Enseignements

enseignement adf 350 1Celui qui prie ne tourne pas le dos au monde. Une prière qui ne recueille pas les joies et les douleurs, les espérances et les angoisses de l’humanité devient une activité « décorative », une attitude super-ficielle, voire théâtrale, une attitude narcissique. Nous avons tous besoin d’intériorité : nous avons besoin de nous retirer dans un espace et un temps consacrés à notre relation à Dieu. Ce qui ne signifie pas fuir la réalité. Dans la prière, Dieu « nous prend, nous bénit, et puis nous rompt et nous donne », pour assouvir la faim de tous. Chaque chrétien est appelé à devenir, dans les mains de Dieu, pain rompu et partagé. Il est donc appelé à une prière concrète, qui ne soit pas une fuite.

 Ainsi les hommes et les femmes qui prient cherchent la solitude et le silence non pas pour ne pas être gênés par les autres, mais pour mieux écouter la voix de Dieu. Parfois ils se retirent du monde, dans le secret de leur chambre, comme le recommandait Jésus (cf. Mt 6, 6) mais, où qu’ils soient, ils laissent toujours grande ouverte la porte de leur cœur : une porte ouverte pour ceux qui prient sans savoir prier ; pour ceux qui ne prient pas du tout mais qui portent en eux un cri étouffé, une invocation cachée ; pour ceux qui se sont trompés et qui sont égarés… Quiconque peut frapper à la porte d’une personne qui prie et trouver en elle un cœur plein de compassion, qui prie sans exclure personne. La prière vient de notre cœur, elle est notre voix, et elle se fait le cœur et la voix de tous ceux qui ne savent pas prier ou qui ne prient pas, qui ne veulent pas prier, ou pour qui il est impossible de prier : nous sommes le cœur et la voix de ces personnes, la voix qui monte vers Jésus, vers le Père, comme des intercesseurs. Dans la solitude - qu’il s’agisse d’un long temps de solitude ou d’un temps d’une-demi-heure pour prier - celui qui prie se sépare de tout et de tous, pour retrouver tout et tous en Dieu. Ainsi celui qui prie prie pour le monde entier, prenant sur lui les douleurs et les péchés. Il prie pour tous et pour chacun : c’est comme s’il était une « antenne » de Dieu dans le monde. Dans tout pauvre qui frappe à la porte, dans toute personne qui a perdu le sens de la vie, celui qui prie voit le visage du Christ.

 enseignement adf 350 2Le Catéchisme dit : « Intercéder, demander en faveur d’un autre (…) est le propre d’un cœur accordé à la miséricorde de Dieu ». C’est magnifique. Quand nous prions, nous sommes accordés à la miséricorde de Dieu - qui est miséricordieux avec nous : miséricorde envers nos péchés mais aussi miséricorde envers tous ceux qui ont demandé que l’on prie pour eux, ceux pour lesquels nous prions en étant accordés au cœur de Dieu. Voilà la vraie prière. Accordée à la miséricorde de Dieu, cœur miséricordieux. « Dans le temps de l’Église, l’intercession chrétienne participe à celle du Christ : elle est l’expression de la communion des saints ». Qu’est-ce que cela signifie, participer à l’intercession du Christ, quand on intercède pour quelqu’un ou que l’on prie pour quelqu’un ? En fait le Christ devant le Père est intercesseur, il prie pour nous, et il prie en montrant au Père les plaies de ses mains ; Jésus, physiquement, avec son corps, se tient devant le Père. Jésus est notre intercesseur, et prier c’est donc un peu faire comme Jésus : intercéder en Jésus auprès du Père, pour les autres. C’est très beau.

Ce qui importe dans la prière, c’est l’homme. Tout simplement l’homme. Celui qui n’aime pas son frère ne prie pas vraiment. On peut dire cela : on ne peut pas prier dans un esprit de haine ; on ne peut pas prier dans un esprit d’indifférence. La prière ne se donne que dans un esprit d’amour. Celui qui n’aime pas fait semblant de prier, ou bien il croit prier, mais il ne prie pas parce qu’il manque l’esprit qu’est l’amour. Dans l’Église, celui qui connaît la tristesse ou la joie de l’autre va plus en profondeur que celui qui explore les « grands mystères ». C’est pourquoi il y a une expérience de l’humain dans chaque prière, car les personnes, quelles que soient leurs erreurs, ne sont jamais rejetées ou écartées.

Lorsqu’un croyant, mû par l’Esprit Saint, prie pour les pécheurs, il ne fait pas de sélection et n’émet pas de jugement ou de condam-nation : il prie pour tous. Et il prie aussi pour lui-même. Dans ces moments-là, il sait qu’il n’est pas non plus si différent de ceux pour qui il prie : il se sent pécheur parmi les pécheurs, et il prie pour tous

enseignement adf 350 3La lecture de la parabole du pharisien et du publicain est toujours vivante et actuelle (cf. Lc 18, 9-14) : nous ne sommes pas meilleurs que les autres, nous sommes tous frères dans une fragilité et une souffrance commune, et dans notre condition de pécheurs. Voici donc une prière que nous pouvons adresser à Dieu : « Seigneur, aucun vivant n’est juste devant toi (cf. Ps 143, 2) – c’est ce que dit le psaume ; Seigneur, aucun vivant n’est juste devant toi », aucun de nous : nous sommes tous des pécheurs - nous sommes tous des débiteurs qui ont des comptes à rendre ; personne n’est immaculé à tes yeux. Seigneur, aie pitié de nous ! ». Et dans cet esprit, la prière est féconde, parce que nous allons avec humilité devant Dieu prier pour tous. Au contraire, le pharisien priait en se faisant remarquer : « Je te remercie, Seigneur, par ce que je ne suis pas comme ces pécheurs : je suis juste, je fais toujours tout… » Ce n’est pas une prière : ceci, c’est se regarder dans le miroir, se regarder soi-même, se regarder dans le miroir déformé par la vanité.

 Le monde avance grâce à cette chaîne formée par ceux qui prient en intercédant, et qui sont pour la plupart inconnus… mais pas de Dieu ! Il y a tant de chrétiens ignorés qui, en temps de persécutions, ont su répéter les paroles de notre Seigneur : « Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

Le bon pasteur reste fidèle même lorsqu’il constate le péché de son propre peuple : le bon pasteur continue à être père même quand ses enfants s’éloignent et l’abandonnent. Il persévère dans son service de pasteur même envers celui qui le conduit à se salir les mains ; il ne ferme pas son cœur devant celui qui a pu le faire souffrir.

L’Église, dans tous ses membres, a la mission de pratiquer la prière d’intercession, elle intercède pour les autres. Ceux qui ont une responsabilité en ont tout particulièrement le devoir : les parents, les éducateurs, les ministres ordonnés, les supérieurs de communauté… Comme Abraham et Moïse, ils doivent parfois « défendre » devant Dieu les personnes qui leur sont confiées. En réalité, il s’agit de les regarder avec les yeux et le cœur de Dieu, avec la même compassion et la même tendresse sans faille. Prier avec tendresse pour les autres.

Frères et sœurs, nous sommes tous des feuilles du même arbre : chacune, lorsqu’elle se détache, nous rappelle que nous devons nous soutenir les uns les autres dans la prière. Prions les uns pour les autres : cela nous fera du bien à nous et fera du bien à tous. Merci !

Pape François (décembre 2020),de la part de Marie (La Riche)

« Cette fois ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! »

Ci-dessous la seconde partie d’une lettre pastorale écrite par le Père Grégoire Bellut, curé de Joinville-le-Pont, à destination des fiancés. 

Bruno (Champigny)

ADF 349 ens 21/ Le mariage, lieu de la beauté de la relation
Les époux peuvent se tourner vers leurs épouses en s’écriant « Que tu es belle ma bien aimée » . Un chant de louange, qui peut être repris par tous comme un geste d’admiration de l’œuvre de Dieu dans son expression humaine. Et les épouses peuvent répondre à leurs maris « Ah ! Que tu es beau, mon bien-aimé : tu es la grâce même ! ». 

Le mariage est donc la célébration de la beauté de Dieu dans notre vie par l’altérité. L’autre devient le passage vers la sainteté dans la complémentarité des rapports humains, homme-femme et de l’alliance qui se dessine comme une promesse en réalisation. En effet le mariage est un appel au bonheur. Ce n’est pas juste un son de cloche dans nos vies mais bien une onde de choc, qui change tous nos rapports dans cet ajustement à l’autre, à travers ses richesses et ses pauvretés, à travers notre histoire, ses lourdeurs et ses merveilles. 

L’alliance dans la fidélité est un appel à la joie parfaite, qui ouvre à la fécondité des enfants comme lieu de réalisation de la grâce de Dieu, à l’indissolubilité - colonne vertébrale de tous nos choix de vie et de nos engagements - et à la liberté d’entrer dans le service par le don sincère de soi-même. 

2/ Le mariage, une joie pour Dieu
Oui, le mariage est une joie de Dieu pour trois. La joie se comprend dans cette communion de l’époux et de l’épouse, qui invite à la communion avec Dieu dans un échange incessant à trois où nous sommes invités à L’entendre marcher dans notre jardin familier, à venir à sa rencontre pour dialoguer avec Lui et réchauffer nos cœurs en sa présence. 

ADF 349 ens 1Mais le mariage est aussi une joie à cinq personnes, car Dieu est Trinité, qui nous rappelle la Parole comme lieu de liberté, l’incarnation comme lieu de réalité et la prière comme lieu de dialogue et du don gratuit. L’invitation à la joie dans le mariage est bien une exploration quotidienne d’un dialogue fructueux à développer à deux. C’est d’ailleurs la définition du dialogue qui demande l’écoute et l’attention pour évoluer ensemble par rapport au monologue, même à deux voix car souvent statique, assis sur des positionnements infructueux. 

En même temps, dans un monde qui se veut libéré de toutes les normes, il faut rappeler que le mariage a des règles. Notamment la première, d’avoir une histoire à vivre à deux - et non en parallèle - une histoire qui s’enrichit de la présence de l’autre et se révèle féconde à travers le témoignage aux autres et l’acceptation de la vie au sein de la famille.
L’autre norme demande la confiance en l’autre, pour vivre ce temps comme un épanouissement personnel et en couple, c’est la notion même de fidélité. Accepter les tensions, comme les joies, dans un rapport ouvert au dialogue et à l’acceptation des limites de l’autre. Fuir ailleurs est souvent un signe de faiblesse et l’illusion mortifère d’une fascination par la nouveauté qui rendrait plus libre, mais en même temps aliène concrètement dans une superficialité désespérante. 

La relation engage dans le temps pour vivre quelque chose jusqu’au bout de soi-même et, pourrait-on dire, même si la mort nous sépare. Une réalité du lien que certains perçoivent comme absolue, qui transcende le monde et passe pour avoir un gout d’éternité. D’ailleurs la question peut être posée : la mort est-elle la fin du lien ? Dans la théologie sacramentelle, la réponse est positive. Parfois dans les relations humaines, il y a une volonté de refaire un couple, comme lieu de complémentarité. Mais certains veufs ou veuves restent fidèles à un sacrement jugé éternel. La pérennité du mariage pour toujours ne peut être déniée par l’affirmation qu’il n’y aurait plus ni mari ni femme au paradis en réponse à la question des sadducéens posée à Jésus. Pourquoi ? Parce que la beauté du lien engagé dans un sacrement - quel qu’il soit - a toujours, dans l’engagement et la responsabilité de la personne qui le vit, quelque chose d’éternel. Néanmoins il faut bien penser que nos mots sont faibles pour représenter la richesse du sacrement et la prolixité dela relation. Avoir une vision humaine du Paradis n’est pas rendre compte de la richesse de la civilisation de l’amour. Car l’amour se découvre davantage chaque jour et est le fruit du murissement de la relation à l’autre. 

Ainsi, la joie de Dieu est une ouverture à la rencontre qui passe par l’incarnation relationnelle. Il ne s’agit pas de prier Dieu en délaissant une moitié de soi. C’est bien dans l’intégralité du couple que la prière est lieu de rencontre, chacun selon ses charismes, respectant sa manière d’être et de prier et la possible transformation de sa vie sous le regard du Christ et dans le souffle de l’Esprit. La joie est reconnaissance d’une Terre promise après bien des efforts et des difficultés pour ajuster sa vie à la volonté de Dieu. La joie n’exempte pas des épreuves ni des difficultés quotidiennes, mais elle se recueille dans la sagesse de l’expérience humaine et la vraie rencontre qui demande l’amour, le pardon et l’action de grâce. « Vois, l’hiver s’en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. Sur la terre apparaissent les fleurs, le temps des chansons est venu et la voix de la tourterelle s’entend sur notre Terre. Le figuier a formé ses premiers fruits, la vigne fleurie exhale sa bonne odeur. Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… » . La joie de la relation est un poème d’amour lorsque Dieu est au centre de notre vie. Nous devons en faire une composition en vers dans tous les actes que nous posons, essayant d’accorder nos pas aux pas de l’autre et d’avancer ensemble pour un monde meilleur. La vie de famille porte la société et dit quelque chose du bien commun. 

ADF 349 ens 43/ L’ère du soupçon
Je redis l’appel à la joie qu’est le mariage dans cette nouvelle ère du soupçon dans la relation à l’autre, de la diffusion des divorces comme inéluctables à toute rencontre et de la réduction de la liberté de l’autre dans une vie de dénégation et de galère. Certes la joie du mariage n’exempte pas des écueils de l’individualisme ou du renfermement sur soi, ni de la fascination idolâtrique devant la séduction du travail, du pouvoir ou de l’autre. Tout cela est vrai, mais n’est certainement pas premier. Le combat spirituel n’est pas le tout de la foi. Nul ne s’engage dans la relation avec le Christ en recherchant le martyre. Mais le mariage, s’il est vécu dans la prière, s’il respecte la dignité de chacun, s’il se conjugue dans le dialogue avec l’autre et l’attention au quotidien, est une vraie joie que nul ne peut ravir. 

Qu’il y ait des écueils, c’est une évidence, dans une société qui prône le culte du résultat et de l’apparence : vivre en profondeur sa relation amoureuse demande beaucoup d’abnégation, de tâtonnements, d’écoute et d’ajustements. Les séduisantes attirances vers d’autres valeurs nous demandent un enracinement dans la foi et la capacité de résister, en méditant la Parole dans la confiance en la tradition apostolique. Il y a une vraie joie dans l’engagement pour toujours, parce que les richesses relationnelles et la stabilité de vie que cela apporte sont sources de bonheur. 

Mais les attaques contre le couple sont récurrentes et se veulent modernes, alors qu’elles étaient déjà présentes dans l’antiquité. Ainsi l’union libre, qui sévit à Rome au temps d’Auguste (de 27 avant JC à 14 après JC), celui-ci demandant aux Romains de se marier pour régulariser les situations matrimoniales, a vu se développer un concubinage endémique. Les unions libres d’aujourd’hui sont des caisses de résonnance de l’antiquité qui ne peuvent se prévaloir d’une quelconque modernité. D’autres accusent le temps pour dire que vivre à deux pour un CDD, c’est possible, mais que lorsque cela dure 50 ans, c’est du domaine de l’exploit. La relation à deux dans une pleine communion a toujours un goût d’éternité qui reflète la civilisation de l’amour, que cela soit de quelques semaines à plusieurs décennies. Le choix de vie ancré sur la décision de vivre son oui en toute circonstance est un lieu d’épanouissement, certes avec des épreuves, mais aussi avec tant de succès que la joie d’être ensemble prime sur tout le reste. 

Les échecs apparents ne sont pas une justification au refus de s’engager. Certes, il peut y avoir des couples qui ne sont pas stables, des conflits et des vies à deux qui se révèlent difficiles. Parfois l’engagement conjugal est plus une fuite devant la solitude ou un refuge vers un "conjoint-médicament". Mais ne nous décourageons pas car le mariage demande la vertu d’espérance en la finalité du Salut promis à tous. 

Synthèse
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Comprenons-le bien, la joie n’est pas un mythe ni une belle histoire qui se raconte de génération en génération. La joie dans le mariage est la réalisation d’un ajustement à l’appel de Dieu dans la vie de chacun et dans la vie à deux. « La civilisation de l'amour appelle à la joie : entre autres, la joie qu'un homme soit venu au monde et donc, pour les époux, la joie d'être devenus parents. La civilisation de l'amour signifie "mettre sa joie dans la vérité". » Si je me sais sauvé par Jésus, ma joie demeure en toute circonstance et dans le rayonnement de sa présence. Or, la joie dont parle le Christ est celle de la présence de la Personne-Don dans notre vie, qui nous invite à nous donner nous-mêmes. « L’homme, seule créature sur Terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don sincère de lui-même ». La joie naît du don, se reconnaît dans le don et se témoigne par le don. Or, le mariage par l’alliance des époux est un des sacrements du don. 

Ainsi la prière de notre communauté en Eglise demande d’être attentifs à la vie de l’Esprit qui nous habite. Dois-je rappeler ici l’importance du sacrement de confirmation comme lieu du don de Dieu par pure grâce ? « L'Eglise, qui inclut en son cœur tous les cœurs humains, demande à l'Esprit Saint la béatitude qui trouve en Dieu seul sa réalisation totale : la joie que "nul n'enlèvera", la joie qui est le fruit de l'amour et donc fruit de Dieu qui est Amour ; elle demande "la justice, la paix et la joie dans l'Esprit Saint" qui constituent, selon saint Paul, "le Règne de Dieu" ». Ainsi œuvrer, par le sacrement du mariage, à vivre du fruit de l’Esprit Saint qu’est la joie, c’est élargir la civilisation de l’amour à notre demeure. Les témoins sont là pour entendre votre oui et, tout au long de votre vie, témoigner de l’engagement de Dieu et recueillir les fruits de votre joie. « Je suis descendu au jardin du noyer voir le vallon qui verdoie, voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers sont en fleurs »

Père Grégoire Bellut, accompagnateur du groupe du Val-de-Marne

BarbarinMonseigneur Barbarin ne nous a pas annoncé la Bonne Nouvelle : il l'a respirée devant nous, l'a vécue, l'a incarnée ! Il ne s'est pas adressé à notre intellect avec des arguments logiques mais à notre cœur par petites touches intuitives. Le tableau qu'il nous a brossé est donc plus pointilliste que figuratif...

La miséricorde 

« Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu'à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passerÖ » (Exode 34, 5-7). 

A partir de ce texte, les traditions talmudique et rabbinique énumèrent treize attributs avec lesquels Dieu régit le monde. 

Le plus beau psaume de la miséricorde (Ps 102) ne contient pas une seule fois ce mot. Bien que présente à deux reprises dans les cantiques de Marie et de Zacharie, la miséricorde a été remplacée par "l'amour" dans la traduction française actuelleÖ Les trois derniers papes l'ont néanmoins remise à l'honneur : 

- « La mentalité contemporaine semble s'opposer au Dieu de miséricorde. Le mot et l'idée de miséricorde semblent mettre mal à l'aise l'homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu'ici, est devenu maître de la Terre qu'il a soumise et dominée » (Dives in misericordia, Jean-Paul II, 1980) 

- « C'est pourquoi, aujourd'hui, je veux confier solennellement le monde à la Divine Miséricorde » (dédicace du sanctuaire de Cracovie -Łagiewniki, Jean-Paul Il, 2002). 

- « La miséricorde est en réalité le noyau central du message évangélique, c'est le nom même de Dieu, le visage avec lequel Il s'est révélé dans l'ancienne Alliance et pleinement en Jésus-Christ, incarnation de l'amour créateur et rédempteur. » (Benoît XVI, Regina Cœli du 30 mars 2008). 

- « Voici venu le temps de la miséricorde » (Misericordia et misera, pape François, 2016). 

Osée, « le plus beau livre sur la miséricorde » (Os 11, 7-9) : « Mon peuple s'accroche à son infidélité ; on l'appelle vers le haut ; aucun ne s'élève. Vais-je t'abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ? [Ö] Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. » Dieu a le cœur bouleversé, les tripes remuées, il ne peut pas retenir sa miséricordeÖ J'ai vu la misère de mon peuple », EX 3, 7) 

Sémantique autour du mot "miséricorde" 

- "entrailles", "tendresse" en hébreu et en grec ; 

- "grâce" en anglais, c'est-à-dire "vie" (condamné gracié), "beauté profonde" (grâcieux) et "gratuité" ; 

- "cœur qui a pitié" en allemand ; 

- "transplantation du cœur de Dieu à la place du mien" en malgache ; 

- "cœur qui aime" en polonais. 

Miséricorde et colère 

La colère de Jésus est une forme de son amour, qui élève le ton quand sa Parole n'est pas entendue : « malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux » (Mt 23, 27). 

Miséricorde et perfection 

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). "Parfait" signifie, en grec, "non fini". 

"Faits" par Dieu, nous avons été "défaits" par le péché puis "refaits" lors de la réconciliation. Nous devons donc nous "parfaire" pour achever le travail commencé par DieuÖ « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). La miséricorde est ainsi mise au sommet de toute la Torah, tout comme elle est au milieu des béatitudes (Mt 5, 7), qui dressent un véritable portrait de Jésus. 

Miséricorde et justice 

La miséricorde doit suivre la justice car elle n'est pas une gomme à effacer : ce qui est important dans la confession n'est pas mon péché mais de me tenir droit, en vérité, devant Dieu. 

Les "Magnificat" de Jésus et de Marie 

Devant la miséricorde du Père qui déferle sur l'humanité, « Jésus exulta de joie sous l'action de l'Esprit Saint, et il dit : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bienveillance." » (Lc 10, 21) Marie, « chef d'œuvre de grâce » (Mgr Perrier), peu éclairée par la réponse fumeuse de l'ange, fut toute bouleversée par la réponse d'Elisabeth sous l'action de la miséricorde : « d'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » (Lc 1, 43). Son cantique est une explosion de joie dont le verset 50 « sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent » est suivi par une description du mode opératoire : les orgueilleux sont convertis après avoir été terrassés, les murs de béton sont pulvérisés au canon de 75 et le gamin rétif Israël est secoué puis repris en mainsÖ

La paix 

A la question de Jude, Jésus répondit : « le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » « Je vous laisse la paix (la paix à réaliser), je vous donne ma paix (ma paix intérieure, car vous en aurez besoinÖ» (Jn 14, 26-27) 

Le « OUI » 

Dans la vie de Jésus, il n'y a eu que des "oui" « car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous [Ö] n'a pas été "oui et non" ; il n'a été que "oui" » (2 Co 1,19) 

Il nous reste à inscrire notre "oui" dans la cascade de tendresse et le ruissellement d'amour qui se déversent en venant du PèreÖ Comme notre "oui" est fragile, nous devons l'éclairer par la dernière parole de Jésus : « vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins [Ö] jusqu'aux extrémités de la Terre. » 

Notre "oui" est notre mission et notre confirmation nous permet d'être ses martyrs « pour que la parole du Seigneur poursuive sa course et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous » (2 Th 3, 1). 

Amen !