Témoignages

temoignage 337 1 1Voici le témoignage que Cathy, une femme mariée et séparée venue du Minnesota, nous a livré au cours d'une soirée de la retraite. 

« Je trouve très étrange de passer une semaine à Nevers sans bien savoir pourquoi je suis ici et je commence à réaliser ce que je suis en train de vivre et que c’est un appel de Dieu. 

Je suis séparée de mon mari depuis dix ans : nous avons ressenti, mes cinq filles et moi-même, les mêmes émotions que vous : honte, peur, sentiment d’être des victimes, épreuve de deuil. J’ai eu à remplir les papiers de notre divorce pendant la semaine sainte : j’ai alors traversé ma propre passion, en communion avec celle du Christ, bien que je ne l’aie pas fait avec autant de sainteté : j’ai pleuré et pleuré toute la semaine. Vint le vendredi saint, le jour où nous embrassons le crucifix. 

Temoignage 337 1Quand j’étais enfant, et que je demandais à ma mère pourquoi on embrassait les pieds de Jésus, elle me répondait : « Regarde ce qu’il a souffert pour nous, on embrasse ses pieds pour le consoler. » J’étais alors à genoux et j’ai prié : « Ô Jésus j’embrasse ta croix ! » J’entendis aussi clair que le son d’une cloche : « Je ne veux pas que tu embrasses ma croix mais que tu embrasses ta croix. » Je n’ai pas trop aimé... Comment pouvais-je embrasser quelque chose d’aussi moche : je ne voulais pas du divorce, je ne pouvais pas embrasser le divorce, alors j’ai discuté avec le Seigneur : « Pourquoi cela ? Et puis, je ne sais pas trop comment le faire... Tu dois me montrer comment. » Et quand je me suis approchée du crucifix, je lui ai donné mon "fiat". 

Pendant les trois ans qui ont suivi, l’Esprit Saint m’a soufflé comment embrasser ma croix et j’ai fondé un groupe similaire au vôtre il y a six ans, intitulé "Époux fidèles" : c’est un groupe très petit, un bébé comparé au vôtre. Martin a alors entendu parler de notre groupe, et m’a contactée. Je crois sincèrement que Dieu m’a appelée, ici, pour mieux connaître la Communion... et pour faire évoluer notre petit groupe, qui sera peut-être le premier groupe affilié aux USA. 

Dans le désordre, je vais vous faire part de ma propre expérience. Avec cinq enfants, j’étais très préoccupée par la brisure de notre couple : comment nos filles pourront-elles croire au sacrement du mariage ? Je leur ai expliqué la différence entre le divorce civil et un mariage-alliance, et elles l’ont compris, surtout en voyant ce que je vivais. Dieu m’a appris à pardonner puis à partager les bons moments que nous avions vécus avec leur père. 

Quand j’ai commencé à embrasser la croix, j’étais révoltée, puis Dieu m’a fait comprendre que je devais le faire avec tendresse: la communauté devait voir en moi une nouvelle personne, avec de la consistance... Mon époux a appris, au cours des années, à appuyer sur les boutons qui font mal... et je devais apprendre à ne pas réagir... ne pas hurler en retour... Quelques onomatopées, d’abord, puis répondre très gentiment. Nos enfants ont commencé à voir que j’étais vraie et même mon mari a vu un réel changement. 

Un psychologue américain a fait une étude sur les enfants de divorcés : les taux d’échec scolaire, les niveaux d’alcoolisme et de drogue, le pourcentage de grossesses hors mariage, étaient plus élevés que dans le reste de la population... Mais, lorsque l’un des deux reste fidèle, ces statistiques ne sont plus valables. Quand mes filles étaient en colère vis à vis de leur père, je rétorquais que c’était un homme bon... J’ai demandé à Dieu de purifier ma mémoire ainsi que celle de mes filles, puisque nous pouvions nous rappeler les moments où il était un homme honorable... Je pouvais alors embrasser la croix avec amour. 

temoignage 337 2Deuxième expérience, celle du jeûne : je suis du Kentucky... J’ai réalisé l’importance du jeûne et j’ai demandé au Seigneur quel jeûne je pouvais faire sur une longue période pour la guérison de mon mariage et pour le salut de mon mari. Ce fut « Ne boire que de l’eau, soit jusqu’à son retour, soit jusqu'à la mort de l’un de nous... » Mes filles m’y ont aidée car, lors d’un pique-nique paroissial il y a 2 ans, j’ai failli craquer pour un verre de limonade, c’est une de mes filles qui m’a reprise : « Non, Maman, Dieu veut que tu deviennes une sainte, sainte Catherine-du- Kentucky... » et je n’ai alors bu que de l’eau... Dans le but d’aider nos enfants, nous devons nous tourner vers Dieu. 

J’ai eu l’image du trou de lance dans le cœur du Christ, de pénétrer moi-même dans cette blessure pour être en sécurité et devenir une sainte. De cette manière j’ai appris à devenir aimante, paisible et à embrasser la Croix avec tendresse. Se centrer sur le présent, juste pour aujourd’hui... Embrasse ta croix aujourd’hui. 

Le recours à saint Joseph : je râlais souvent, et étais irritée de ne pouvoir être à la fois mère et père... Dieu m’a dit alors : « Prends saint Joseph pour être le père de tes enfants ». J’ai alors appris que d’être le père, le protecteur de mes enfants n’était pas mon problème mais celui de saint Joseph et j’ai commencé à trier les problèmes... Saint Joseph s’est manifesté miraculeusement de nombreuses fois : des chèques me parvenaient par la poste, des gens me donnaient de l’argent à l’église, y compris lorsque leur père a cessé de payer les études d’une de mes filles en milieu d’année... J’ai dit à ma fille que son problème était d’étudier et que l’argent était celui de saint Joseph. Mais un jour où saint Joseph ne suffisait pas pour transporter des meubles à l’étage, trois séminaristes ont frappé à ma porte... J’ai ainsi appris à embrasser la croix à travers la foi. 

Vous, les hommes, demandez à la sainte Vierge d’être la mère de substitution de vos enfants... 

En conclusion, je définirai trois étapes : 

- Au départ, on se sent paniqué : restez tranquille, prenez le temps du deuil. Juste dites « oui, j’embrasse la croix ». Vous sentirez la paix vous 

envahir de plus en plus. 

- Creusez de plus en plus profondément votre sacrement : « refais ta vie, avance ! » nous dit-on mais Dieu nous invite à aller plus loin Nous avons l’opportunité d’aimer alors que la plupart des couples ne l’ont pas: grâce à l’absence de réciprocité dans l’amour, nous sommes comme le Christ sur la croix qui déverse son amour sans rien en retour. 

- Allez de l’avant et témoignez : c’est embrasser la croix avec joie. 

Cathy (Minnesota) – U.S.A. 

« Nous étions deux à prononcer le
« OUI » pour que notre mariage soit ! Il a suffi de son « NON » pour que la rupture soit ! » 

« Quand je me suis mariée le 31 juillet 1982, quand nous nous sommes mariés Bruno et moi, c’était pour la vie... Nous nous étions connus aux scouts – sens de l’engagement, de la promesse, de la parole donnée, de la fidélité – dans la ligne de l’éducation reçue de nos parents catholiques pratiquants. 

temoignage 337 3Pour des raisons d’études à terminer puis professionnelles nous avons commencé les premières années de notre vie conjugale séparés la semaine, ne nous retrouvant que les week-ends et les vacances. Toutes ces séparations subies mais consenties en attendant des jours meilleurs nous avaient donné l’horreur des valises et des « au revoir »... plus jamais ça ! 

Notre première enfant s'annonçant, j'ai rejoint Bruno : nous nous sommes enfin retrouvés pour vivre ensemble la semaine et le week-end. Une "vraie" vie de couple et bientôt de famille nous comblait, nous donnant la joie de nous retrouver le soir et de nous réveiller le matin côte à côte... Les valises étaient posées, plus jamais séparés ! L'épreuve était surmontée. 

Nous avons été intégrés à la vie de la paroisse : pratiquants réguliers, nous avons été sollicités pour accompagner les jeunes fiancés dans le cadre du Centre de préparation au mariage. Un 2e puis un 3e et un 4e enfant consolidaient la famille, nous rappelant qu'ils étaient la vraie richesse de notre vie ! 

Une alerte de santé chez mon mari, petite mais sérieuse, nous a fait décider, à la fin de mon congé parental, de reprendre mon poste... laissé à Bordeaux : à nouveau, les valises en attendant une mutation qui est venue 18 mois plus tard. 

Notre famille réunie, n'ayant pas de souci majeur de santé ni de travail, nous avancions, de projet réalisé en projet à venir... Mon mari évoluait dans un métier qui lui convenait, je m'épanouissais dans ma vocation d'épouse et de mère, mon travail étant compatible avec ma vie de famille. Nous avions des projets "normaux" de famille "normale", les enfants grandissaient, nous retrouvions un peu de "liberté" dans notre vie de couple, nous étions devenus complices, nous comprenant d'un regard, nous "amusant" de nos particularités de caractères parfois bien trempés... Nous avions construit notre bonheur en consentant à des sacrifices personnels et nous avions gagné une joie de vivre et une certaine sagesse qui nous faisait relativiser beaucoup de choses : nous avions appris comment fonctionner individuellement et en couple... S'ouvrait devant nous le bonheur de voir grandir nos enfants, de les aider à franchir les différentes étapes – adolescence qui commençait à poindre pour les aînées – et nous étions prêts à les affronter ensemble... Bref, nous vivions des grâces d’un 

week-end "Amour et partage" où Bruno avait écrit sur le cahier : « le plus beau jour de ma vie c’est le jour de notre MARIAGE... tu m’as donné de beaux enfants, maintenant nous allons leur donner le meilleur... » Bruno était très fier de sa famille, de ses enfants dont il aimait parler, de sa femme... 

Et puis, un jour, mon mari s'est fermé, il a coupé toute communication : j'ai cru au début qu'il avait des soucis au travail (il avait un poste à responsabilité) et je comptais sur les vacances traditionnelles au ski pour en discuter... Mais j'ai dû me rendre à l'évidence : son problème c'était moi, c'était nous, c'était sa vie "à la maison"... Isolement, coupure avec toute pratique religieuse, annulations d'invitations... Dans sa tête, il était déjà parti mais je n'ai rien vu venir... Nous n'avons pas fêté notre 19e anniversaire de mariage ensemble ! Alors que les enfants préparaient leur rentrée scolaire, lui préparait ses valises... Oui, ce fut un tsunami, un chaos total: plus d'emprise sur aucun événement, impuissance totale devant ce qu'il nous impose aux enfants et à moi... 

Nous étions deux à prononcer le « OUI » pour que notre mariage soit et il a suffi de son « NON » pour que la rupture soit... Mais le Seigneur veillait sur sa petite église domestique ! Il m'a conduite chez des sœurs bénédictines et Il a parlé à mon cœur. Il avait entendu Bruno me dire « je ne t’aime plus, je ne t’ai jamais aimée, je ne t’aimerai jamais plus, c’est définitif et sans retour, tu n’es pas assez bien pour moi » et Lui me disait « Je t’aime depuis toujours et pour toujours, tu as du prix à mes yeux je suis le Dieu fidèle. Et toi, m’aimes-tu ? Jusqu’où m’aimes-tu ? Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée : vois, je t’ai aimée jusqu’à la Croix ! Et toi, veux-tu m’aimer ? Veux-tu aimer ton époux comme je t’aime ? Et avec tout l’amour que je mets en toi pour l’aimer ? » 

Oh oui, Seigneur ! Moi non plus ce n’était pas pour rire que je lui ai dit que je l’aimerais jusqu’à la mort... Alors, je vais continuer, essayer de continuer... Aide-moi à tenir ma promesse de lui être fidèle dans l’amour ! Et ma prière – « Seigneur, délivre-moi de cette souffrance » – s'est transformée en « merci Seigneur ! Puisqu’elle est signe d'amour, plutôt souffrir que de ne plus aimer...» Que cette souffrance soit joie de participer à la Tienne ! » 

Et aujourd'hui, Il m'aide à travers la Communion Notre-Dame de l'Alliance où tous ensemble nous nous soutenons, nous nous relevons quand nous tombons. Rester fidèle c'est non seulement ne pas entraver le plan de réconciliation du Père mais c'est aussi le hâter... La fidélité n'est pas une idée, elle est un chemin, un chemin de joie et de paix dans la certitude de retrouver mon époux dans le cœur du Père qui nous attend pour les noces éternelles ! 

Par le sacrement de mariage, le Seigneur nous a inscrits au plus profond du cœur l'un de l'autre, unis à jamais dans le Sien. C'est pour cela que je sens Bruno vivant en moi : ce que Dieu a uni, non seulement l'homme ne doit pas le séparer mais il ne PEUT pas le séparer ! Les grâces du sacrement s'expriment bien dans ces paroles de mon fils : « la plus grande preuve d'amour qu'une mère peut donner à ses enfants c'est de continuer à aimer leur père ! » 

Alléluia ! » 

Christiane (Lescar) – AQUITAINE 

Pendant la retraite, le Père Cieutat nous invite à réfléchir à la question suivante : « je n’ai pas épousé un saint, mais un pécheur. Comment puis- je l’accepter et le vivre ? » J’ai donc témoigné en groupe de partage et Sabine m’a suggéré de l’écrire pour l’Anneau de Feu. 

temoignage 1 336« En 1985, je me donnais à Bernard et le recevais comme époux. Mon engagement était total et plein d’espérance car nous nous appuyions sur le Seigneur. Les nuages ont immédiatement assombri notre alliance. Un an après notre mariage, mon accompagnateur spirituel, prêtre, prononce le mot « perversion » et soulève la question de la validité du sacrement de mariage. C’est inenvisageable pour moi. Je choisis de m’appuyer sur le sacrement pour vivre la vie conjugale. Elle sera très difficile. 

En 2008, un évènement douloureux me fait quitter précipitamment le domicile, je me réfugie dans une structure qui reçoit des femmes victimes de violences. Je rencontre des professionnels qui m’écoutent, m’aident à comprendre la violence psychologique, et proposent de m’accompagner vers une séparation. Ce n’est pas ce que je souhaite, je regagne le domicile et m’enfonce progressivement dans une voie sans issue. 

En 2012, je participe à un parcours "Béthasda". L’invitation « Lève-toi et marche » me fait choisir la vie. Je quitte mon conjoint et nous divorçons civilement par consentement mutuel. Que s’est- il passé ce jour où nous nous donnions le sacrement de mariage ? Où étais-tu Seigneur ? La question du mariage contracté devant Dieu me trouble pendant des mois. Je la soulève avec le prêtre cité plus haut, réfléchis avec mon accompagnateur spirituel et envisage finalement de la soumettre à l’Eglise. 

C’est alors que je fais une retraite spirituelle. Le premier jour, je rencontre un prêtre à qui je confie mon parcours. Sa réponse, dite au nom du Seigneur, va me donner une paix profonde. Je la transcris : 

temoignage 2 336"Que le seigneur vous apporte la paix. Vous avez aimé et, aveuglée, vous n’avez pas vu, ou ne vouliez pas voir la perversion que le prêtre avait signalée dès le début de votre mariage. Vous n’avez pas à demander pardon à votre mari, ni à lui donner le pardon. Il est comme cela psychiquement. En a-t-il conscience ? Votre engagement était sans doute sincère des deux côtés et le vécu s’est imposé. Soyez fidèle à vous-même. Ce n’est pas un coup de goupillon qui effacera un amour, l’accueil des enfants et une vie commune de près de trente ans. Vous avez aimé, vous aimez toujours, vous ne souhaitez pas examiner la validité du sacrement de mariage et ne le ferez peut-être jamais. Vous faites des reproches au Seigneur, Il ne vous en veut pas et vous accompagne fidèlement. Qu’Il vous bénisse, vous, votre mari, vos enfants, et vous accorde sa paix." 

Une grande paix m’a immédiatement envahie. Je savais que je pouvais continuer à aimer et continuer à m’appuyer sur le sacrement de mariage car les grâces du sacrement nous ont toujours accompagnés et elles continueront à nous accompagner malgré la séparation. » 

Monique (Metz) – LORRAINE-CHAMPAGNE-ARDENNE