Témoignages

« Nous étions deux à prononcer le
« OUI » pour que notre mariage soit ! Il a suffi de son « NON » pour que la rupture soit ! » 

« Quand je me suis mariée le 31 juillet 1982, quand nous nous sommes mariés Bruno et moi, c’était pour la vie... Nous nous étions connus aux scouts – sens de l’engagement, de la promesse, de la parole donnée, de la fidélité – dans la ligne de l’éducation reçue de nos parents catholiques pratiquants. 

temoignage 337 3Pour des raisons d’études à terminer puis professionnelles nous avons commencé les premières années de notre vie conjugale séparés la semaine, ne nous retrouvant que les week-ends et les vacances. Toutes ces séparations subies mais consenties en attendant des jours meilleurs nous avaient donné l’horreur des valises et des « au revoir »... plus jamais ça ! 

Notre première enfant s'annonçant, j'ai rejoint Bruno : nous nous sommes enfin retrouvés pour vivre ensemble la semaine et le week-end. Une "vraie" vie de couple et bientôt de famille nous comblait, nous donnant la joie de nous retrouver le soir et de nous réveiller le matin côte à côte... Les valises étaient posées, plus jamais séparés ! L'épreuve était surmontée. 

Nous avons été intégrés à la vie de la paroisse : pratiquants réguliers, nous avons été sollicités pour accompagner les jeunes fiancés dans le cadre du Centre de préparation au mariage. Un 2e puis un 3e et un 4e enfant consolidaient la famille, nous rappelant qu'ils étaient la vraie richesse de notre vie ! 

Une alerte de santé chez mon mari, petite mais sérieuse, nous a fait décider, à la fin de mon congé parental, de reprendre mon poste... laissé à Bordeaux : à nouveau, les valises en attendant une mutation qui est venue 18 mois plus tard. 

Notre famille réunie, n'ayant pas de souci majeur de santé ni de travail, nous avancions, de projet réalisé en projet à venir... Mon mari évoluait dans un métier qui lui convenait, je m'épanouissais dans ma vocation d'épouse et de mère, mon travail étant compatible avec ma vie de famille. Nous avions des projets "normaux" de famille "normale", les enfants grandissaient, nous retrouvions un peu de "liberté" dans notre vie de couple, nous étions devenus complices, nous comprenant d'un regard, nous "amusant" de nos particularités de caractères parfois bien trempés... Nous avions construit notre bonheur en consentant à des sacrifices personnels et nous avions gagné une joie de vivre et une certaine sagesse qui nous faisait relativiser beaucoup de choses : nous avions appris comment fonctionner individuellement et en couple... S'ouvrait devant nous le bonheur de voir grandir nos enfants, de les aider à franchir les différentes étapes – adolescence qui commençait à poindre pour les aînées – et nous étions prêts à les affronter ensemble... Bref, nous vivions des grâces d’un 

week-end "Amour et partage" où Bruno avait écrit sur le cahier : « le plus beau jour de ma vie c’est le jour de notre MARIAGE... tu m’as donné de beaux enfants, maintenant nous allons leur donner le meilleur... » Bruno était très fier de sa famille, de ses enfants dont il aimait parler, de sa femme... 

Et puis, un jour, mon mari s'est fermé, il a coupé toute communication : j'ai cru au début qu'il avait des soucis au travail (il avait un poste à responsabilité) et je comptais sur les vacances traditionnelles au ski pour en discuter... Mais j'ai dû me rendre à l'évidence : son problème c'était moi, c'était nous, c'était sa vie "à la maison"... Isolement, coupure avec toute pratique religieuse, annulations d'invitations... Dans sa tête, il était déjà parti mais je n'ai rien vu venir... Nous n'avons pas fêté notre 19e anniversaire de mariage ensemble ! Alors que les enfants préparaient leur rentrée scolaire, lui préparait ses valises... Oui, ce fut un tsunami, un chaos total: plus d'emprise sur aucun événement, impuissance totale devant ce qu'il nous impose aux enfants et à moi... 

Nous étions deux à prononcer le « OUI » pour que notre mariage soit et il a suffi de son « NON » pour que la rupture soit... Mais le Seigneur veillait sur sa petite église domestique ! Il m'a conduite chez des sœurs bénédictines et Il a parlé à mon cœur. Il avait entendu Bruno me dire « je ne t’aime plus, je ne t’ai jamais aimée, je ne t’aimerai jamais plus, c’est définitif et sans retour, tu n’es pas assez bien pour moi » et Lui me disait « Je t’aime depuis toujours et pour toujours, tu as du prix à mes yeux je suis le Dieu fidèle. Et toi, m’aimes-tu ? Jusqu’où m’aimes-tu ? Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée : vois, je t’ai aimée jusqu’à la Croix ! Et toi, veux-tu m’aimer ? Veux-tu aimer ton époux comme je t’aime ? Et avec tout l’amour que je mets en toi pour l’aimer ? » 

Oh oui, Seigneur ! Moi non plus ce n’était pas pour rire que je lui ai dit que je l’aimerais jusqu’à la mort... Alors, je vais continuer, essayer de continuer... Aide-moi à tenir ma promesse de lui être fidèle dans l’amour ! Et ma prière – « Seigneur, délivre-moi de cette souffrance » – s'est transformée en « merci Seigneur ! Puisqu’elle est signe d'amour, plutôt souffrir que de ne plus aimer...» Que cette souffrance soit joie de participer à la Tienne ! » 

Et aujourd'hui, Il m'aide à travers la Communion Notre-Dame de l'Alliance où tous ensemble nous nous soutenons, nous nous relevons quand nous tombons. Rester fidèle c'est non seulement ne pas entraver le plan de réconciliation du Père mais c'est aussi le hâter... La fidélité n'est pas une idée, elle est un chemin, un chemin de joie et de paix dans la certitude de retrouver mon époux dans le cœur du Père qui nous attend pour les noces éternelles ! 

Par le sacrement de mariage, le Seigneur nous a inscrits au plus profond du cœur l'un de l'autre, unis à jamais dans le Sien. C'est pour cela que je sens Bruno vivant en moi : ce que Dieu a uni, non seulement l'homme ne doit pas le séparer mais il ne PEUT pas le séparer ! Les grâces du sacrement s'expriment bien dans ces paroles de mon fils : « la plus grande preuve d'amour qu'une mère peut donner à ses enfants c'est de continuer à aimer leur père ! » 

Alléluia ! » 

Christiane (Lescar) – AQUITAINE 

Pendant la retraite, le Père Cieutat nous invite à réfléchir à la question suivante : « je n’ai pas épousé un saint, mais un pécheur. Comment puis- je l’accepter et le vivre ? » J’ai donc témoigné en groupe de partage et Sabine m’a suggéré de l’écrire pour l’Anneau de Feu. 

temoignage 1 336« En 1985, je me donnais à Bernard et le recevais comme époux. Mon engagement était total et plein d’espérance car nous nous appuyions sur le Seigneur. Les nuages ont immédiatement assombri notre alliance. Un an après notre mariage, mon accompagnateur spirituel, prêtre, prononce le mot « perversion » et soulève la question de la validité du sacrement de mariage. C’est inenvisageable pour moi. Je choisis de m’appuyer sur le sacrement pour vivre la vie conjugale. Elle sera très difficile. 

En 2008, un évènement douloureux me fait quitter précipitamment le domicile, je me réfugie dans une structure qui reçoit des femmes victimes de violences. Je rencontre des professionnels qui m’écoutent, m’aident à comprendre la violence psychologique, et proposent de m’accompagner vers une séparation. Ce n’est pas ce que je souhaite, je regagne le domicile et m’enfonce progressivement dans une voie sans issue. 

En 2012, je participe à un parcours "Béthasda". L’invitation « Lève-toi et marche » me fait choisir la vie. Je quitte mon conjoint et nous divorçons civilement par consentement mutuel. Que s’est- il passé ce jour où nous nous donnions le sacrement de mariage ? Où étais-tu Seigneur ? La question du mariage contracté devant Dieu me trouble pendant des mois. Je la soulève avec le prêtre cité plus haut, réfléchis avec mon accompagnateur spirituel et envisage finalement de la soumettre à l’Eglise. 

C’est alors que je fais une retraite spirituelle. Le premier jour, je rencontre un prêtre à qui je confie mon parcours. Sa réponse, dite au nom du Seigneur, va me donner une paix profonde. Je la transcris : 

temoignage 2 336"Que le seigneur vous apporte la paix. Vous avez aimé et, aveuglée, vous n’avez pas vu, ou ne vouliez pas voir la perversion que le prêtre avait signalée dès le début de votre mariage. Vous n’avez pas à demander pardon à votre mari, ni à lui donner le pardon. Il est comme cela psychiquement. En a-t-il conscience ? Votre engagement était sans doute sincère des deux côtés et le vécu s’est imposé. Soyez fidèle à vous-même. Ce n’est pas un coup de goupillon qui effacera un amour, l’accueil des enfants et une vie commune de près de trente ans. Vous avez aimé, vous aimez toujours, vous ne souhaitez pas examiner la validité du sacrement de mariage et ne le ferez peut-être jamais. Vous faites des reproches au Seigneur, Il ne vous en veut pas et vous accompagne fidèlement. Qu’Il vous bénisse, vous, votre mari, vos enfants, et vous accorde sa paix." 

Une grande paix m’a immédiatement envahie. Je savais que je pouvais continuer à aimer et continuer à m’appuyer sur le sacrement de mariage car les grâces du sacrement nous ont toujours accompagnés et elles continueront à nous accompagner malgré la séparation. » 

Monique (Metz) – LORRAINE-CHAMPAGNE-ARDENNE 

J’ai rencontré mon mari Roland, qui revenait de la guerre d’Algérie, dans un groupe lyrique où nous chantions des opérettes. Il était alors âgé de 22 ans et moi de 20 ans. Sa passion pour moi et son charme me convainquirent et j'acceptais de devenir sa femme après un temps de fiançailles. Mais il venait me voir dans mon petit logement et je me suis retrouvée enceinte deux mois avant notre mariage.

Nous habitions un vieux pavillon datant d'avant-guerre, sans aucun confort (W-C dans le jardin), en attendant de pouvoir acheter un appartement. Travaillant dur, je ne me voyais pas avec un bébé dans ces conditions. Roland ne me soutenant pas, je me suis fait avorter par une « faiseuse d'anges » comme on disait avant. L'avortement est une blessure profonde pour une femme et ce remords me poursuit encore malgré le pardon reçu du Seigneur.

Nous avons tous des blessures. Quant à moi, j'étais l'aînée de six enfants issus du remariage de mes parents, qui eux-mêmes traumatisés par des drames les ayant touchés de près l'un et l'autre : mort brutale de chacun de mes oncles, l'un pendu dans le jardin et l'autre fusillé par les Allemands.

Après cinq ans de mariage, un fils nous est né, qui faisait notre joie. Mais Roland a pris de l'ascendant sur moi, me méprisant, m’abaissant et m’humiliant devant les enfants, surtout depuis la naissance de notre fille, deux ans plus tard, affligée d’un « bec de lièvre ». Mon mari m'aidait tout de même beaucoup à la maison et je lui en étais reconnaissante mais je ne me sentais pas vraiment comprise ni aimée en tant que femme, recevant peu de tendresse et plutôt malmenée dans nos relations intimes. Lui-même, fils unique d’un père dominateur, a voulu suivre ses traces et m'imposait ses façons. Nous étions trop différents, lui le « bon vivant », comme on dit, et moi discrète, blessée et intériorisée. J'ai essayé de le lui faire comprendre sans succès et je me suis murée de plus en plus dans le silence.

J'aurais dû partir mais je ne me sentais pas assez forte et plutôt brisée. Je craignais mon mari et sa violence. J'ai commencé une longue période de dépression à partir de 1976 avec des temps d’hospitalisation de deux à trois mois, dont je garde le souvenir déchirant des séparations douloureuses d’avec mes enfants.

Nos deux enfants vont connaitre une maman dépressive, et ce calvaire, avec des rémissions, va durer 22 ans jusqu’à notre divorce.

temoignage 332Durant cette dépression, après trois semaines d'arrêt maladie, je repris mon travail en sachant que mon mari avait fait une nouvelle demande pour me faire hospitaliser en psychiatrie. Sur une réflexion ironique de mon supérieur me conseillant d'aller me reposer, le 16 janvier 1988, je pris l'ascenseur pour monter au huitième étage à la terrasse de la cafétéria de mon bureau, pour en finir. Au fond du désespoir, je fis ma prière au Seigneur avant de sauter et là, ô miracle, merci mon Dieu, ma chute d’une vingtaine de mètres fut amortie par le toit d'une voiture qui n'était pas là avant ma prière. Je m’en suis sortie avec une simple côte cassée.

Ce fut pour moi la révélation que Dieu m'aimait, qu'Il était là, que je n'étais pas seule et que je devais continuer de vivre, mais autrement. Il m'a en effet guidée par la suite vers des groupes de prière, m’a donné progressivement le besoin de me rendre quotidiennement à la messe, d’y communier et d’y accueillir d’autres blessés de la vie...

Peu à peu, Jésus m’a guérie et je sens Marie à mes côtés grâce à la Communion Notre-Dame-de-l'Alliance. Elle veille sur nous, les frères et sœurs fidèles à notre sacrement de mariage, avec les prêtres qui nous accompagnent. Nous formons une belle chaîne d'amitié entre nous. Cela me rend heureuse et me donne la liberté des enfants de Dieu.

Mes deux enfants ont eu à gérer leurs propres blessures et ont choisi des conjoints à problème aussi mais solides. Je les vois heureux dans leur foyer avec leurs enfants et j'en rends grâce à Dieu. Je crois que je suis arrivée à pardonner à Roland car je prie pour lui et eux tous chaque jour.

Danièle (Evry) – ILE-DE-FRANCE (AVON)