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« Je m’appelle Cécile, j’ai 42 ans, je suis maman de trois enfants. J’habite près de Jarnac. Je suis engagée à l’Arche de Cognac où je travaille, et ai également une micro-entreprise liée à la mosaïque. Je m’excuse par avance si je blesse quelqu’un par mes propos, il s’agit de mon itinéraire, singulier. 

On m’a demandé de parler de la miséricorde du Seigneur. Quand je pense à ce mot, je songe aux mots « délicatesse » et « tendresse ». Le Seigneur, depuis 4 ans, a eu beaucoup de délicatesse à mon égard. 

adf 352 temoignage 1J’ai vécu une épreuve que je qualifierai de majeure, qui est la séparation avec mon époux, séparation que je n’ai pas choisie. Je peux dire que cela a été un écroulement soudain, violent, dans ma vie, qui engendra de nombreux renoncements : renoncement à mon époux, renoncement à sa famille, renoncement à des amis, renoncement pour ma part à une communauté, l’Arche La Merci, où je ne travaillais plus alors mais où j’étais engagée. Une onde de choc.
Accepter de laisser nos enfants être en garde alternée, accepter qu’ils soient ballotés entre deux maisons, accepter la solitude… mais la suite a aussi été ma plus belle aventure spirituelle jusqu’alors….

Mon identité a été très abîmée lors de cette épreuve, c’est comme un tsunami qui vient tout emporter. Mais le Seigneur m’a accordé une première grâce. Je parle de grâce car c’est véritablement un état qui dure : celle d’être dans l’instant présent.
Voyez-vous, j’étais plutôt du genre à anticiper constamment. Ou bien j’étais dans le passé, ou bien dans les projets. Mais finalement… jamais dans le « maintenant ».

Un jour, quelques mois après notre séparation, je me suis rendu compte que je goûtais chaque minute, que j’étais présente à moi-même et aux autres de façon constante. Je n’arrivais plus à me projeter, mais cela m’était doux. Cette grâce a été essentielle, d’autant que, dans mon cœur, le chemin qui se dessinait était de demeurer fidèle : fidèle à mon époux, fidèle à moi-même, fidèle au Seigneur

Or, si je n’avais pas reçu cette grâce de l’instant présent, je serais tombée dans l’abîme : me projeter dans un avenir en étant seule pour… peut-être… les 50 prochaines années ? Impossible. D’ailleurs, je ne sais toujours pas moi-même si cette folie est possible. La seule réponse se tient dans l’aujourd’hui : demain, je ne sais pas, mais aujourd’hui, cela, je peux peut-être y parvenir, en tenant la main du Seigneur.
C’est bien de cette grâce dont j’avais besoin et dont le Seigneur, dans sa miséricorde, m’a fait cadeau : prendre une heure, une journée après l’autre, et vivre pleinement chaque moment.

Ensuite, dans sa miséricorde, le Seigneur a mis sur mon chemin, en plus de ma famille qui s’est montrée très proche de moi comme de nos enfants, des amis. Ces amis, je m’y suis accrochée dans un premier temps, comme à une bouée de sauvetage. J’ai, en effet, rencontré bien des personnes à ce moment-là, au bon moment : une accompagnatrice spirituelle, des frères et sœurs partageant la même situation, des amis qui ont prié et prient encore, des aides. Comme je le disais, j’étais accrochée à eux, ce terme est important. 

À ce moment-là, il me semble que le Seigneur m’a prise là où j’en étais : j’étais sous l’eau, j’avais à gérer une séparation, une famille seule, une maison, un changement de travail, et plus tard un changement de maison… Le Seigneur m’a laissée compter sur ces amis, m’appuyer sur eux… Même si ces liens avec les autres étaient sans doute un peu exclusifs, un peu mal ajustés, teintés de mon histoire parfois blessée. 

Jusqu’à ce que je sois disposée à entendre : en février de cette année, après un long travail de deuil, qui n’est sans doute pas terminé, j’ai suivi une retraite d’exercices spirituels ignatiens… Quatre ans après ma séparation, jour pour jour, le Seigneur m’a montré la voie du détachement : ne rien préférer, établir des relations qui rendent libre et non captif… s’attacher au Christ "je suis la vigne, vous êtes les sarments, hors de moi, vous ne pouvez rien faire". Oui c’est à Lui que nous devons nous attacher, nous sommes faits pour Lui.

Ne plus maîtriser mes relations, ma vie. Tout abandonner.

Assez curieusement, les personnes chez qui j’avais si souvent versé des larmes, ces personnes auxquelles je m’étais accrochée, qui m’ont si souvent consolée… ont ou sont sur le point de déménager ! Comme si je pouvais désormais me détacher d’elles et tenir la main du Seigneur.

"Mon enfant, Je veux respecter entièrement ta liberté. Je t'aime tellement ! Pour Moi, t'aimer, c'est d'abord te laisser libre. Tu comprends que si tu veux être mon instrument, tu devras respecter la même liberté chez ceux ou celles que Je mettrai sur ta route."
Tendresse du Seigneur, qui m’a laissé le temps, le temps de comprendre, dans mon cœur, le temps qu’il faut.

De même, pendant cette retraite ignatienne, le Seigneur m’a invitée à lâcher cette fidélité dont je me croyais propriétaire et m’a fait comprendre qu’Il était là, que je n’étais pas seule, que je devais encore une fois lâcher prise. Sur le fond, cela n’a pas changé mon cap… mais en fait, si. Je me suis sentie libérée, en quelque sorte, d’un joug que j’avais mis moi-même sur mes épaules, alors que ce n’est pas à moi de porter… il faut juste lui déposer.

Tendresse du Seigneur, qui m’a laissé le temps, le temps de comprendre, le temps qu’il faut pour comprendre aussi ce qu’est l’amour vrai, qui est volonté et grâce, plus que sentiment. Le Seigneur m’a également fait le cadeau d’approfondir ce qu’est l’amour conjugal : j’aurais pu être définitivement dégoûtée du mariage, de l’amour. Mystérieusement, il n’en est rien : Il m’a même permis de mieux comprendre la beauté de l’amour qui se donne et se donne jusqu’au bout. Aimer quelqu’un qui ne nous aime pas, ou plus, c’est parfois, j’ose le mot, crucifiant.
Pourtant, à travers cet amour-là, j’ai pu mystérieusement me rapprocher du Seigneur souffrant, m’interroger sur la Croix.

adf 352 temoignage 2Le Seigneur a attendu le temps qu’il faut, aussi, pour que germe le désir de pardonner. Le pardon, c’est une grâce à demander : me pardonner, pardonner à mon époux la blessure de la séparation, pardonner le mal que cela a fait dans les cœurs de nos trois enfants. Je pardonne chaque jour, mais la paix est là, entre nous, et porte du fruit.

Tendresse et miséricorde du Seigneur, qui m’a laissé le temps, le temps de comprendre dans mon cœur, le temps qu’il faut.

Cécile (Chassors) –
VENDEE POITOU CHARENTE