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mere celibataire 326« Régis et moi nous sommes mariés à l’Eglise il y a 36 ans. Elevée dans la foi catholique et façonnée par le scoutisme, j’ai épousé un garçon baptisé, qui avait suivi le catéchisme mais qui avait cessé toute pratique religieuse après sa profession de foi. Nous étions jeunes pour nous engager... 22 et 24 ans. Nous avons pris ainsi notre envol dans la vie conjugale et dans la vie professionnelle. Mes parents encore vivants à ce jour ont fêté leurs noces d’or et leur vie familiale heureuse, éclairée par la foi ; j’ai trois sœurs. Régis, d’une famille de deux enfants, a vu ses parents se séparer à la fin de son adolescence, sans aucun mot échangé sur cette séparation.

De notre union naissent quatre enfants que Régis me laisse éduquer dans la foi chrétienne. Après la naissance de notre deuxième enfant, jeme consacre à leur éducation et à la tenue de notre maison. Régis exerce son métier dans plusieurs entreprises successives puis subit un premier licenciement économique. Sans qu’il l’exprime, c’est une première source de déséquilibre et de doute qui l’atteint profondément. Il se forme à la gestion des entreprises et le projet de reprendre une société, murit dans son esprit. Il franchit le pas et toute la famille vient s’installer en Sarthe.

Bientôt les difficultés apparaissent, avec le souci permanent d’engranger des commandes, de fabriquer à temps et de facturer pour avoir la trésorerie nécessaire au fonctionnement de l’entreprise. Je sens mon mari submergé par la tâche, il se noie dans le travail et le temps consacré à notre famille se réduit à vue d’œil. Je suis fatiguée par le déménagement et par la charge des enfants que j’assume pratiquement seule. Très vite mon mari m’avoue qu’il a une relation extra-conjugale avec la très jeune secrétaire de son entreprise. Pour moi tout s’écroule même si je crois profondément que notre lien conjugal est solide et sacré, après dix-huit ans de mariage et qu’un père ne peut pas lâcher ses enfants pour une aventure sans lendemain.

Je recherche de l’aide en me confiant au prêtre de ma paroisse et en consultant une conseillère conjugale ; tous deux m’invitent à la patience et à la bienveillance, me disant que mon mari traverse de grandes difficultés. Je patiente en essayant de continuer à dialoguer au maximum avec mon époux ; il y a des hauts et des bas dans notre relation mais « elle » est toujours là, dans son esprit.

Je m’épuise à espérer une amélioration de la situation pendant deux ans. J’essaye de préserver les enfants et de les tenir éloignés de toutes ces difficultés ; leur Papa n’arrive plus à diriger sa vie. Régis décide de passer un WE sur deux avec sa maîtresse et je suis obligée de dire cette triste vérité à mes enfants : « Papa s’est attaché à une autre femme mais comme un papa ne peut pas être dans deux lits à la fois, je dois lui demander de choisir de rester avec nous et de ne plus jamais dormir en dehors de la maison ou bien d’aller réfléchir en dehors de la maison... ». Claire, notre aînée, ressent sans doute la trahison avec la même intensité que moi, chaque enfant manifeste son inquiétude et sa tristesse à sa façon. Régis décide d’aller réfléchir à l’extérieur...

Après quatre ans d’hésitation, il finit par se mettre en ménage avec une autre très jeune femme avec laquelle il vit encore aujourd’hui et dont il vient d’avoir un enfant, alors qu’il est déjà grand père de deux petits-enfants, qui sont donc plus âgés que ce dernier. Quel désordre familial et générationnel ! Comment le Seigneur va-t-il faire pour sauver tout ce monde ?

Depuis le départ de Régis, même si j’ai espéré son retour pendant de nombreuses années, j’ai voulu faire face à cette situation en m’appuyant sur le Christ et sur l’Eglise. J’ai toujours ressenti une forte inclinaison du cœur pour mon époux malgré sa conduite et me suis interrogée à ce sujet. Un prêtre rencontré dans cette période troublée m’avait proposé cette prière : « Seigneur, viens remplir tout le vide de mon cœur, laissé par le départ de mon mari ! »

Temoignage 326Après de nombreuses années, je constate que le Seigneur a pris cette grande place dans mon cœur et que c’est grâce à lui que je continue mon chemin de vie sans chercher à m’engager dans une nouvelle union. C’est avec Lui que j’ai continué la route avec mes enfants jusqu’à leur envol du nid, et c’est Lui qui veille sur toute notre famille, enfants et petits-enfants. J’ai réalisé que le mariage n’est pas le but de la vie chrétienne mais que c’est un moyen de s’attacher au Seigneur et de vivre pour lui. La vie conjugale m’a été ôtée mais je peux choisir de vivre avec le Christ et de m’ouvrir à toutes ses grâces. Bien sûr la solitude est là mais elle est source d’intériorité et espace de liberté pour aimer...

Même s’il reste toujours inachevé, le pardon à notre conjoint est le seul chemin pour continuer à l’aimer. Il ne vient pas de nous mais nous le recevrons du Seigneur... Avec Marie, soyons sûrs que le Seigneur peut réaliser en nous, ce qui nous paraît impossible. »

Agnès (Le Mans) – PAYS DE LOIRE pour la revue bimestrielle Diaconat aujourd’hui