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"Cette Famille est là, qui avec vous chemine"

Francis Jammes, né à Tournay (Hautes Pyrénées) le 2/12/1868 et mort à Hasparren (Basses Pyrénées) le 1/11/1938 est un poète, romancier, dramaturge et critique français. 

On peut situer en 1905 sa « conversion » au catholicisme (en fait, son retour à une pratique religieuse) : à La Bastide-Clairence, le 7 juillet, Claudel, de retour de Chine, sert la messe qui marque l'événement. Sa poésie devient plus religieuse et dogmatique.

En octobre 1907, à 39 ans, il se fiance (à Lourdes) et épouse (à Bucy-le-long dans l'Aisne) une fervente admiratrice Geneviève Goedorp. Le couple aura sept enfants, l'aînée, Bernadette (par référence à sainte Bernadette et Lourdes), le quatrième, Paul, à cause de Claudel. 

En 1905, parait le recueil « l’Eglise habillée de feuilles », comprenant de nombreux poèmes dont celui ci-dessous. 

Olivier (Lyon) – Val de Rhône et Saône

Au crépuscule, à l’heure où le silence saint

De la chapelle, par un mariage divin,

S’unit aux boiseries qu’orne un chemin de croix,

Enfumées du parfum des encens séculaires…

Quand l’ombre rejoint l’eau dans le bénitier froid…

Quand le vent pleure bas autour du presbytère

Dans les tristes rameaux de peupliers carolins…

Quand le dernier rayon dore de son mystère

L’althaea rose auprès duquel lit son bréviaire

Un humble desservant qui va vers son déclin…

Alors, sortant de la chapelle où l’a mené

Sa rêverie errante, le poète a refermé

La grille. On voit la lune en métal bosselé.

L’âme garde longtemps le parfum du rosaire

Comme la boite verte garde une odeur de feuilles.

Certes il est bon, quand la Terre vous abandonne,

De méditer, et qu’alors le Ciel vous accueille.

Il est bon, quand sur soi l’orage couve et tonne,

De descendre dans la profondeur des Mystères ;

Il est bon lorsque les hommes vous ont trahi,

Quand on est exilé, quand on n’est pas compris,

De retrouver toujours la Famille divine.

Cette Famille est là,
qui avec vous chemine

Ou s’arrête avec vous, matin, midi et soir ;

Il est bon de parler à la Vierge et la voir,

Tantôt enfant,
avec son voile dans le Temple,

Pure comme elle-même
et remplissant sa lampe ;

Tantôt tranquillement belle,
puissamment mère ;

Tantôt vieille, voûtée et saintement amère.

Il est bon d’évoquer son Enfant glorieux

Et, banni par les hommes,
d’habiter avec Dieu.