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Mon mari et moi nous rencontrons en 1983… notre amour grandit… J’exerce la profession de secrétaire médicale, il est ouvrier maçon. En août 1985 nous scellons notre union par le oui devant Dieu… Nous avons reçu une éducation religieuse, nos parents sont pratiquants, mon mari et moi faisons de même. En 1987 nous avons la joie d’avoir Rémi, notre fils unique du fait de mes antécédents médicaux compliqués (malformation cardiaque). Nous sommes intégrés en Eglise, ayant bon nombre de relations. Quand Rémi atteint l’âge de 5 ans je rejoins le groupe d’éveil à la foi de notre paroisse… Puis je deviens catéchiste.

Tout bascule soudain ce dimanche 14 avril 1996, je suis victime d’un AVC… Pompiers, SAMU, direction CHD La Roche, CHU Nantes… Pronostic vital engagé… Après quelques jours en réanimation, je suis hors de danger… Mais le verdict est là, définitif : je suis passée du statut de personne valide à celui de personne handicapée puisque hémiplégique gauche… Je reste hospitalisée sept mois. Il me faut réapprendre à marcher… Heureusement, je n’ai pas eu d’atteinte de la parole… Mon mari doit assumer son travail et l’éducation de notre fils. Ma malformation cardiaque ayant été la cause de l’AVC, je reste suivie et ai été opérée du cœur à trois reprises depuis. Mon conjoint a été remarquable par son soutien, son écoute, sa présence à mes côtés. Avec le temps, la vie reprend son cours. Je reviens à la maison, mais garde des séquelles. Ce gros souci de santé a beaucoup ébranlé notre couple.

La place et l’importance de la foi dans tout ça ? Elle a été ma force…

Mon handicap, que j’ai encore du mal à accepter, m’a permis de grandir dans la foi au Seigneur. Pour mon époux, elle a sans doute été aussi son roc pour tenir. Au fil du temps, j’ai repris quelques activités de bénévolat associatif et en Eglise.

En 2000, mon mari crée son entreprise de maîtrise d’œuvre dans le bâtiment… Il est très pris par son travail entre le bureau, les chantiers, les clients… J’essaie tant bien que mal de suivre l’éducation de notre fils… Notre foi en Dieu vivant tient bien sa place dans notre vie de couple et de famille. En 2007 nous commençons à aller au pèlerinage diocésain de Lourdes avec l’Hospitalité vendéenne. Mon mari accepte, en plus de son entreprise, quelques responsabilités ecclésiales qui le font vivre, me dit-il… Nous sommes connus au sein de notre paroisse… Heureux… Rémi notre garçon a 18 ans. Le bac en poche, il part en fac à Rennes… puis études de musique au Conservatoire…

Notre couple est à nouveau éprouvé dans les années 2009 à 2012…

Notre enfant est en profond mal-être ; nous ne l’avons pas vu venir, à notre grand regret et désarroi… Addiction à l’alcool, dialogue parents-enfant compliqué voire impossible, agressivité, violence de Rémi dès qu’il est alcoolisé… Accident, suspension de permis, cure de sevrage d’alcool, rechute, annulation du permis de conduire, arrêt des études… Que de souffrance pour nous parents ! Au terme de plusieurs hospitalisations consécutives à sa maladie alcoolique, il accepte enfin de se faire aider et décide de cesser toute consommation d’alcool. Nous sommes en novembre 2012, Rémi vient juste d’avoir 25 ans. Notons qu’il est toujours abstinent depuis ce jour- là ! Merci Seigneur !

La barque de notre couple chavire début 2013, le jour où mon mari m’annonce qu’il me quitte. 

Je suis consternée, stupéfaite, désolée… Véritable tsunami ! Que de larmes versées… Période de révolte : « Seigneur, pourquoi ça m’arrive à moi ? Et comment m’en sortir, avec en plus mon handicap ? » Mon mari quitte le domicile conjugal, nous vendons notre maison et je viens habiter dans un petit locatif. Notre divorce civil est prononcé fin 2015. 

La place de la foi au cœur de l’épreuve de la séparation…. 

J’ai beaucoup de chance d’avoir la foi… Au départ de mon mari, je traverse une période de grande déprime. Je continue bien sûr d’aller à la messe et, suis accompagnée spirituellement par un prêtre… Ce dernier me parle à plusieurs reprises de la Communion Notre-Dame de l’Alliance. Le temps passe et, fin 2015, je lui reparle de la Communion, voulant en savoir un peu plus sur ce mouvement. Je rencontre Marilys et François, les responsables, qui m’accueillent chaleureusement… Nos partages de vie respectifs me font beaucoup de bien. Je rejoins la CNDA en février 2016, lors d’une récollection, me demandant quand même où je vais… Est-ce vraiment pour moi ? Ce week-end vécu avec les frères et sœurs est pour moi lumière sur mon chemin tortueux… Je me sens de suite assez à l’aise pour échanger… Et quelle bienveillance les uns envers les autres… J’apprécie surtout la mixité du mouvement, qui rend les échanges nettement plus riches… Cette fraternité en Christ qui nous unit m’a aidée à « reprendre le dessus » de notre séparation. Et quelle joie de se retrouver régulièrement lors des récollections, journées d’amitié et retraites annuelles ! 

Il faut du temps pour se relever d’une séparation… Je rejoins le Seigneur via la prière quotidienne, l’eucharistie le dimanche et parfois en semaine. De même, le sacrement de réconciliation me donne encore et toujours le courage de me battre et de sourire à la vie... Je me suis dit à un moment « tu te bats ou te laisses aller ? » Mais quoi de plus beau que la vie ? Même avec mon handicap et seule, le Christ a besoin de moi, comme moi je l’aime et m’appuie sur lui chaque jour pour avancer. Un fort sentiment de culpabilité envers mon époux m’a longtemps empoisonnée, pensant avoir mérité qu’il me quitte… 

Avec le temps, les blessures cicatrisent, s’estompent. 

« Quiconque met la main à la charrue puis regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu » (Luc 9, 62). Cette parole que je fais mienne m’a interrogée il y a quelques temps et j’ai compris que je n’allais pas toujours vivre en ressassant passé et regrets. Depuis que j’arrive à prier pour mon mari, ça va bien mieux. Je rends grâce au Seigneur pour nos 28 ans de vie commune, me dis qu’il a eu la bonté de rester et de prendre soin de moi pendant 17 ans depuis mon AVC. 

Pour moi, la fidélité à notre sacrement de mariage perdure bien au-delà de la séparation et coule de source du fait de ma foi et de mon mariage sacramentel. Mon oui à la fidélité est voulu, libérateur et non par dépit. Je respecte le choix de mon conjoint, n’ai pas à juger. Je prie pour lui, pour qu’il soit heureux avec sa nouvelle épouse. 

Mon souhait serait, bien sûr, de pouvoir entretenir avec lui des rapports cordiaux… 

Marie-Andrée (Les Herbiers) – Vendée-Poitou-Charentes