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La signification d'une séparation fidèle 

Il y a deux ans, lors d'une réunion du Conseil de notre Communion, la discussion sur les projets à mener pour mieux faire connaître notre mouvement ont amené l'idée de confier à un étudiant en théologie un travail de recherche sur la CNDA et son charisme de Mariés, Séparés, Fidèles. Le Père Grégoire, qui commençait ses études de licence à l'Institut Jean-Paul II à Rome, a donc proposé d'en parler à la responsable de ses études. Sa réaction fut immédiate : "mais nous avons un étudiant qui travaille déjà sur ce sujet, Marcelo Fiaes, contactez-le !" 

Dès que le contact fut établi, une réunion en Zoom nous permit de faire la connaissance de Marcelo, laïc marié et père de deux enfants, d'origine brésilienne, qui habitait Rome et s'était effectivement lancé dans un mémoire de licence sur le sujet : Il significato della separazione fedele (La signification d'une séparation fidèle). La providence était à l'œuvre, encore et toujours ! Nos échanges furent marqués par une grande émotion. Pour lui, de rencontrer des frères et sœurs de la Communion, qui venaient partager leur expérience de la fidélité après une séparation, et qui illustraient directement, dans le concret de leur vie, le sujet de sa thèse de théologie. Et pour nous, de rencontrer un chercheur qui non seulement s'intéressait à notre sujet, mais s'en émerveillait. 

Pour nourrir ses travaux de recherche, quatre frères et sœurs de la Communion (parlant anglais car c'était notre seule langue d'échange) ont accepté de répondre par liaison vidéo, confinement oblige, à un questionnaire très précis sur certains aspects du sujet. Cette démarche aussi passionnante que fraternelle s'est achevée le 22 octobre par l'obtention du prix du 2e meilleur étudiant de l'année 2020-2021 devant le jury académique de l'Institut Jean-Paul II présidé par son nouveau responsable, le Père Philippe Bordeyne, ancien recteur de l'Institut Catholique de Paris, suite à la brillante note de 30/30 obtenue par Marcelo en juin dernier. Nous partageons avec vous, comme il nous l'a demandé, la traduction de la lettre qu'il vient de nous adresser. 

adf 354 actualite 3Chers amis de la Communion Notre-Dame de l'Alliance, la paix du Seigneur. 

Je voudrais partager avec vous une joie personnelle, et vous en remercier tous pour cela. 

Hier, j'ai reçu une reconnaissance académique pour la deuxième meilleure thèse de Licence en théologie. Comme vous le savez, cette thèse était un travail de recherche sur la signification du geste chrétien de la fidélité après une séparation (separate faithful = séparés fidèles). Toutes les autorités académiques étaient présentes et ils ont pu voir la beauté sans tache de votre choix de vie. 

En effet, il aurait été impossible de conclure ma recherche sans vos témoignages et votre inspiration. 

Il est vrai qu'il existe encore parmi les théologiens un triste préjugé quand ils pensent aux séparés fidèles. Plusieurs pensent que vous faites ce choix sous la contrainte "externe" de la loi canonique, et ils ne peuvent pas discerner le mouvement interne de l'Esprit qui vous conduit à rencontrer Jésus, l'époux sur la croix, d'arriver à pardonner et donc de parvenir à la liberté. S'ils ne peuvent voir l'œuvre de Jésus (ou mieux, Jésus à l'œuvre avec vous, puisque votre liberté est précieuse et conditionne la joie de l'Esprit Saint), il est impossible de saisir le sens théologique de la séparation. Alors que ce sens existe et brille dans vos vies : pour l'aimer jusqu'au bout - jusqu'à la fin (Jn 13,1). 

Quand j'ai commencé ma recherche, elle a été immédiatement contestée par certains de mes collègues. Ils m'ont accusé d'"idéologie" ou de "pensée abstraite" sans racine dans la réalité. 

Et puis j'ai découvert vos témoignages. En utilisant la phénoménologie et en l'appliquant à votre expérience de vie, j'ai pu montrer que ma recherche était non seulement cohérente avec la Révélation, la Tradition et la Théologie Spirituelle, mais qu'elle correspondait à la vraie vie du chrétien. Votre témoignage va être de plus en plus nécessaire à l'Église. C'est seulement à travers votre vie, une vie chrétienne imparfaite et merveilleuse à la fois, que l'on peut toucher et voir "comme est bon le Seigneur" et la grandeur de la fidélité. Une fidélité qu'Il partage avec nous ! Et vous êtes la preuve théologique que cette participation n'est pas théorique. Donc, merci encore. Mon succès académique est le vôtre, vraiment le vôtre. 

Partagez s'il vous plait ces remerciements avec tous les membres de la Communion, et tout particulièrement avec les nouveaux qui ne font que commencer leur chemin maintenant. Dites-leur que la fidélité est la bonne chose à choisir, que seul à travers l'amour vécu jusqu'au bout (Jn 13,1) il est possible de participer à l'amour du Christ. Cela vaut pour eux, pour leur bien propre (la joie de la résurrection, mais simplement l'union au Christ). Mais cela vaut aussi la peine pour nous, le reste de l'Église, qui avons tant besoin du témoignage de leur vie. 

Dans le Christ, votre ami, Marcelo Fiaes. 

À Siroki Brijeg, parmi les 13 000 fidèles, on ne compte pas un seul divorce. De mémoire d'homme, pas une seule famille n'a éclaté. L'Herzégovine jouit-elle d'une faveur exceptionnelle de la part du Ciel ? Existe-t-il un truc magique contre le démon de la division ?

adf 352 actu 1La réponse est très simple ! Durant des siècles, sous domination turque puis communiste, les Croates ont cruellement souffert, car on voulait arracher leur foi chrétienne. Ils savent par expérience que leur salut vient de la croix du Christ ; il ne vient pas des projets de désarmement, de l'aide humanitaire ou des traités de paix, même si parfois ces réalités apportent quelques bienfaits.

La source du Salut, c'est la croix du Christ ! Ces gens ont une sagesse, ils ne se laissent pas tromper lorsqu'il s'agit de la vie ou de la mort. C'est pourquoi ils ont lié de façon indissociable le mariage à la croix du Christ. Ils ont fondé le mariage qui donne la vie humaine sur la croix qui donne la vie divine.

La tradition croate du mariage est si belle qu'elle commence à faire école en Europe et en Amérique ! Lorsqu'un jeune couple se prépare au mariage, on ne leur raconte pas qu'ils ont trouvé la personne idéale, le meilleur parti. Non ! Que dit le prêtre ? : « Tu as trouvé ta croix. Et c'est une croix à aimer, une croix à porter, une croix qu'il ne faudra pas rejeter mais chérir. »

Ces paroles prononcées en France laisseraient le fiancé muet de stupeur. Mais en Herzégovine, la Croix évoque l'amour, et le crucifix est le trésor de la maison.

Lorsque les fiancés se rendent à l’église, ils apportent avec eux un crucifix. Ce crucifix est béni par le prêtre et, au cours de l'échange des consentements, il revêt une importance centrale. En effet, la fiancée pose sa main droite sur la croix ; à son tour, le fiancé pose sa main sur celle de sa fiancée et les deux mains se trouvent ainsi réunies sur la croix, fondées sur la croix. Le prêtre pose son étole sur les mains des fiancés qui prononcent alors leurs consentements et se promettent fidélité selon le rite de l’Église.

Après cela, les mariés ne s'embrassent pas, mais ils embrassent la croix. Ils savent qu'ils embrassent ainsi la source de l'amour.

Celui qui s'approche et voit leurs mains étendues sur la croix comprend que si le mari abandonne sa femme ou que la femme abandonne son mari, alors, c'est la croix qu'ils lâchent. Et lorsqu'on a lâché la croix, il ne reste rien, on a tout perdu, car on a lâché Jésus, on a perdu Jésus.

Après la cérémonie, les mariés rapportent ce crucifix et lui donnent une place d'honneur dans la maison. Il deviendra le centre de la prière familiale, car ils ont la conviction que la famille est née de cette croix.

Si un problème survient, si un conflit éclate, c'est devant cette croix que les époux viennent trouver secours. Ils n'iront pas chez un avocat, ils ne consulteront pas un diseur de bonne aventure ou un astrologue, ils ne compteront pas sur un psychologue pour régler leurs affaires.

Non, ils iront devant leur Jésus, devant la croix. Ils se mettront à genoux et c'est devant Jésus qu'ils verseront leurs larmes, qu'ils crieront leur souffrance et, surtout, échangeront leur pardon. Ils ne s'endormiront pas le cœur lourd, car ils auront eu recours à leur Jésus, au seul qui a la puissance de sauver.

Ils apprendront à leurs enfants à embrasser la croix chaque jour et à ne pas se coucher comme des païens, sans avoir remercié Jésus. Pour les enfants, aussi loin qu'ils s'en souviennent, Jésus est l'ami de la famille, que l'on respecte et que l'on embrasse.

 Ces enfants ne reçoivent pas de « nounours » à étreindre durant la nuit pour se sentir en sécurité. Mais ils disent « bonne nuit » à Jésus et embrassent la croix. Ils s'endorment avec Jésus, pas avec une peluche. Ils savent que Jésus les garde dans ses bras et qu'ils n'ont rien à craindre, leurs peurs s'éteignent dans leur baiser à Jésus.

Publié sur le site de la Famille Missionnaire de l'Evangile de la Vie
envoyé par Jean-Bernard (Tassin la Demi-Lune) - Val-de-Rhône-et-Saône