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reconciliation

Mes trente années à la Communion touchent à leur fin car mon mari vient de décéder le 13 juin à Salon-de-Provence. C’est la fin de notre histoire qui malgré tout se termine par de grandes grâces reçues du Seigneur… En 1990, j’avais fait le 1er pas envers Roger, par lettres échangées. Le PARDON avait été donné et reçu. Puis après cela ce fut le silence… N’ayant pas eu d’enfant pour créer un lien entre nous, je n’avais qu’une pension alimentaire, que Roger me versait chaque fin de mois. Officier de l’armée de l’air, changeant souvent de base et même de pays comme l’Afrique Noire, c’était grâce au talon du mandat postal de cette pension que je savais où il se trouvait  et cela jusqu’à sa retraite. Il s’y était installé à Salon, près de Pelissanne, où ses parents habitaient depuis 1962 à leur arrivée d’Algérie et où ils sont enterrés. Puis en 2013 plus rien, j’ai attendu deux mois avant de faire des recherches, pensant au pire car à nos âges… Et là Roger m’écrit une longue lettre disant « ne t’inquiète pas, je suis dans un foyer-logement à Salon car ma santé se dégrade, je ne peux me déplacer qu’avec un déambulateur, etc. »

A partir de là nous avons continué à correspondre régulièrement comme de vieux amis qui se retrouvent… Mais depuis quelques mois, il a été hospitalisé à cause d’une phlébite, puis placé dans un centre de gérontologie toujours à Salon-de-Provence. Il s’est donc retrouvé malade et seul, avec juste un frère et deux neveux à 800 km…

Mais le Seigneur et sa Mère veillent car, grâce à Véronique, une dame auxiliaire de vie qui s’occupait de lui et passait le voir parfois deux fois par jour, j’ai pu avoir de ses nouvelles journellement, surtout ces dernières semaines. Le 22 mai dernier lorsqu’elle est arrivée, il a entrouvert un peu les yeux et l’a à peine reconnue. L’infirmière l’avait trouvé agité et avait posé cette question : « qui est Isabelle, qu’il n’a pas cessé d’appeler depuis ce matin ? ». Véronique a répondu : « c’est sa femme, je vais l’appeler tout de suite ».

J’étais donc au bout du fil lorsque j’ai entendu « Monsieur André, votre femme vous écoute, parlez lui ! » C’est alors que d’une voix un peu éteinte, il a murmuré, mais très distinctement : « je ne veux plus souffrir, mon amour ! Je t’aime, Isabelle...! » Je suis incapable de dire ma réponse, car c’est à travers mes larmes que j’ai pu lui parler. Véronique et surtout l’infirmière, très émue en pleurant, m’a dit « c’est la première fois de toute ma carrière que j’assiste à une scène de ce genre ».

Le lendemain et les jours suivants, il ne parlait plus et était dans un semi coma ; c’est seulement lorsque Véronique nous mettait en communication qu’il essayait de réagir en respirant très fort et cela jusqu’à ce lundi 13 juin, où j’ai été avertie vers 8h30 de sa fin. J’ai pu le lendemain avoir le prêtre au bout du fil, qui avait été contacté pour les obsèques et à qui Véronique avait raconté notre histoire. Il m’a demandé mon prénom et ne cessait de répéter : « c’est très beau, ce que vous vivez en notre temps où le mariage est si dévalorisé ». Il semblait très ému ; je lui ai lui parlé de la Communion et un peu de ce que nous vivions.

Voilà… Je raconte cela et je continuerai avec plus de forces à prier pour vous tous, petits frères et sœurs de la Communion…

Isabelle