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olivierbDe nos jours encore, y a-t-il possibilité de penser à un engagement dans la durée ? L’amour est-il fait pour être éternel ? Tu me diras que je ne suis peut-être pas le mieux indiqué pour répondre à cette question puisque je suis séparé de mon épouse depuis seize ans.

Je pense au contraire que nos vingt-huit ans de vie commune et ces seize ans vécus chacun de notre côté m’ont permis de réfléchir sur ce qui nous était arrivé et de constater que malgré la séparation, mon engagement dure toujours.
Depuis des siècles et des siècles, et même des millénaires, les hommes et les femmes se sont posé cette question sur la durée de l’amour et de nombreux écrivains ont traité ce sujet. Je ne te donnerai que deux exemples : Orphée et Eurydice où Orphée se transforme en héros et part outre-tombe à la recherche d’Eurydice pour la ramener dans le monde des vivants. Roméo et Juliette, quant à eux, préfèrent la mort plutôt que de devoir renoncer à leur engagement.
Aujourd’hui, cette question de la durée de l’engagement peut sembler incongrue. Nous sommes à l’époque du « je prends, j’utilise et je jette », même dans les relations entre homme et femme. Tu connais certainement des garçons qui collectionnent les conquêtes féminines et se vantent de leur tableau de chasse, et les filles maintenant suivent le même chemin ! Alors, peut-on encore en ce début de troisième millénaire dire l’amour éternel ?A la différence des animaux qui sont soumis au rut saisonnier, Aristote remarquait, dans son « Enquête sur les animaux », que l’homme s’accouple en toute saison. Ce qui permet à Fabrice Hadjadj (« Mâle et femelle à son image », conférence de Carême, Parole et Silence, 2010) d’écrire que « si la sexualité humaine s’enracine dans une tendance végétative et animale, elle n’est pleinement déterminée que par ce qui fait l’homme, à savoir son intelligence et sa liberté. » Tu vas me dire que tout cela est bien intellectuel et que tu n’es pas plus éclairé. Tu veux du concret ! Pour moi, ce qui est fondamental et un gage de durée, c’est le regard que tu portes sur l’autre. Si ton regard est possessif et centré sur ton nombril, si tu ne cherches que ton seul plaisir, alors il y a un grand risque pour que ton engagement ne dure pas. Une fois assouvis ton désir et ton pouvoir, une fois passé l’attrait de la nouveauté, tu t’ennuieras et tu iras voir ailleurs. Au contraire, ton regard sur l’autre au lieu d’être un regard de possession doit être un regard de don. Si tu te donnes au lieu de prendre, si tu es prêt à faire passer l’autre avant toi, son plaisir avant le tien, son bien-être avant le tien, si tu es prêt à donner ta vie pour l’autre, alors tu es sur le bon chemin. Accepte donc l’autre tel qu’il est et n’essaie pas de le transformer pour qu’il devienne ce que tu voudrais qu’il soit !N’oublie pas que l’homme n’est pas seulement un corps. Il est corps, âme et esprit. Le corps, tu sais ce que c’est. L’âme représente toutes tes capacités naturelles, psychologiques, intellectuelles et morales. Enfin l’esprit, c’est ta vie spirituelle et l’irruption de la grâce divine en toi. L’union ne doit pas se limiter au seul corps car elle restera incomplète. Par-delà l’union des corps, il y a l’union de deux êtres, corps, âme et esprit. C’est cette rencontre au plus profond de nous qui transfigure cette union corporelle et qui va cimenter cette recherche de l’autre, cette écoute de l’autre qui va me permettre de grandir et de faire grandir l’autre, qui va me permettre de m’épanouir et de laisser l’autre s’épanouir. Alors, oui ! Tu pourras envisager ton engagement dans la durée car ce sera l’engagement de deux enfants de Dieu.