laboutiquedelorfevre1960. Après avoir connu les drames de l’occupation nazie et de la guerre, la Pologne connaît l’oppression du régime soviétique. Sous le nom de plume d’Andrzej Seweryn, Monseigneur Karol Wojtyla, jeune évêque auxiliaire de Cracovie alors âgé de 40 ans, publie « La boutique de l’orfèvre ». Il s’agit d’une pièce du théâtre rhapsodique, théâtre qui se veut participation active à la résistance culturelle aux oppressions des totalitarismes. Ni décors, ni costumes, tout est dans la présence d’acteurs qui intériorisent un texte ciselé, parfois même difficile, et le livrent à l’écoute et à la raison des spectateurs alors qu’ils ont une vive conscience qu’ils peuvent être arrêtés pendant la pièce ou à la sortie du théâtre.

Après avoir été donnée à deux reprises en région parisienne, cette pièce est maintenant accessible sous forme d’un film de Paul de Larminat, disponible en DVD(1). Pour ma part, j’apprécie cette réalisation qui permet au spectateur d’entrer dans un contact plus intime avec la beauté et la force du texte car moins pollué par l’inévitable mise en scène d’une représentation théâtrale d’aujourd’hui. Par contre, j’aurais été sensible à ce que la jaquette du DVD ne se limite pas au sous-titre : « Jean-Paul II parle d’amour », mais précise : d’amour conjugal. D’autant que lors de sa publication, Karol Wojtyla a lui-même donné pour sous-titre à sa pièce : « Méditations sur le sacrement du mariage, se transformant de temps à autre en drame ».
Trois tableaux :
Les appels, l’élection et la liberté d’une réponse vraie.
La rencontre d’André et de Thérèse qui cheminent vers leurs fiançailles puis leur mariage. Leurs questionnements pour fonder leur union s’expriment dans leurs monologues ou leurs dialogues soit l’un avec l’autre, soit chacun avec un mystérieux Adam, lui-même figure du Nouvel Adam. Les personnages se reflètent dans la vitrine de la boutique de l’orfèvre. Il est celui qui façonne les alliances et en est le garant. Eux sont homme et femme créés à l’image et comme à la ressemblance de Dieu.
L’amertume d’une déchirure dans le cœur d’Anna. Elle s’éloigne de Stéphane, son époux, qui est absent de l’écran.
Dans son dialogue avec Adam, elle exprime sa solitude souffrante et sa quête d’une nouvelle rencontre amoureuse avec un homme qui viendrait se substituer à Stéphane si défaillant à son cœur et à ses pensées, voire à ses yeux. Dans ce champ de tentations, elle décide de revendre son alliance au vieil orfèvre. Mais, celui-ci ne peut rien en tirer tant qu’il n’a pas sur sa balance aussi celle de Stéphane. Le moment est venu pour Adam d’inviter Anna à croiser le regard du Bien-Aimé qui vient à sa rencontre et va bientôt passer. Quel visage aura-t-il ? Quels en seront les traits ? Leurs regards s’étant croisés, malgré l’aridité de ses sentiments, elle se remet en route comme à tâtons en renonçant à nouer une autre union. Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut le séparer !
Le jour du mariage de Christophe et Monique approche.
Lui est le fils unique de Thérèse et André, le couple du premier tableau. Son père est mort alors qu’il était encore tout jeune. Veuve, Thérèse garde fidèlement André présent à son cœur. De ce fait, la présence d’André s’est inscrite dans le cœur de son fils. Cette fidélité a contribué à ce que Christophe grandisse et se structure sans déni de paternité.
Monique est la fille d’Anna et de Stéphane, le couple du second tableau. Elle a deux frères. Fragilisée, elle ressent la déchirure entre ses parents devenus comme des étrangers l’un pour l’autre. Elle souffre du manque de communion entre eux. Elle est envahie de peurs et d’angoisses. Peut-on aimer quelqu’un toute sa vie, s’interroge-t-elle ? Elle aime Christophe maintenant, mais après ne va-t-il pas la délaisser ?
Tous deux s’engagent dans le mariage sans avoir d’autres réponses à leurs interrogations que ce que leurs parents respectifs leur ont transmis. « Nous sommes pour nos enfants un seuil difficile à franchir », constate Thérèse qui ne désespère pas de voir ces deux jeunes mariés revenir un jour devant la vitrine de la boutique de l’orfèvre pour amarrer leur amour à l’Amour.
« Les gens se laissent emporter par un amour qu'ils croient absolu et qui n'a pas les dimensions de l'absolu. Ils sont tellement victimes de leurs illusions qu'ils ne ressentent même pas le besoin d'amarrer cet amour à l'Amour qui a ces dimensions. Ce n’est pas la passion elle-même qui nous aveugle, c’est le manque d’humilité envers l’Amour dans son essence véritable. »