Imprimer

annick-coudertMars 1988. Mon mari me dépose devant mon lieu de travail. Avant de descendre de la voiture, j’entends cette parole : « tu ne me verras pas ce soir, je te quitte pour une autre femme ».

Je me suis effondrée dans mon bureau. J’avais 34 ans, lui 32. Nous étions mariés depuis onze ans, notre fils avait huit ans et nous avions des difficultés pour attendre un deuxième enfant. Rien ne laissait présager cette rupture ; nous nous entendions bien. Pendant quatre ans, j’ai ressassé des tas de questions : pourquoi moi ? Qu’est-ce qui n’a pas été ? Comment ai-je pu être aveugle sur sa double vie ?
Après notre divorce, j’avais le désir de «  refaire ma vie »… comme on dit !
Mais quatre ans plus tard, j’ai vécu un grand bouleversement lors d’une retraite au Foyer de Charité de Baye, près d’Epernay. Dans la bibliothèque, j’ai découvert le livre de Paul Salaün, l’un des  fondateurs de la Communion Notre-Dame d’Alliance. Des personnes ayant vécu une rupture y témoignaient qu’elles voulaient rester fidèles au sacrement de mariage   Après un long combat, j’ai eu la certitude que c’était le chemin que je devais suivre.
Pendant le sacrement de réconciliation, j’ai dit au prêtre que je vivais mal le fait d’être divorcée dans l’Eglise. Le prêtre m’a dit : « Votre divorce est un acte civil mais votre mariage est un acte sacré, vous êtes l’unique femme de votre mari, vous serez toujours son unique femme dans le Seigneur ». A cet instant, une chape de plomb est tombée de mes épaules et j’ai été envahie d’une grande paix. Le Seigneur m’a donné son regard de miséricorde sur mon mari et la grâce de lui rester fidèle. Depuis ce jour, j’ai reçu grâce après grâce pour vivre ce que je devais vivre. J’ai eu beaucoup de choses difficiles à traverser, notamment les trois naissances dans le nouveau foyer de mon mari, mais à chaque fois la grâce du pardon m’a été donnée.
J’ai rejoint dans mon diocèse la Communion Notre-Dame de l’Alliance et je vis la fidélité avec beaucoup de liberté et une grande joie ; c’est une grâce qui m’a été donnée, un appel que j’ai reçu. Je connais des personnes divorcées qui sont engagées dans une nouvelle union et je les respecte. Je sais qu’il n’y a pas d’impasse pour Dieu qui est attentif à chacun et que tout chemin peut devenir chemin de sainteté.
Je n’ai jamais parlé de ma démarche dans ma famille. Depuis l’été dernier, je n’ai plus mes parents, mon fils vit avec sa compagne. La situation nouvelle que je vis actuellement m’a donné le besoin de partir au désert –dans le Hoggar- marcher « sur les pas de Charles de Foucauld » comme encore un appel à l’abandon.
Je termine donc par ces quelques phrases de la prière du Père de Foucauld :
« Mon Père, je m’abandonne à Toi… Fais de moi ce qu’il Te plaira… Pourvu que Ta volonté se fasse en moi… Je remets mon âme entre Tes mains, je Te la donne mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur parce que je T’aime et que ce m’est un besoin d’amour… de me remettre entre Tes mains… avec une infinie confiance car Tu es mon Père. »