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« Je viens car je veux en finir avec la vie… »

Il y a plus de 25 ans, j’ai reçu en tant que Père hôtelier une lettre d’un homme qui me relatait son désespoir et la volonté de quitter ce monde en se mettant au service d’une sainte cause… mais il voulait faire une retraite pour s’y préparer ! Autant vous dire que je lui ai répondu qu’il pouvait venir au plus vite et que nous l’attendions.

De fait, cet homme avait subi échec sur échec, tant professionnel, familial que spirituel. J’ai essayé tant bien que mal de l’éclairer, de le réconforter et surtout de repousser l’échéance de sa décision. Grâce à Dieu il y renonça totalement et se tourna résolument vers Dieu.

Près de 20 ans après, je recevais une autre lettre de ce monsieur, presque aussi déstabilisante que la première : il m’invitait à prêcher une récollection à des SDF ! En effet, il s’était depuis inscrit dans un groupe de catholiques qui voulaient être fidèles à leur sacrement de mariage malgré la séparation de leur conjoint. Ce groupe s’appelait « Séparés, Divorcés, Fidèles » ou Communion Notre-Dame de l’Alliance, en bref des SDF… d’un genre particulier !

Mais le plus troublant pour moi, c’étaient surtout les trois thèmes qu’il m’était demandé de traiter : le silence, l’écoute et la prière de saint Joseph… imaginez mon malaise quand on sait que saint Joseph n’a prononcé aucune parole connue, que l’on ignore presque tout de sa vie, et qu’il fallait traiter chacun des thèmes pendant une heure !

Du coup il a fallu que j’approfondisse sérieusement ma connaissance sur saint Joseph, ce qui me prit beaucoup de temps mais me permit de mieux apprécier ce grand saint de l’Église.

Une année avec saint Joseph

st Joseph 2 adf 351C’est donc avec joie que j’ai appris que le Saint-Père consacrait cette année à saint Joseph ! J’imagine que certains se demanderont si cela est bien opportun par les temps qui courent et s’il n’aurait pas pu choisir un autre saint plus d’actualité ! Eh bien, je les invite alors à lire cette plaquette : « Joseph, modèle de vie » (www.mdnproductions.fr) pour en être convaincus… En effet, face à un monde qui ignore le message évangélique et qui ne pense qu’à s’exposer à travers tous les réseaux sociaux, qu’à se glorifier par l’ambition et la réussite sociale ou qu’à s’éclater avec tous les plaisirs et distractions qu’offre notre société débridée, saint Joseph apparaît comme le modèle d’une vie belle, féconde et réussie, éloignée de tous les travers de ce monde. Et puis rappelons-nous cette fameuse prophétie de Marthe Robin : « saint Joseph sera le saint du XXIe siècle ».

En cette année dont les restrictions se poursuivent dans un contexte social pénible, je vous propose donc de prendre saint Joseph comme guide. Rien de tel qu’un beau et saint modèle pour nous donner du courage et de l’allant dans cette démarche de conversion qui nous fait toujours un peu peur !

Avec l’aide de ce grand saint nous arriverons plus facilement à bon port, quelles que soient les difficultés que nous rencontrerons. Saint Bernard nous l’affirme : « Il y a des saints qui ont le pouvoir de protéger dans certaines circonstances ; mais il a été accordé à saint Joseph de secourir dans toute espèce de nécessité et de défendre tous ceux qui recourent à lui avec des sentiments de piété. »

Saint Joseph, un allié dans notre combat spirituel

Notre-Seigneur lui-même combattit le démon à la fin de ses quarante jours au désert. Ne nous faisons pas d’illusion, nous aussi nous serons attaqués par le démon car il cherche à nous déstabiliser. Saint Joseph nous sera alors d’une aide précieuse, lui qui est appelé la « terreur des démons » dans ses litanies. Le démon est en effet terrassé par la prière des saints, or saint Joseph est, d’après la tradition de l’Église, le plus grand saint après son épouse Marie [].

Le démon ne sera pas le seul ennemi pendant cette marche au désert, tous nos vices, nos mauvaises habitudes, nos péchés et nos imperfections seront des entraves à notre conversion intérieure. La contemplation des vertus de saint Joseph pourra alors être un stimulant précieux pour nous aider à être victorieux. Dans ce monde matérialiste, hédoniste, jouisseur, impur et débridé, la pauvreté, la chasteté et l’obéissance de saint Joseph sont des bouffées d’oxygène pour notre âme éprise de beauté, de pureté et de sainteté. Face à la laideur du monde et de ses vices, il est vital pour nos âmes de contempler les vertus opposées. Ce sont les exemples des saints qui nous aideront à lutter contre les tentations, qui nous entourent et qui font alliance avec nos ennemis de l’intérieur que sont nos mauvaises passions.

Pour être vainqueur dans ce combat spirituel, il faut être fort. Or, saint Joseph était un homme fort, non seulement intérieurement mais physiquement ; cela nous sera peut-être très utile un jour. « Un médecin danois renommé prenait le train. S’endormant quelques instants, il se retrouve face à un colosse qui commence à l’étrangler. Dévot de saint Joseph, il l’invoque à son secours… et un coup de poing formidable terrasse le colosse. Très surpris, tous deux regardent du côté de la fenêtre, d’où est parti le coup, et voient le visage de saint Joseph tel qu’il est représenté par la statue que le médecin a dans sa maison. L’agresseur, touché dans les deux sens du terme, se convertira par la suite et se livrera finalement lui-même à la justice pour ses méfaits. »

Saint Joseph, un modèle de silence dans un monde sur-agité

Saint Joseph est connu pour son silence car nous ne trouvons aucune parole de lui dans la sainte Écriture. Les Évangiles sont particulièrement discrets à son propos : ils ne nous précisent ni le lieu ni la date de sa naissance, et l’on ne sait rien de sa mort. Non seulement il n’était pas bavard, mais il ne nous a laissé aucun écrit. Ce silence sur sa vie et dans sa vie est une leçon pour vous qui vivez dans un monde bruyant dont la vie intérieure a été soigneusement bannie. Le silence est pourtant fondamental pour cultiver une vraie vie intérieure, et c’est ce que viennent chercher précisément les retraitants à l’abbaye, je puis en témoigner en tant que Père hôtelier.

Saint Joseph, un guide pour notre vie intérieure

st Joseph 1 adf 351Si ce temps de restrictions est assurément un temps de conversion et d’effort spirituel pour nous purifier, il s’agit là de l'aspect « négatif », car il existe un aspect « positif », celui de notre union à Dieu. Tel est bien en effet le but ultime de cette épreuve : ressusciter intérieurement avec le Christ ! Au Ciel, il n’y aura plu


s de vie ascétique, mais seulement mystique, celle de la contemplation éternelle et bienheureuse de Dieu. Oui, telle est bien notre destinée finale, à laquelle il faut penser régulièrement comme but de notre vie sur Terre !

Saint Joseph peut nous y aider, lui qui a eu la grâce insigne de vivre dès ici-bas avec le Fils de Dieu et sa mère, la très sainte Vierge Marie. Pour cela, je vous invite à mieux connaître le plus grand saint de tous les temps en lisant un excellent livre sur lui : « Saint Joseph, époux de Marie » aux éditions Traditions Monastiques. Vous y trouverez en particulier bon nombre de petites histoires sur saint Joseph qui vous montreront la toute-puissance de sa prière.

Pour vous en convaincre, voici celle d’une prostituée sauvée in extremis par saint Joseph : « Cette femme de mauvaise vie qui agonisait le 2 janvier 1885 se savait pécheresse, d’où son désespoir de ne pouvoir se confesser avant de mourir. Un vieillard se présenta cette nuit même à un prêtre pour lui dire de se rendre de toute urgence à telle adresse, malgré le froid et la nuit noire. Très dubitatif en raison de l’adresse indiquant une maison close, il hésitait, mais le viei

llard insista tellement qu’il se laissa convaincre de venir donner les derniers sacrements à cette pauvre femme. Une fois sur les lieux, personne n’ouvrant, ce fut le vieillard qui ouvrit la porte, on ne sait comment, et le prêtre put se rendre auprès de la mourante. Celle-ci fut toute surprise mais ravie de voir un prêtre venir à elle. Elle confessa alors les péchés de sa longue vie peccamineuse, qui pesaient lourdement sur sa conscience. F

rappé par la vive contrition de cette femme, le prêtre lui demanda si elle avait conservé quelque pratique religieuse. « Aucune, dit-elle, sauf une prière que je récitais chaque jour à saint Joseph pour obtenir une bonne mort. » Dès lors, le prêtre comprit que le mystérieux vieillard n’était autre que saint Joseph, patron de la bonne mort ! »

Je vous assure que je prierai le saint patron de la famille, pour vous et vos chères familles, tout au long de cette année.

Frère François de Sales, abbaye Sainte-Madeleine du Barroux,

tiré d’une Lettre du chapître Saint-Agricol par Bruno (en transhumance)