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Catégorie : en Belgique
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martin and FriendsC'était un thème un peu osé et interpellant pour une récollection à l'initiative de personnes séparées et divorcées ! Paradoxal même ! Sans doute, mais pas pour la Communion Notre-Dame de l'Alliance (ci-contre Marie-France, Martin et Jeanine) : depuis que les veillées de prière pour la fidélité dans le mariage ont pris forme ces dernières années, nous avons conscience que la vocation et la mission de la Communion vont bien au-delà de l'accueil et de l'accompagnement de personnes vivant seules après la séparation et le divorce.

En effet, les remerciements et les échos bienveillants reçus après les veillées de la part de couples mariés ou fiancés nous ont encouragés à développer un évènement comparable mais de plus grande portée.

C’est ainsi que le projet d'une récollection ouverte aux couples a vu le jour. De plus ce serait pour nous le couronnement d'une série d'initiatives qui viendrait clôturer le vingt-cinquième anniversaire de la Communion en Belgique.
Le Foyer de Charité à Spa en fut le décor pittoresque - ensoleillé pour l'occasion et paré de couleurs automnales splendides - et Mgr Léonard de Namur, le prédicateur.

Dès le vendredi soir, on vit arriver dix-sept couples entourés de leurs seize enfants, ainsi que neuf membres de la Communion, et, parmi eux, Louisette et Vincent, nos modérateurs. Plusieurs couples se connaissaient déjà, car faisant partie des Equipes Notre-Dame, ce qui a certainement contribué à l’ambiance amicale et fraternelle de l’ensemble.


Mgr LéonardDans ses enseignements, Mgr Léonard a évoqué le mariage avec beaucoup d’humour ! Cette belle réalité concerne autant le spirituel que le charnel de l’existence humaine, c’est pourquoi elle est aussi une réalité menacée, fragile, délicate et vulnérable.
Quant à l’indissolubilité du mariage comme Jésus la voit à partir de la Genèse, il a approfondi le lien indissociable entre le sacrement de mariage et le sacrement de l'eucharistie. Tous les deux ont la même destinée, l'Alliance. L'eucharistie entre Dieu et l'homme, le mariage entre l'homme et la femme.
Le mariage sacramentel n'est pas une « assurance tout risque » contre toutes les épreuves de la vie conjugale, il n’a pas une efficacité automatique. Si on s'est marié dans le Seigneur, et si ensuite, tout se passe comme si le Seigneur était radicalement absent, si on ne prie jamais ensemble, si on n'alimente pas la grâce du sacrement de mariage auprès des sacrements de l'eucharistie et du pardon, ça ne va pas porter un fruit automatique d'harmonie, de fidélité et de durée.
On peut comparer la grâce du sacrement du mariage à la semence qui tombe en terre et qui contient potentiellement toute la richesse de la moisson. Mais la fécondité de la semence dépend de l'accueil de la terre dans laquelle elle tombe. D’ailleurs, c’est le cas pour tous les sacrements et à ce propos, on pourrait dire qu’il y a beaucoup de gaspillage de la grâce des sacrements !
Au cours des groupes de partage, il y eut plusieurs questions de parents ou grands-parents concernant la transmission de la foi aux enfants ou petits-enfants. Là aussi, Mgr Léonard nous a rassurés en nous disant que nous avons une grâce prophétique pour eux, une grâce de porte-parole de Dieu ! : « De temps en temps vous en constaterez les effets, mais la plupart du temps ça se passe dans l'invisible. Il faut y croire ! Cette grâce sera efficace. Vous constaterez un jour que toute votre intercession pour eux sera couronnée de gloire, si ce n'est pas en cette vie, vous le constaterez à coup sûr dans le monde qui vient. »
Donc il reste vrai que nous avons à nous demander chaque jour : que faisons-nous de la grâce de Dieu dans notre vie ?
Demeurer fidèle à celui qui nous a blessé, qui parfois nous a trahi, ce n'est pas raisonnable à vue humaine, c'est une folie que Jésus nous demande. Mais pour qu'on puisse le vivre sans être écrasé par une exigence qui nous dépasse totalement, il faut que la miséricorde nous porte et c'est une des raisons pour laquelle Jésus lui-même a vécu une telle solitude et une telle expérience de trahison : « L'abandonnant, ils s'enfuirent tous... » (Mc 14. 50). Jésus meurt seul, mais fidèle à son Père et fidèle à tous ses disciples qui l'ont abandonné. Quand nous vivons une situation d'abandon, il se fait proche de nous. Jésus est le Simon de Cyrène universel de toute l'humanité.
« Vous, séparés fidèles, qui êtes dans une situation meurtrissante, si vous faites le choix de la fidélité avec Jésus, pour Jésus, en Jésus, il vous fera passer, comme Marie-Madeleine en pleurs, du vide à la plénitude, de la nostalgie au témoignage. J'ai été heureux d'entendre vos témoignages hier soir à la veillée de prière. Quand on renonce à quelque chose pour l'Amour du Seigneur, cela peut porter du fruit chez d'autres. Cela se passe dans l'invisible, « mais ton Père qui voit dans le secret, te le rendra ». Il y a une fécondité attachée au renoncement que Jésus nous propose quand on a vécu le drame d'une séparation. Il faut découvrir progressivement comment le choix exigeant de rester fidèle porte du fruit. Le Seigneur nous fait goûter parfois la fécondité de ce choix. Il vous donnera la conviction intime que ce choix en aidera d'autres à vivre la même chose. »
Pour plusieurs participants, c’était la première fois qu’ils entendaient parler de cette réalité et quelques-uns ont pu dire combien ils étaient bouleversés par cette découverte : la fidélité à la grâce du sacrement de mariage peut aller jusque là !
L’ambiance chaleureuse, accueillante, amicale et fraternelle a hautement contribué au profond respect et à la haute estime de l’autre.
Quelle joie pour nous que de deviner davantage l’ampleur de notre mission en faveur du sacrement de mariage, et quelle grâce que de constater progressivement la grandeur de notre place irremplaçable dans l'Eglise : elle nous attend ! Les couples mariés, les couples en difficulté, les jeunes qui hésitent à s'engager pour la vie, les jeunes qui sont en recherche, ils ont tous besoin de notre témoignage de fidélité ! « Il faut y croire ! », dirions-nous avec Monseigneur. Que la riche expérience de cette belle récollection nous incite à ne pas gaspiller cette grâce !
Jeanine


manoirQuelques témoignages et remerciements :
- J’ai trouvé très beau et très important pour notre couple d’avoir vécu ce week-end. En effet, avec le temps et l'usure, on oublie la grandeur et l'importance de ce sacrement. On oublie aussi que Dieu y est impliqué. Que cette récollection soit organisée par la Communion Notre-Dame de l’Alliance nous secoue et nous fait mieux prendre conscience de ce que signifie ce sacrement. Je ne sais pas si toutes les personnes séparées et divorcées sont appelées à cet engagement, mais pour moi, votre fidélité est un signe de la fidélité et de l'Amour de Dieu. Notre monde, qui a perdu tant de repères, a vraiment besoin de signes visibles et vous en êtes un par votre authenticité.
- J’ai trouvé la formule très bonne. Ce n'était pas un week-end où, en couple, on est confronté l'un à l'autre comme lors d'un week-end style « mariage rencontre », mais je pense que ce n'est pas votre mission. Vous avez à nous rappeler ce que signifie notre sacrement de mariage, et vous nous donnez l'occasion de le revivre et d'en prendre mieux conscience. Merci beaucoup. (I.L.)
- Monseigneur Léonard nous a bien étonnés ! Dans ses enseignements, il était clair, précis, bien documenté (extraits bibliques) et pas du tout rigide comme on le pensait avant la récollection ! Nous étions tout à fait d'accord avec lui et jamais il ne nous a fait bondir par son « conformisme ». Il avait même pas mal d'humour !
- Nous avons bien aimé cette récollection. Mgr Léonard nous a fait comprendre la beauté mais aussi la rigueur, la difficulté du sacrement de mariage et vous étiez les témoins de cette fidélité. Merci à toute la Communion, nous avons beaucoup mieux compris cette démarche de renouvellement du « oui » qui a déjà été faite lors de la veillée à Louvain-la-Neuve. Cette récollection « mixte » avec les témoignages et les enseignements a tout son sens ! L'endroit (le Foyer de Charité de Spa) est magnifique et on y est super bien accueilli... c'est important aussi ! (V.S.)
- C’est dans un climat tendu et très fatiguée que je me suis rendue à cette récollection. En effet, la fin du mois d’octobre reste toujours un moment pénible à passer car elle me rappelle le départ de mon conjoint et toutes les questions non élucidées à ce sujet et qui le resteront toujours. Je suis arrivée à ce week-end avec cette question : « Pourquoi aimer fait si mal ? »
En outre, le Foyer de Charité de Spa n’était pas sans me rappeler tous les moments que j’y avais déjà vécus ; des moments forts, émouvants qui ont suivi ma séparation. La chapelle est un lieu où j’avais déjà pu lâcher prise, pleurer amèrement le départ d’Alain mais aussi faire de très belles rencontres avec le Seigneur. C’est dans cet état d’esprit que je suis arrivée, en peine mais aussi avec l’idée de passer deux jours en retrait de mon boulot très prenant.
Le week-end a commencé par un repas à la rencontre des couples et des animateurs pour les enfants. Dans ces enseignements, Mgr Léonard a abordé la beauté corporelle qu’il a associée à la beauté des gestes amoureux, l’aspect humain de Jésus qui est venu vivre par son corps la condition des hommes. Ensuite, il nous a parlé du mariage, union entre un homme et femme, et du lien étroit entre le Christ, époux, et son Eglise sa fiancée. Dans le troisième temps de parole, Monseigneur a abordé la question de l’indissolubilité du sacrement de mariage (voir ci-dessus, article de Jeanine). Entre ces trois enseignements, nous avons eu l’occasion de vivre l’eucharistie, un temps en silence, partager en groupe, vivre une veillée d’adoration et de réconciliation. Les couples allaient d’étonnement en joie de vivre ces moments avec nous. Petit à petit, ils ont pu comprendre un peu plus la grandeur de leur sacrement de mariage, sa durée dans le temps et le fait qu’il grandissait pour autant qu’ils en prennent soin. Ils ont même expérimenté ce renouvellement du « oui » à leur conjoint, moment très fort pour tous. Par notre fidélité, nous n’étions plus considérés comme des gens rétrogrades attachés à des lois mais nous devenions des personnes toujours sensibles à l’amour de Dieu reçu et échangé avec notre conjoint lors de notre sacrement de mariage.
chapelleQue de merveilles lors de ces deux jours ! Et pourtant mon cœur restait en peine, j’oscillais entre joie et douleur. Joie et bonheur de tout ce qui se vivait, se recevait et qui était si bon, joie aussi de vivre ce temps de récollection avec deux de mes frères et leurs épouses mais aussi douleur de cet amour pour Alain qui ne pouvait plus être échangé et de ne pas comprendre pourquoi cet amour me faisait si mal. C’est lors de l’eucharistie du dimanche (fête de la Toussaint), après avoir communié, que mon cœur a pu s’apaiser. Après avoir interpellé Dieu sur cette souffrance, j’ai reçu la réponse. Au fond de mon cœur, il est venu me dire ceci : « Je t’aime et c’est cet amour qui te permet de continuer d’aimer Alain. Et si tu souffres de l’aimer c’est parce que tu l’aimes beaucoup. L’amour que je te donne laisse ton cœur ouvert pour aimer Alain jusqu’à en souffrir et mon amour te permet aussi de supporter cette souffrance. » Au travers de cette souffrance, il voulait que je goûte son amour. Par son amour, je devenais un réceptacle d’amour me permettant d’aimer encore celui que j’avais choisi pour toujours même si cela passait par des moments de douleur. Mon cœur a accueilli cette souffrance et j’ai retrouvé la paix intérieure.
Le Seigneur est étonnant car il est là où on ne pense pas le trouver.
Je suis rentrée chez moi dans un état de grâce, riche d’une nouvelle rencontre avec Dieu et partageant le bonheur des couples qui avaient ravivé leur fidélité en redisant leur « oui » à leur conjoint.
Marie France