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monseigneur-julienJe cherchais déjà une carte à envoyer à Mgr Jacques Jullien comme je le faisais tous les ans, lorsque j’appris sa mort le 10 décembre 2012.

Naturellement, je me suis proposée pour écrire un papier sur « mon » archevêque car, d’une certaine façon, il m’a accompagnée, parfois de près, parfois de loin, pendant trente-huit ans !

 

 

 

Je l’ai vu la première fois en 1985 lors de la confirmation de ma fille Marie. Il avait demandé aux confirmands de lui écrire une lettre et il en choisit une qu’il lut : c’était celle de Marie.

Nous avions mis nos filles dans des écoles catholiques à Rennes et après la bataille pour la liberté de l’école je fus élue présidente de l’UDAPEL d’Ille et Vilaine. J’étais donc amenée à rencontrer notre évêque lors des réunions de l’Enseignement catholique et j’étais toujours pour lui "la maman de Marie" !

Lors de l’AG de l’UDAPEL en 1989, je me souviens qu’il était assis à côté de moi et n’arrivait pas à relire ses notes. « J’ai du mal à écrire » me dit-il ; c’était le début de sa maladie…

Et puis chez moi, le vent a tourné, j’ai abandonné mes fonctions départementales et régionales, et de parent d’élèves je me suis retrouvée séparée-divorcée-fidèle !

Mgr Jullien qui portait un intérêt particulier et attentif à la famille et à ses problèmes, avait approuvé les statuts de la CNDA ad experimentum pour la première fois en 1989, puis en 1993.

A la veille de Pâques 1993 la mort subite d’Anne-Marie Le Marquer, la fondatrice, laissa la CNDA et spécialement le groupe de Bretagne dans un immense désarroi et Mgr Jullien vint nous voir lors de notre première récollection sans Anne-Marie. Je me souviens encore qu’il nous a dit : « vous n’êtes pas nombreux mais vous êtes des pilotis ». « Oh Mgr lui ai-je répondu, les pilotis, on ne les voit pas, et ça reçoit des vagues en pleine figure ! » Il dit aussi : « si la Communion est l’œuvre de l’Esprit, elle subsistera malgré la disparition d’Anne-Marie ». Et voilà, cela fera trente ans cette année !

Cette même année, nous fêtions les dix ans de la Communion lors d’une retraite à Tressaint, sans Anne-Marie… Mgr Jullien prit la parole : « Notre-Dame de l’Alliance a un rôle stratégique. Vous n’êtes pas nombreux, mais vous êtes là et vous êtes un signe… Les gens ont besoin de signes, mais pas dans le style "m’as-tu vu ? Je dis, je répète souvent, les vrais prophètes sont des prophètes humbles, tout étonnés que la force du Seigneur ait fait d’eux des martyrs ». Il avait le don des expressions qui font mouche !

Je le rencontrais lors des réunions de pastorale familiale qu’il ne manquait jamais et à 22h30 il regardait sa montre en disant : « A partir de 22h 30, le Saint Esprit ne souffle plus ! » Un soir il nous dit : « Demain j’ai rendez-vous à FR3, je vais encore me faire piéger! » (sous entendu : soyons sur nos gardes…).

Justement, un après-midi de 1995, je reçois un appel d’un journaliste de FR3 m’annonçant qu’il allait passer chez moi pour me demander mon opinion sur la conférence de Pékin sur les femmes. Je n’avais rien suivi du tout de cette conférence ni sur ce qui s’y était dit… Je téléphone en catastrophe à ma sœur focolarine à Rome pour me mettre au parfum… Elle me dit trois ou quatre choses en vitesse, ce qui ne m’avance guère, mais je me répète : « attention, ne te fais pas piéger, pense à Mgr Jullien ».

Coup de sonnette à 15 heures : trois journalistes, un homme et deux femmes. J’ai éludé les questions qui font pleurer les chaumières en restant sur le plan de la foi alors qu’ils essayaient de m’attirer toujours vers des pentes savonneuses politiques ou revendicatives. A la fin, le journaliste me dit : « vos réponses sont vraiment sur la même ligne que celles de Mgr Jullien que nous venons de quitter ». Chic alors ! Ils cherchaient en effet peut-être une occasion de désaccord pour alimenter le journal de 20h que j’ai écouté pour savoir ce qu’avait dit mon évêque !

Mgr Jullien approuva une troisième fois ad experimentum les statuts de la Communion en 1996.

Je finis par une anecdote qui nous a fait beaucoup rire à Rennes et que nous avons racontée maintes fois. Nous l’avions invité un soir à Aïn-Karim dans le local de la Communion, rue de l’Hôtel-Dieu, et le Père Tanguy, notre conseiller spirituel, m’avait prévenue: « il est fatigué et ne restera pas longtemps ». Nous devions être une quinzaine et au fur et à mesure que s’accumulaient les manteaux sur une chaise, je prenais soin de remettre sur le haut de la pile celui de notre évêque… Thérèse, haute comme trois pommes a dû arriver la dernière et mon attention a dû se relâcher… Voilà que Mgr Jullien demande à partir, je me précipite sur la pile des manteaux et lui présente le sien… Mgr Jullien était un homme de haute stature qui en imposait, c’est sûr ! Je lui présente son manteau et pour l’aider à l’enfiler je me place derrière lui et lui enfile les manches… j’ai beau tirer, pousser peine perdue, Ah Monseigneur, lui dis-je, je fais une mauvaise camériste ! Et voilà que Thérèse se plante devant lui et le regarde en levant la tête : « mais c’est mon manteau ! Ah, c’est votre manteau ! répond-il en la toisant du haut de son mètre quatre vingt cinq ! Inutile de dire que la porte se referma sur un grand éclat de rire !!!

En 1998 il présenta au Pape sa démission. Mgr Saint Macary, nommé archevêque de notre diocèse, me dit : « Madame, allez le voir ». Ce que je fis, lui apportant un jour de la confiture, une autre fois l’horaire des marées qu’il n’arrivait pas à obtenir des Sœurs Augustines (il voulait encore aller à la pêche dans sa famille à Brest). Et quand il partit chez les Petites Sœurs des Pauvres je cessai mes visites de peur de le trouver trop mal.

A sa suite, Mgr Saint Macary reprit le flambeau et approuva définitivement nos statuts d’Association privée de fidèles en 2001.

Le jour des obsèques à la cathédrale de Rennes, notre archevêque Mgr d’Ornellas – qui succéda à Mgr Saint Macary en 2006 – évoqua Mgr Jullien en ces termes : « Il fut heureux de sceller la fondation de la Communion Notre-Dame de l’Alliance en soulignant à ses membres qu’ils étaient un petit nombre, mais qu’ils étaient des prophètes de la fidélité. »

Eh bien, maintenant, nous avons encore un nouvel allié au Ciel !

Ecrit par Marie-Louise Jacob.
A été modératrice de la Communion Notre-Dame de l’Alliance de 1999 à 2003.