partir adf 324« Après 25 ans de mariage enrichi de cinq enfants de 15 à 24 ans, j’ai décidé de... partir ! Cela n’a pas été facile. C’est le choix le plus douloureux et difficile que j’ai eu à poser jusqu’à maintenant.

Nos deux derniers enfants étaient encore à la maison et en pleine adolescence. Cela fait maintenant dix ans que je suis partie et seule. Thierry et moi, nous sommes mariés en 1981, j’avais 22 ans et lui 21. Nous nous étions connus par un groupe de prière et le scoutisme.

Thierry, ayant beaucoup souffert dans sa jeunesse, est devenu violent très vite et puis... de plus en plus souvent. En partant de la maison, j’ai eu l’impression de faire un saut dans l’inconnu total... ! C’était ma seule survie ! Je suis passée par des moments de dépression, de larmes, d’angoisse et de doute. Je ne pouvais que crier vers le Seigneur : Où es- Tu ? Pourquoi tout cela ? Ce n’est pas juste ! Je suis partie avec presque rien et ai dû apprendre à re-construire et dans la confiance lâcher un certain standing de vie.

Je suis arrivée à Vannes ne connaissant personne et je me souviens être entrée dans l’église la plus proche et d’y avoir pleuré un certain temps... Un prêtre qui passait m’a accueillie. Je suis restée sur cette paroisse qui, deux ans plus tard, lançait l’Adoration perpétuelle à Vannes. Je ne marchais pas seule... j’étais conduite par le Seigneur, sans que j’en prenne vraiment conscience à ce moment-là. Je me suis sentie heureuse et espérant à nouveau.

J’ai rencontré des amis comme jamais auparavant et surtout une personne qui a prié et prie encore avec moi et pour moi. Elle est devenue une véritable amie. Le projet de Dieu sur l’homme est une Alliance d’Amour et là, quand j’ai commencé à adorer, j’ai tout donné... mes révoltes, mes joies, mes peines et j’ai reçu de la joie, de la paix, de l’amour et de la consolation. La solitude et l’épreuve ont permis que je rencontre quelqu’un... moi qui rêvais d’être aimée ! C’est Jésus.

J’ai redécouvert ce qu’est « aimer ». Aimer gratuitement et à la bonne distance. Aujourd’hui, en adorant Jésus, j’essaye de Le consoler et j’apprends à vivre du Pardon et de sa Miséricorde. Cela exige un chemin de vérité sur moi-même... En quoi, dans cette violence, j’ai ma part de responsabilité ? Ce chemin n’est pas rose tous les jours... et j’ai traversé de gros combats. Comment tenir dans la durée avec ce désir de fidélité que je portais dans mon cœur intérieurement ? C’était fou et impossible !

Certains de mes enfants me proposaient de refaire ma vie. Et puis, çà signifie quoi refaire sa vie ? On ne peut pas re-faire ce qui est déjà fait... alors j’avance comme je peux avec des hauts et des bas et même des très bas. Puis, je décide de remettre mon alliance à mon doigt et de faire une retraite. Je pars à Tressaint pour la semaine sainte. Là, à la fin de la retraite, j’entends parler de la Communion Notre–Dame-de- l’Alliance et je rencontre Rémi.

Je découvre ensuite la Communion en 2012. J’ai eu un accueil très fraternel, chaleureux et sans jugement. J’ai partagé avec des hommes et des femmes, en frères et sœurs, en vérité, sans besoin de paraître et de séduction. J’ai vu et réalisé que cette belle fidélité était possible. J’ai foncé et suis très heureuse au sein de la Communion. Je suis nourrie spirituellement par les enseignements et fraternellement par cette belle communion qui se vit entre nous tous.

Aujourd’hui, deux de nos filles sont mariées à l’église et je sais que ma vie leur a montré que l’amour qui dure, c’est possible avec la grâce du pardon et de la fidélité, même si, un de leurs frères est déçu du mariage et le refuse en vivant en concubinage. Je suis vraiment heureuse et entourée d’amis. Je donne de mon temps par amour au Seigneur, à la paroisse (sacristie, catéchisme, etc.). Je comprends mieux la puissance de la grâce du sacrement de mariage et j’en vis. J’ai appris une certaine chasteté dans le langage, le regard, mes lectures, etc. et cela m’aide à garder le cap et la paix du cœur. Je me sens plus que jamais épouse et épousée. Cela m’a poussée à inviter à la dernière récollection deux personnes, qui sont restées.

En cette année jubilaire de la Miséricorde, le Seigneur vient déposer un baume de guérison, re-naissance et consolation sur nos cœurs. Cet Amour est unique pour chacun de nous. Un petit pas à notre rythme dans la foi et la confiance, permet un grand pas vers une vie nouvelle autre, que nous n’avions pas pensée ni choisie, mais si belle à vivre avec la grâce du pardon dans la miséricorde et l’espérance. Je souhaite à chacun cet amour de la vie et de se sentir aimé et désiré. « Ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile ; ainsi on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous » (2 Corinthiens 4, 7).

Sophie (Vannes) – BRETAGNE