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village-algerieMoi qui vis la séparation depuis plus d’un demi-siècle, je voudrais vous partager mon parcours. Car, avec le recul, il est tellement surprenant de voir comment le Seigneur agit dans nos vies !
A l’époque, les divorces étaient rares, surtout dans mon village d’Algérie où je suis née. J’étais la première séparée dans ma famille traditionnellement chrétienne.
Les premières années furent les plus dures avec l’espoir d’un retour. Mon mari étant militaire de carrière, j’avais essayé au début de cacher son départ disant qu’il était en Afrique noire et que je ne pouvais le suivre pour le moment...


Seuls mes proches étaient au courant. Le dimanche, j’allais à la première messe, à 7 heures, afin d’éviter mes amies et de ne pas entendre : « tu as de bonnes nouvelles de ton mari ? ». Quand tout s’écroule, inutile de dire combien on se sent humiliée. Je me croyais la plus laide, la plus minable de la terre, disant : « mais, Seigneur, pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ou qu’est-ce que je n’ai pas fait pour en arriver là ? »
N’ayant plus mes parents, hélas décédés trop tôt, je m’agrippais à mon chapelet comme à une bouée de sauvetage... Peu à peu, grâce à l’affection de ma famille et à l’aide spirituelle du curé de ma paroisse, j’ai pu remonter la pente. C’était un saint homme, émule de Charles de Foucauld. Lorsque je pleurais dans son bureau, je me disais parfois : « mais qu’est-ce qu’il en sait ? Il n’a jamais été  marié, il est vieux (alors qu’il n’avait que la soixantaine à peine), il ne me comprend pas. » En vérité, révoltée comme on peut l’être lorsqu’on est jeune, c’était bien moi qui ne voulais  pas comprendre...


 

En 1962, arrachée à ma terre natale, je me retrouve en Moselle où j’ai suivi ma sœur et son mari, tous deux enseignants à quelques kilomètres de Metz. Un peu déboussolée par tous ces bouleversements, je garde une correspondance très suivie avec mon père spirituel rapatrié à Perpignan. Très vite, il me conseille de faire une retraite dans un Foyer de Charité. Avec quelques réticences, j’accepte. Je me souviens de ma première retraite à la Roche-d’Or près de Besançon, le Foyer d’Alsace n’existant pas encore. Dans le train, je me posais des questions : « est-ce que je vais tenir toute une semaine dans le silence ? Je ne suis pas religieuse pour m’enfermer ainsi. » Pour calmer mon angoisse, je me disais : « si cela ne me convient pas, je repartirai aussitôt. » Mais depuis, que de grâces reçues ! Plus proche, le Foyer d’Ottrott, en Alsace, devint mon oasis. Surtout après les remous de mai 1968, j’allais m’y ressourcer pour affronter ce monde que je côtoyais au bureau et qui se déchristianisait. J’y allais souvent pendant mes congés et aussi les weekends. J’aidais et je partageais la vie de la communauté.
En novembre 1972, lors d’une retraite à Châteauneuf-de-Galaure, j’eus le bonheur et la grâce de rencontrer Marthe Robin et le privilège, après notre entretien, de rester près d’elle pour prier le chapelet avec le père Finet et trois membres du Foyer. J’ai vécu là l’inexprimable... Toujours avec les Foyers, j’ai participé à des retraites itinérantes : Rome, Assise et, en 1978, deux semaines en Terre sainte.


 

Puis en 1986, j’ai lu dans une revue le témoignage d’Anne-Marie Le Marquer. Et je lui ai écrit. Non pas pour entrer dans la CNDA puisque je me croyais guérie, mais simplement pour la remercier et lui dire que, tout comme elle, les retraites m’avaient aidée à me reconstruire. Sa réponse a été rapide, disant que le Seigneur appelle aussi l’un de ses enfants reconstruit et lui dit : « Va, non pas pour toi, mais pour aider les nouveaux arrivés... »
Me voilà donc partie pour le Foyer de Charité de Spa, en Belgique, heureuse à l’idée de rencontrer Anne-Marie, le père Oury et le groupe belge, que j’allais soi-disant aider. Mais là, le Seigneur m’attendait patiemment pour me faire découvrir que j’avais encore à me convertir pour aller jusqu’au bout du pardon, jusqu’au renouvellement du « oui » de mon mariage, que j’avais à reprendre mon mari dans ma prière et dans mon cœur. Car, je l’avoue, n’ayant pas eu d’enfant pour créer un lien entre nous, j’avais essayé, mais en vain, pendant de longues années, d’effacer de ma mémoire cet échec, ce mariage raté...


Pardonner au conjoint qui m’a trahie et fait souffrir ? Humainement cela me semblait impossible ! Et pourtant Jésus nous demande de faire le premier pas, de pardonner en son nom... Puis, jour après jour, grâce aux prières et aux souffrances offertes des membres de la Communion, sous le regard de notre maman Marie, ce pardon a grandi. Il a été échangé le 15 août 1990.
Depuis, non pas que mes blessures aient complètement disparu mais elles sont bien atténuées par ce chemin de guérison. Je peux affirmer que c’est avec une grande sérénité que se sont écoulées ces vingt dernières années et que j’aborde maintenant dans la paix les dernières de ma vie terrestre, entourée par l’affection de ma petite famille.
Même si la fatigue et l’arthrose m’empêchent de participer aux rencontres de mon groupe à Reims, mes frères et sœurs ne m’oublient jamais. Je reçois chaque fois le compte-rendu du weekend et lors de la retraite, chaque année, c’est une belle carte avec leurs gentils petits mots qui réjouissent mon cœur.