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Le jour de mon mariage, j'étais sûre que Patrick et moi nous nous mariions pour la vie. Nous l'avions tellement voulu et préparé...

Aussi quand 12 ans plus tard mon mari m'a demandé de retrouver sa liberté, le sol s'est effondré sous mes pas. Non seulement je me retrouvais seule avec 3 enfants jeunes mais je réalisais que j'avais été incapable de le rendre heureux... Quel échec !!

Passés les premiers temps où on est occupé à faire face aux problèmes matériels et aux diverses procédures, j'ai bien senti que la plupart de mon entourage attendait que je « refasse ma vie ». Je n'avais pas 40 ans et cela va de soi de nos jours. Au fond de moi, même si cette idée m'a traversée, je sentais tout autre chose. D'une part je pensais qu'aucun homme ne remplacerait auprès de moi le père de mes enfants. D'autre part, ce serment que j'avais fait devant ma famille et mes amis, en présence de Dieu, il était toujours valable. Je m'étais engagée à aimer mon mari toute la vie.

Peu à peu, j'ai cherché ce que cela pouvait vouloir dire d'aimer un homme qui ne veut plus vous aimer. C'est difficile mais progressivement j'ai compris que ce mot voulait dire pardonner, essayer d'être juste dans les procédures, refuser tout ce qui peut ressembler à la vengeance ou aux règlements de compte, donner aux enfants une image juste de leur père, ne pas refaire l'histoire, chercher à voir ses propres responsabilités dans cet échec, essayer d'introduire la paix dans cette situation que l'on ressent comme tellement injuste...

Et puis, un jour, j'ai rencontré la CNDA. J'ai trouvé des frères et des sœurs vivant le même chemin que moi après avoir vécu le même malheur. Un groupe où on se comprend immédiatement, où on sait que la force de vivre cette fidélité c'est dans la prière et l'amitié vraie qu'on la trouvera en s'appuyant sur le sacrement de mariage, toujours actif.

Vingt ans après, que puis-je dire ? Que j'ai trouvé un chemin de bonheur, de paix. Que j'ai la sensation d'une cohérence et d'une unité dans ma vie.
Bien sûr, les enfants partis, je suis seule mais cette disponibilité affective n'est pas perdue. J'ai beaucoup d'amis, des vrais. J'ai du temps pour m'engager dans des activités de toutes sortes, toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Ce chemin se poursuit car je ne peux dire encore : « j'ai pardonné ». Jour après jour, avec mes frères et mes sœurs de la CNDA, j'essaye de vivre l'Evangile dans la situation qui est la mienne et que je n'ai pas choisie.