Témoignages

Un an après son décès (notre sœur s’est éteinte le 27/02/2018/ à l'âge de 50 ans des suites d'un cancer), en préparant la récollection-découverte de Chevilly-Larue, j’ai trouvé par hasard1 le témoignage que j’avais mis en forme et qu’elle avait donné à La-Clarté-Dieu en février 2016... 

temoignage 339 1« Jean-François m'a annoncé sa décision pendant ma convalescence après un deuxième cancer en août 2011. Lui-même en dépression, il a voulu se débarrasser du "fardeau trop lourd" que j'étais car moins active, parfois complètement sans force, et mal payée par mes employeurs. Il voulait "protéger" nos trois enfants qui avaient peur pour leur maman et qui étaient eux-mêmes angoissés à l’idée de la mort. Il voulait donc que nous nous séparions car je lui compliquais la vie et j’étais plus exigeante que lui au niveau de l'éducation. Les enfants ont d’ailleurs choisi de rester avec leur papa pour mener une vie plus cool. 

Mon mari n'a pas accepté ni le premier ni le deuxième cancer. Je me suis donc sentie coupable et j'ai essayé de rattraper ma "faute" en en faisant trop pour lui et pour les enfants. 

Délaissée et "intouchable", vivant sans aucune affection, j'ai même décidé de rendre la bague de fiançailles à mon époux en lui écrivant une lettre (« qui suis-je pour toi ? ») et je lui ai proposé de donner cette bague à celle avec qui il partagerait sa vie. A priori, il n'y avait pas d’autre femme, mais je voulais seulement le "réveiller"... 

Mon mari en a parlé aux enfants. Manipulés par ma belle-mère, ils ont jugé que leur mère était "méchante" et qu’ils devaient soutenir leur papa car il souffrait plus que leur maman. 

J'étais effondrée, prête à tout lâcher... 

De plus, ma belle-famille (ma famille est en Pologne) est devenue agressive envers moi, faisant tout pour m'intimider et me faire partir du foyer ou même me renvoyer en Pologne. 

Grâce au soutien et aux conseils d'un prêtre, j'ai décidé de rester mais, en même temps, sans faire barrage à la liberté de mon mari et de mes enfants. Dans ces conditions, être épouse et mère était difficile et douloureux. 

De ce fait, ma santé s'est à nouveau dégradée. Je n’ai réussi à tenir que grâce à la prière et j’ai pu lâcher prise en faisant confiance à Dieu. 

J'ai refusé le divorce par consentement mutuel car le mariage a pour moi une grande valeur. Le mot "amiable" était exclu car aucun dialogue "amical" avec mon mari, ni aucune médiation n'était possible. Il trouvait que j'étais coupable, que tous nos malheurs étaient à cause de moi. Je lui ai demandé pardon pour mon geste et tous les autres manquements mais il continuait de m'accuser (surtout auprès de nos enfants) d'être une mauvaise épouse et une mauvaise mère sans jamais se remettre en question. 

L’entourage de mon époux banalisait le divorce, mais ceux qui le conseillaient le plus fortement n'ont jamais vécu cette situation ! 

J'ai eu droit, dans mon entourage, aux commentaires « pourquoi ne pas faire vite ? », « pourquoi ne pas commencer une "nouvelle vie" ? » etc. J’ai beaucoup d’amis chrétiens divorcés et remariés civilement. Malgré leur soutien, je n'étais pas tout à fait à l'aise avec eux. Pourtant, je savais que je ne pouvais pas empêcher mon mari de divorcer et que je n'avais pas le droit de le retenir. 

Deux ans après la séparation, en 2014, grâce à une personne de ma paroisse, j'ai rencontré la Communion. J'étais heureuse que l'Eglise encourage le cheminement des personnes séparées ou divorcées qui veulent rester fidèles à la parole donnée et qui croient en la force de l'Esprit saint. 

Au début, j'ai eu peur d’être envahie mais les récollections ne sont pas trop fréquentes (trois fois par an) et sans obligation d’être présente à chaque fois. Au contraire, elles m’ont permis de "goûter" la Parole et d’apprécier la présence discrète des autres membres. 

Bien accueillie, je trouve à la Communion un lieu où "l'abandon" et "la solitude" ne sont pas des sujets tabous et où je peux cheminer vers le pardon pas-à-pas. Surtout, j’ai la joie de m’y retrouver d’abord en tant qu’être humain : "une femme et une maman"... 

Je ne peux plus sombrer dans le désespoir et imaginer que la vie s’arrête pour moi car la présence des frères et sœurs de la Communion témoigne qu’on peut continuer à vivre et établir une "nouvelle alliance" avec son conjoint, mais une alliance libérée du désir d'emprise, de l’idolâtrie et des illusions. C’est la seule façon de permettre à Celui qui nous aime inconditionnellement de "se mêler" de notre relation. Il nous apprend à aimer en vérité. 

Depuis, beaucoup de choses ont évolué : mes enfants sont plus proches de moi, mon mari semble "quitter son père et sa mère" et devient un père plus adulte. Je suis sur un chemin de guérison, surtout de guérison intérieure. 

Je ressens encore un malaise quand je compare ma famille en ruine avec les familles "complètes et harmonieuses". Surtout à propos des problèmes scolaires et psychologiques de mes enfants. 

Mais, pour Dieu, rien n'est impossible. Le jour de notre mariage j'ai entendu « ce n'est pas vous qui m'avez choisi mais c'est Moi qui vous ai choisis ». Donc, même indignes et pécheurs, mon mari et moi, on est tous les deux appelés à la sainteté, là où nous en sommes, sans "maquiller" la réalité. » 

Maria et Bruno - ILE-DE-FRANCE-AVON 

1 « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito » (Albert Einstein)

Tout a commencé avec ma "re-naissance", en 1995. 

Catherine et moi étions alors mariés depuis 20 ans et avions trois filles, de 18, 15 et 13 ans. Issu d’une famille catholique, j’en avais adopté la morale mais j’étais sans doute plus déiste que chrétien. Mariés à l’église sans avoir bénéficié d’aucune préparation, nous allions dans les débuts à la messe chaque dimanche mais n’avons jamais prié en famille. Avec le temps et mon implication professionnelle grandissante, l’amour puis la pratique dominicale se sont effilochés, au point de me faire écorner mes engagements de baptisé et d’époux... 

Des divergences de vue dans le groupe pour lequel je travaillais m’ont fait envisager de démissionner mais la négociation des conditions pécuniaires de ce départ se présentait mal. J’avais 44 ans et je ne voulais pas que nos enfants fassent les frais de ce changement de carrière. Le contrat de prévoyance qui me couvrait en cas de décès leur aurait apporté une sécurité financière totale. J’envisageai alors très sérieusement d’aller me mettre au service des lépreux, très près d’eux... Mais le Christ veillait. Il m'a conduit à l'Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux où j'ai passé quelques jours pour discerner. C'est alors que le Seigneur m'a retourné comme une crêpe et le père moine m'a réorienté d'autorité vers mon "devoir d'état". 

temoignage 338 1Cette reconversion professionnelle m’a obligé à repartir de zéro. J’ai ainsi progressivement appris le vrai sens du mot précarité (du latin precarius : "ce qui est obtenu par la prière"). Je me suis donc de plus en plus abandonné entre les mains de Dieu. Au point que, pour pouvoir lui donner concrètement la première place dans ma vie, je lui ai même confié le soin de m’amener des clients... Et Il a fait des merveilles en m’épargnant le désagrément de la prospection commerciale ! 

Nouvelle épreuve, en 2000... 

Lorsque Catherine est partie, si je n’avais pas été sûr d’être aimé par Dieu et solidement arrimé au Christ par ma conversion, j’aurais cette fois- ci vraiment commis l’irréparable... Grâce à Dieu, notre séparation s’est réalisée sans déchirements entre nous (même si la déchirure fut douloureuse pour moi) et dans un respect mutuel, je dirais même empreint d’une véritable affection. 

Notre fille aînée avait déjà quitté le foyer quelque temps plus tôt mais c’est le reste de la famille qui a éclaté : notre benjamine a suivi sa mère mais notre cadette est restée avec moi. Il m’a fallu apprendre à "tenir une maison" et j’eus beaucoup de mal dans les débuts (à vrai dire, j’en ai encore aujourd’hui). 

La fidélité s’est imposée à moi d’emblée comme évidente, mais j’ai vite éprouvé le besoin d’être soutenu spirituellement. L’appui de mon curé s’est révélé indéfectible et précieux mais je cherchais un mouvement d’Eglise pour ne pas rester isolé. 

En 2006, j’ai appris l’existence de la Communion 

C’est grâce à Famille chrétienne et au P. Alain Bandelier que j’ai trouvé l’ancrage spirituel que je cherchais. La Communion m’a aidé à découvrir les grâces issues du sacrement de mariage, que je ne cesse dorénavant, et encore aujourd’hui, d’expérimenter et d’approfondir. 

En "prime", moi qui suis fils unique de parents séparés quand j’avais un an, j’ai rencontré des frères et des sœurs, blessés comme moi mais qui cheminent tous dans cette belle voie de la fidélité. Avoir traversé les mêmes épreuves, bien que chaque cas soit particulier, évite les artifices et les faux-semblants et permet immédiatement un dialogue en vérité. De plus, c’est en percevant les blessures, fragilités et talents de ma nouvelle fratrie, que j’ai découvert les miens et ressenti une vraie complémentarité avec l’autre sexe. 

Mieux encore, j’ai aussi compris progressivement ma part de responsabilité dans notre séparation et pu cheminer vers le pardon. 

Du pardon unilatéral au pardon mutuel 

Dans les premiers mois de notre séparation, je me souviens d’avoir dit à mon épouse, en la conduisant à la gare, « je te pardonne » mais ce fut sans aucune réaction de sa part... 

Onze ans plus tard, réunis à Noël chez notre fille aînée, Catherine et moi avons eu une vive altercation. Lors de l’explication qui s’ensuivit, comme elle prétendait « tout faire pour me ménager », je lui ai rappelé qu’elle ne m’avait jamais demandé pardon d’être partie. Elle m’a alors pris au mot... et pris de court : tel un benêt, je n’ai pu que bredouiller que je ne pouvais répondre sur le champ. 

Il m’a fallu quelques semaines pour prendre conscience que cette demande de pardon, même fortement suggérée, était une grâce divine. Méditant tout cela, je m’aperçus que si j’étais resté muet, alors que je lui avais spontanément dit que je lui pardonnais des années auparavant, quand elle ne me demandait rien, c’était sans doute que j’avais mis la charrue avant les bœufs et que je ne pourrais réellement pardonner qu’en lui demandant pardon moi-même... En couple, en effet, il est rare qu’il n’y ait qu’un agresseur et un agressé, car chacun est, le plus souvent, tour à tour blessé et blessant. 

Quatre mois plus tard, en tête-à-tête, nous nous sommes mutuellement demandé et accordé ce pardon si apaisant, alléluia ! Cela fait maintenant plusieurs années que nos rencontres sont plus sereines, même si cette séparation me fait toujours mal... 

Foi et fidélité accompagnent la résilience des enfants 

Ma renaissance m’avait fait prendre conscience que je n’avais rien transmis à mes enfants de cette foi nouvelle qui m’habitait. Bien que "le temps perdu ne se rattrape jamais", j’ai éprouvé le besoin de leur insuffler un peu de cet enTHousiasme, dont le "TH" vient de Théo, qui avait embrasé leur père... C’est pourquoi, depuis plus de vingt ans, j’écris au fil de l’eau mes "pensées affectueuses" et je les leur offre chaque année à Noël. 

temoignage 338 2Quels que soient leur âge et le climat de la séparation, les enfants n’en sortent jamais indemnes :
- Notre aînée a été la moins touchée car elle avait déjà quitté le nid familial. Marié à l’Eglise, leur couple nous a donné depuis cinq petits-fils, tous enfants de Dieu par le baptême.
- Notre cadette s’est d’abord étourdie de substances et de relations délétères, puis s’est rapprochée du Christ au point d’avoir été confirmée en 2013, mais elle n’a pas encore trouvé l’âme sœur. 

- Quant à notre benjamine, qui avait 18 ans lors du séisme et était la plus investie dans l’Eglise, elle a tout jeté par-dessus bord. Elle disait encore il y a quelques années qu’elle ne voulait pas avoir d’enfant. Cependant, grâce à elle, nous avons aujourd’hui une petite-fille de trois ans... 

Au fur et à mesure, leurs réactions à mon égard ont évolué : après avoir été partagées entre le silence (pour se protéger) et les conseils de "refaire ma vie" (par incompréhension ou de peur que je vieillisse seul), nos filles m’ont révélé qu’elles me savent gré de mon témoignage de fidélité, car il leur sert de boussole et me permet d’être totalement disponible à la relation avec chacune d’elles. Elles ont maintenant entre 36 et 41 ans et continuent de cheminer grâce à Dieu... 

Pour conclure, j’aimerais partager avec vous deux phrases qui s’appliquent fort bien à notre situation et se combinent à merveille : 

- « Les yeux qui n’ont pas pleuré ne voient rien » (Louis Veuillot)
- «
Celui qui n’est pas tombé ne sera jamais relevé » (Charles Péguy) 

Bruno (Saint-Maur-des-Fossés) - ILE-DE-FRANCE-AVON 

temoignage 337 1 1Voici le témoignage que Cathy, une femme mariée et séparée venue du Minnesota, nous a livré au cours d'une soirée de la retraite. 

« Je trouve très étrange de passer une semaine à Nevers sans bien savoir pourquoi je suis ici et je commence à réaliser ce que je suis en train de vivre et que c’est un appel de Dieu. 

Je suis séparée de mon mari depuis dix ans : nous avons ressenti, mes cinq filles et moi-même, les mêmes émotions que vous : honte, peur, sentiment d’être des victimes, épreuve de deuil. J’ai eu à remplir les papiers de notre divorce pendant la semaine sainte : j’ai alors traversé ma propre passion, en communion avec celle du Christ, bien que je ne l’aie pas fait avec autant de sainteté : j’ai pleuré et pleuré toute la semaine. Vint le vendredi saint, le jour où nous embrassons le crucifix.