctrine de la Foi - lettre publiée en 94) sur l'accès à la communion pour les divorcés remariés. D'abord il place le problème dans le contexte général du respect de la communion pour tous.
consécration Pourquoi les divorcés remariés présentent-ils un cas particulier ? Il y a là un très grave enjeu : « le nœud de la question est que l'alliance conjugale (indissoluble) se glisse dans le sacrement de l'Alliance par excellence qu’est l'Eucharistie, alliance fidèle entre le Christ et son Eglise ». Mais Dieu n'est pas prisonnier de ses sacrements. La « communion spirituelle » est une grâce. A ce propos, il cite le mot de Sainte Thérèse : Si le bon Dieu ne permet pas (de recevoir les sacrements) c’est bien aussi : « tout est grâce ».
Ceux qui s'abstiennent pour cette raison de la communion en tirent de grands profits spirituels s'ils le vivent par amour et non par contrainte.
Il y a des divorcés remariés qui revendiquent la communion, parce que, actuellement, on supporte très mal que d'autres puissent faire ce que moi, je ne peux pas. Or il ne faut pas banaliser l’Eucharistie, ce grand sacrement. Il faut réexpliquer la haute dignité de la communion. Mgr Léonard voit une contradiction entre le grand nombre qui revendique la communion et le très petit nombre qui veut se confesser.
Il reconnaît que, occasionnellement et à certaines conditions, en conscience, certains divorcés remariés peuvent peut-être s’approcher de la communion mais il conseille d'accueillir les directives permanentes de Rome. Il conclut que c'est difficile à faire comprendre mais ajoute que Rome n'a visé aucune discrimination blessante et qu’il ne faut pas se braquer sur la question de la communion.
Il déplore que dans ce document on ait traité isolément de la communion eucharistique des divorcés remariés sans resituer cette question dans le contexte plus vaste du respect dû (par tous les baptisés) au sacrement de mariage indissoluble et au sacrement de l'eucharistie. Il explique également le pourquoi du « non- accès » au sacrement de réconciliation des divorcés remariés : c’est qu'ils se sont engagés dans une situation permanente et durable de contradiction avec l'alliance conjugale.
S'ils veulent communier ou se confesser, l’Eglise leur demande de « vivre en complète continence, c'est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux » (Familiaris Consortio).
Mais pour cela il faut une forte motivation spirituelle, l'accord profond dans le couple et le soutien d’un mouvement fraternel et spirituel.
Il rappelle en concluant que toute la pensée pastorale de son livre est gouvernée par une double préoccupation : que soit respectée la vérité de l'alliance conjugale et que les personnes blessées par l'échec conjugal puissent assumer leur situation avec une conscience personnelle éclairée.
Père Antoine-Marie : Le nœud de la question du « non accès à la communion des divorcés remariés » est l’incompatibilité entre l’état adultère établi par le remariage civil et l’état de grâce nécessaire à tout baptisé pour communier dignement. Le cheminement du salut peut se faire en dehors des sacrements, dans la mesure où existe dans le cœur de la personne une démarche d’obéissance et d’humilité envers l’Eglise (ceci pour préciser l’emploi du mot de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus citée par Mgr Léonard dans ce contexte : « tout est grâce »). Ce qui est important, c’est d’envisager en premier la relation verticale avec le Christ, plutôt que de se soucier de la relation horizontale souvent d’une extrême complexité : y entre par exemple le souci de ce que les autres vont penser de moi si je ne communie pas.
La communion est un don et non un dû. Je ne la prends pas, je la reçois.
La conscience, comme sanctuaire de Dieu, doit être éclairée par l’Eglise qui enseigne la Parole du Christ. Et cela exige humilité.
Si les personnes veulent communier ou se confesser, elles devront s'abstenir des actes propres aux époux, actes en l’occurrence adultères. Pour y parvenir, il faut en découvrir le véritable enjeu et s’appuyer sur une véritable entente mutuelle (l’accepter gratuitement pour l’autre). Un accompagnement spirituel semble alors indispensable. Le témoignage spécifique de la Communion Notre-Dame de l’Alliance peut être aussi un bel encouragement.


10. La juste conception du recours à la conscience

Jeanine : La conscience, c’est le sanctuaire intime où tout se décide. Mais le dérapage commence si on veut juger « selon sa conscience » sans tenir compte des règles morales. « Eclairer sa conscience », c’est intérioriser les exigences du Seigneur et de son Eglise. La conscience est juge et témoin, mais non pas la source du bien ou du mal.
Père Antoine-Marie : L’homme est responsable de la formation de sa conscience avant d’être responsable devant sa conscience.