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BarbarinMonseigneur Barbarin ne nous a pas annoncé la Bonne Nouvelle : il l'a respirée devant nous, l'a vécue, l'a incarnée ! Il ne s'est pas adressé à notre intellect avec des arguments logiques mais à notre cœur par petites touches intuitives. Le tableau qu'il nous a brossé est donc plus pointilliste que figuratif...

La miséricorde 

« Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu'à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passerÖ » (Exode 34, 5-7). 

A partir de ce texte, les traditions talmudique et rabbinique énumèrent treize attributs avec lesquels Dieu régit le monde. 

Le plus beau psaume de la miséricorde (Ps 102) ne contient pas une seule fois ce mot. Bien que présente à deux reprises dans les cantiques de Marie et de Zacharie, la miséricorde a été remplacée par "l'amour" dans la traduction française actuelleÖ Les trois derniers papes l'ont néanmoins remise à l'honneur : 

- « La mentalité contemporaine semble s'opposer au Dieu de miséricorde. Le mot et l'idée de miséricorde semblent mettre mal à l'aise l'homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu'ici, est devenu maître de la Terre qu'il a soumise et dominée » (Dives in misericordia, Jean-Paul II, 1980) 

- « C'est pourquoi, aujourd'hui, je veux confier solennellement le monde à la Divine Miséricorde » (dédicace du sanctuaire de Cracovie -Łagiewniki, Jean-Paul Il, 2002). 

- « La miséricorde est en réalité le noyau central du message évangélique, c'est le nom même de Dieu, le visage avec lequel Il s'est révélé dans l'ancienne Alliance et pleinement en Jésus-Christ, incarnation de l'amour créateur et rédempteur. » (Benoît XVI, Regina Cœli du 30 mars 2008). 

- « Voici venu le temps de la miséricorde » (Misericordia et misera, pape François, 2016). 

Osée, « le plus beau livre sur la miséricorde » (Os 11, 7-9) : « Mon peuple s'accroche à son infidélité ; on l'appelle vers le haut ; aucun ne s'élève. Vais-je t'abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ? [Ö] Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. » Dieu a le cœur bouleversé, les tripes remuées, il ne peut pas retenir sa miséricordeÖ J'ai vu la misère de mon peuple », EX 3, 7) 

Sémantique autour du mot "miséricorde" 

- "entrailles", "tendresse" en hébreu et en grec ; 

- "grâce" en anglais, c'est-à-dire "vie" (condamné gracié), "beauté profonde" (grâcieux) et "gratuité" ; 

- "cœur qui a pitié" en allemand ; 

- "transplantation du cœur de Dieu à la place du mien" en malgache ; 

- "cœur qui aime" en polonais. 

Miséricorde et colère 

La colère de Jésus est une forme de son amour, qui élève le ton quand sa Parole n'est pas entendue : « malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux » (Mt 23, 27). 

Miséricorde et perfection 

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). "Parfait" signifie, en grec, "non fini". 

"Faits" par Dieu, nous avons été "défaits" par le péché puis "refaits" lors de la réconciliation. Nous devons donc nous "parfaire" pour achever le travail commencé par DieuÖ « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). La miséricorde est ainsi mise au sommet de toute la Torah, tout comme elle est au milieu des béatitudes (Mt 5, 7), qui dressent un véritable portrait de Jésus. 

Miséricorde et justice 

La miséricorde doit suivre la justice car elle n'est pas une gomme à effacer : ce qui est important dans la confession n'est pas mon péché mais de me tenir droit, en vérité, devant Dieu. 

Les "Magnificat" de Jésus et de Marie 

Devant la miséricorde du Père qui déferle sur l'humanité, « Jésus exulta de joie sous l'action de l'Esprit Saint, et il dit : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bienveillance." » (Lc 10, 21) Marie, « chef d'œuvre de grâce » (Mgr Perrier), peu éclairée par la réponse fumeuse de l'ange, fut toute bouleversée par la réponse d'Elisabeth sous l'action de la miséricorde : « d'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » (Lc 1, 43). Son cantique est une explosion de joie dont le verset 50 « sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent » est suivi par une description du mode opératoire : les orgueilleux sont convertis après avoir été terrassés, les murs de béton sont pulvérisés au canon de 75 et le gamin rétif Israël est secoué puis repris en mainsÖ

La paix 

A la question de Jude, Jésus répondit : « le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » « Je vous laisse la paix (la paix à réaliser), je vous donne ma paix (ma paix intérieure, car vous en aurez besoinÖ» (Jn 14, 26-27) 

Le « OUI » 

Dans la vie de Jésus, il n'y a eu que des "oui" « car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous [Ö] n'a pas été "oui et non" ; il n'a été que "oui" » (2 Co 1,19) 

Il nous reste à inscrire notre "oui" dans la cascade de tendresse et le ruissellement d'amour qui se déversent en venant du PèreÖ Comme notre "oui" est fragile, nous devons l'éclairer par la dernière parole de Jésus : « vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins [Ö] jusqu'aux extrémités de la Terre. » 

Notre "oui" est notre mission et notre confirmation nous permet d'être ses martyrs « pour que la parole du Seigneur poursuive sa course et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous » (2 Th 3, 1). 

Amen !