vincent-bigourdanJe m’appelle Vincent, j’ai 50 ans et suis marié depuis 26 ans. Une amie m’a posé un jour la question : « est-ce que vous allez vous réconcilier ? » en parlant de notre couple. Que dire en vérité à une question aussi directe ? Je me suis lancé en répondant : « Oui, je le crois et je te le dis comme un acte de foi, par lequel j’exprime ma confiance en Jésus et en mon épouse ».


Voici quelques repères dans notre histoire commune. J’ai connu mon épouse à l'âge de 22 ans. Nous voulions nous marier, tant la présence de l’un aux côtés de l’autre donnait sens à notre vie de jeunes adultes. Deux ans plus tard, nous avons échangé nos consentements devant Dieu. Puis nous avons donné naissance à trois magnifiques filles, auxquelles nous avons essayé ensemble de donner le meilleur de nous-mêmes.
Mais, petit à petit, Dieu a été mis de côté pour accompagner la croissance de notre couple et de notre famille. Nous avons compté sur nos propres ressources en occultant nos fragilités et nos limites. Le travail a pris une place de plus en plus importante. En tant que responsable d’une équipe de commerciaux, j’étais souvent en déplacement et mon épouse avait repris ses études de médecine. Nous prenions de moins en moins le temps de nous asseoir ensemble. J’ai cherché à combler un certain malaise intérieur par de la suractivité professionnelle. Nos chemins de vie sont devenus avec le temps des chemins de solitude. La communication entre nous était de plus en plus difficile. Nous avons essayé de nous tendre la main pour sauver notre couple. Ce fut en vain. Nous étions chacun seuls, nous comprenant de moins en moins. Nous étions aussi habités par cet orgueil d’essayer de posséder l’autre.
Et un jour, il y a un peu plus de onze ans, mon épouse m’a demandé de mettre fin à notre vie commune. J’étais perdu et en plein désarroi, bien que conscient de nos difficultés. Nous étions dans une impasse. Au bout de plusieurs mois, après avoir envisagé ce qu’il était possible de faire, je n’ai pas cherché à imposer à mon épouse une vie commune dont elle ne voulait plus. Son choix est de l’ordre du mystère propre à sa personne. Le divorce civil a été prononcé deux ans après sa demande. Cependant, ce oui que je lui avais librement donné le jour de notre mariage restait et reste inscrit au fond de mon cœur.
Peu de temps après notre séparation, je suis allé boire à la source de l’Amour, comme la Samaritaine. J’ai redécouvert la fidélité de Dieu à notre égard. J’ai pris une décision qui a transformé ma relation avec les autres. Un jour, j’ai recommencé à participer à l’Eucharistie dominicale et j’ai ressenti la nécessité de mettre de la lumière sur mes zones d’ombre et mes fractures intérieures en allant me confesser. J’ai réalisé que Jésus m’aimait sans me juger et que sa miséricorde était infinie. J’ai reçu un encouragement à être ce que je suis et à devenir ce que je reçois. Cet Amour m’a rendu indulgent envers moi-même, m’acceptant tel que je suis. Mon regard sur mon épouse et sur notre couple a changé. Je vois maintenant notre divorce comme une épreuve, ne posant plus l’échec de notre vie commune en termes de culpabilité. Mes difficultés, mes souffrances, je ne les portais plus seul. Jésus, ce fidèle compagnon de route, si discret et si présent à la fois, me proposait de les porter. Pourtant, j’ai abandonné ce compagnon en cherchant à tracer ma route en solitaire, à la recherche de faux bonheurs et de fausses perfections. Son regard miséricordieux a provoqué un décentrage de moi-même. J’ai pu me pardonner, ainsi qu’à mon épouse et retrouver ainsi la confiance et la paix intérieure.
Peu de temps après un prêtre m’a dit : « Tu es marié ». J’avais besoin d’entendre cette parole pour retrouver un sens à ma vie, à notre vie. Le nier aujourd’hui serait me mentir et mentir à mon épouse.
Par la suite, j’ai rencontré un ami qui m’a parlé de la Communion Notre-Dame de l’Alliance. Ce mouvement réunit des hommes et femmes engagés dans un mariage sacramentel mais vivant seuls à la suite d'une séparation ou d'un divorce. Dans la foi au Christ et l'amitié fraternelle, ils suivent un chemin de fidélité, de pardon et d'espérance, et assument leur responsabilité de parents. J’ai y trouvé du soutien, des conseils, et la vraie joie dans des temps d’amitié et de rencontres spirituelles. Dans ma paroisse, également, j’ai retrouvé ce soutien et ces moments d’amitié et de partages spirituels pour me remettre en marche.
La grâce est toujours offerte dans le sacrement, quelles que soient nos impasses. Sa source est celle du cœur de Jésus qui est mort sur la croix et ressuscité pour chacun de nous. La croix, qui ne va pas de soi dans ma vie quotidienne, est paradoxalement ce chemin qu’il m’a été donné de choisir, en consentant à des efforts, pour chercher sans me décourager à aimer avec retenue mon épouse. J’ai toujours à transmettre cette grâce. Seul Jésus m’en rend capable. Il ne s’agit pas pour moi de le faire coûte que coûte avec une attitude figée sur le bien-fondé de mon choix de fidélité. Le chemin pour faire un effort de vérité, de lucidité sur moi, pour pardonner, ne me fait-il pas du bien comme à mon épouse ? Invisiblement, je lui donne quelque chose du Christ et, en passant par moi, la grâce me fait du bien à moi aussi. Cela nous édifie malgré la séparation dans nos cœurs. Faire profiter de ces progrès est aussi une ouverture, une main tendue vers elle et une invitation pour moi à l’aimer comme Dieu l’aime. Aujourd’hui, je peux dire que le respect que nous avons l’un pour l’autre est devenu plus profond que lors de notre vie commune, même si mon épouse ne m’accepte pas comme son époux. Nous partageons des faits ou des décisions sur notre famille. En continuant à assumer également ma paternité, je rejoins son cœur de mère. Concrètement nous disons aujourd’hui chacun quand nous communiquons : nos enfants.
Maintenant, je suis sûr que l’amour de Dieu ne nous manquera pas. Je réalise que Dieu, le jour de notre mariage, a fait totalement sien notre choix en accueillant et en bénissant nos « Oui ». Par sa grâce, Dieu a créé cet état qui fait que nous sommes devenus l’un pour l’autre « ce matériau » qu’Il a choisi pour que nous allions vers Lui. Ce don est magnifique, car Il a mis en nous cette nouvelle semence, après celle de notre baptême, pour que nous soyons à son image et à celle de son Fils, c’est-à-dire saints. Cette semence ne peut croître que si je persiste avec humilité à vouloir le bien de mon épouse malgré notre division conjugale. Oui, je crois que la transmission de l’amour de Dieu entre époux se réalise dans notre pleine humanité d’homme et de femme devenus « un » par la grâce du sacrement de mariage. Plus j’aime le Christ, plus j’aime mon épouse.